Fin du diesel en France : une chute historique des ventes
#news Dernière mise à jour : 14/04/2026 à 16:16, publié le : 14/04/2026Analyse de Beev : vers la fin du véhicule diesel en France ?
En plein milieu de la crise énergétique à l’origine de pénuries généralisées à travers le pays, un tournant semble s’opérer en France : celui du diesel. Pendant longtemps, apprécié des conducteurs français pour son efficacité et son autonomie, ce type de motorisation s’avère aujourd’hui marginal dans les nouvelles immatriculations. Depuis le commencement de l’année 2026, seules 5 620 voitures diesel ont été enregistrées en France (soit 2,5 % des immatriculations récentes), affichant une baisse de 51,8 % comparée à 2025 (selon les données NGC-Data). Actuellement, les véhicules diesel ne constituent plus que 50 % du parc automobile français, contre 63 % en 2015. Cette chute est accompagnée d’un retrait progressif des fabriquants. Même si le marché de l’occasion reste dominé par le diesel (46 % des ventes), cette position s’appuyait surtout sur la réputation d’économies que cette motorisation offrait. Une réputation désormais écornée par la crise en Iran et l’augmentation des prix du carburant : aujourd’hui, le diesel coûte plus cher à la pompe que le SP95 (2,315€ le litre, soit 30 centimes d’écart). Alors, comment expliquer cette baisse significative du diesel et assistons-nous à la fin d’un particularisme français ? Pour analyser cette transformation du marché, Solal Botbol, cofondateur et PDG de la start-up Beev, spécialisée dans la transition vers le véhicule électrique pour les particuliers et les entreprises, identifie les motivations économiques, technologiques et industrielles qui conduisent à la fin progressive d’une motorisation jadis dominante.
Quel est l’état actuel des immatriculations de véhicules diesel ?
Les chiffres de 2025 marquent une rupture décisive : en Europe, le diesel ne représente plus que 7,7 % des nouvelles immatriculations, soit à peine un peu plus d’un million de véhicules, en baisse de 24 % par rapport à l’année précédente. Pour avoir une idée de l’ampleur de la situation, rappelons qu’en 2011, ce type de motorisation dominait encore avec 56 % de parts de marché. La France, qui dépassait les 77 % en 2008, était alors le bastion du diesel. Aujourd’hui, elle ne compte plus que 4,9 % de ventes de diesel, soit moins d’un véhicule sur vingt. En 2025, avec seulement 67 735 immatriculations et une baisse de 36,5 % en un an, c’est une véritable déroute. En moins de deux décennies, le seigneur des routes s’est transformé en une motorisation secondaire sur le marché des véhicules neufs.
Quelles sont les répercussions immédiates de cette tendance ?
La chute des ventes entraîne une conséquence tangible : la disparition progressive du diesel des gammes proposées. Des fabricants comme Volvo ont déjà tiré un trait sur cette motorisation, le dernier modèle de XC90 diesel ayant quitté l’usine en mars 2024. Chez Mini, Peugeot ou Renault, l’offre devient extrêmement limitée : même la nouvelle génération de Renault Clio abandonne cette motorisation. Cette raréfaction entraîne inévitablement une hausse des prix et des délais de livraison prolongés, les usines faisant désormais primer les motorisations électrifiées. À long terme, cela complique également l’entretien : moins de pièces et moins de techniciens spécialisés. Le diesel entre indiscutablement dans une phase de retrait industriel.
Quels sont les risques liés à l’achat d’un véhicule diesel aujourd’hui ?
Acquérir un diesel à l’heure actuelle, c’est s’exposer à plusieurs risques significatifs. Outre la dépréciation rapide observée, il existe un marché de l’occasion devenu saturé : l’offre de véhicules diesel explose tandis que la demande diminue, ce qui entraîne une baisse continue des prix. Mais surtout, la conjoncture internationale achève de compromettre cette motorisation. Avec la prolongation de la crise en Iran, l’augmentation des prix touche en particulier le gazole. Sur les marchés mondiaux, son prix a grimpé de manière spectaculaire : de 75 cents le litre avant le début du conflit, il a atteint 1,51 dollar aujourd’hui !
Qu’en est-il des nouvelles réglementations environnementales ?
Le diesel se heurte désormais à des obstacles réglementaires considérables. Les Zones à Faibles Émissions se multiplient, excluant déjà les véhicules Crit’Air 4 et 5, et à l’avenir, même les diesels récents pourraient suivre. En milieu urbain, circuler devient une véritable épreuve. À l’échelle européenne, les normes CAFE relatives aux émissions de CO2 rendent la production de diesel de plus en plus coûteuse, précipitant ainsi leur disparition. La crainte ? Voir son véhicule immobilisé, en partie ou totalement. Les acheteurs semblent le comprendre, car en mars 2026, les ventes de véhicules diesel ont chuté de 31 %. Un recul qui apparaît logique après le renforcement du malus CO2 à 108 g/km à partir du 1ᵉʳ janvier 2026, avec un surcoût maximal de 80 000 euros, et un malus au poids qui s’applique dès 1 500 kg.
Le diesel peut-il encore revendiquer un avantage économique en 2026 ?
Le lundi 6 avril, le coût du diesel était en moyenne de 2,315 euros le litre à la pompe, soit 30 centimes de plus que le sans-plomb 95. Il est évident que la crise en Iran a confirmé une réalité difficile à admettre pour les propriétaires de véhicules diesel : celui-ci a perdu son avantage économique. En l’espace de 10 ans, combiner une maintenance en hausse due à la raréfaction des pièces et des techniciens, et une fiscalité de plus en plus sévère, a fait exploser le coût d’utilisation. Les taxes écologiques et les nouvelles impositions se sont ajoutées, ciblant directement cette motorisation, comme l’a mis en évidence la loi de finances 2026. L’avantage économique du gazole semble donc désormais résolument enterré, d’autant plus que son prix est particulièrement vulnérable aux crises énergétiques et géopolitiques puisqu’il n’est pas entièrement raffiné en France, contrairement aux autres carburants. Un tarif à la pompe atteignant 3 € le litre, inimaginable il y a quelques mois, devient désormais une perspective tangible dans un avenir proche.
