Skynopy et Eutelsat s’associent pour lancer Global AKAR

L'actualité en bref
Skynopy et Eutelsat lancent Global AKAR, un réseau mondial de stations sol visant une connectivité quasi temps réel pour les satellites LEO.
Eutelsat et Skynopy lancent Global AKAR, une alliance destinée à transformer des stations sol existantes en un réseau mondial, piloté par logiciel, pour les satellites en orbite basse. L’objectif est de fournir aux opérateurs de constellations un accès plus rapide, plus flexible et plus sécurisé à leurs données, avec plus de 100 antennes visées d’ici fin 2029.
Le segment sol devient l’un des principaux goulets d’étranglement de l’économie spatiale, car les satellites produisent de plus en plus de données mais disposent de fenêtres de communication limitées avec la Terre. Pour les marchés de l’observation de la Terre, de la défense, de la connectivité, des services en orbite et du cloud spatial, réduire le délai entre l’acquisition d’une donnée et son exploitation peut créer un avantage commercial ou stratégique décisif. Global AKAR répond aussi à une tendance de fond : les opérateurs NewSpace veulent acheter de la capacité sol à la demande plutôt que financer eux-mêmes des infrastructures lourdes, coûteuses et complexes à opérer. En combinant l’empreinte internationale d’Eutelsat et l’orchestration logicielle de Skynopy, le projet renforce également la souveraineté européenne dans une partie critique de la chaîne spatiale. Pour les entrepreneurs de l’innovation, il illustre la montée en puissance des modèles Ground-Station-as-a-Service, comparables à ce que le cloud a apporté à l’informatique.
Global AKAR : une infrastructure sol mondiale pour l’économie de l’orbite basse
Le partenariat entre Eutelsat et Skynopy vise à créer l’une des plus importantes infrastructures sol définies par logiciel au service des satellites en orbite basse. Baptisé Global AKAR, le programme repose sur une idée simple : exploiter beaucoup mieux les antennes déjà déployées dans le monde, les connecter à une couche logicielle unifiée et les rendre accessibles aux opérateurs de satellites via une interface unique.
Cette approche répond à un problème structurel du spatial moderne. Les constellations LEO, utilisées pour l’observation de la Terre, les communications, l’Internet des objets, la surveillance maritime, la météorologie ou les applications de défense, passent rapidement au-dessus d’un point donné du globe. Un satellite en orbite basse ne dispose souvent que de quelques minutes pour transmettre ses données à une station sol avant de poursuivre sa trajectoire. Plus le réseau d’antennes est dense et réparti géographiquement, plus les données peuvent être récupérées rapidement.
Le segment sol, maillon critique du NewSpace
Pendant des années, l’attention s’est concentrée sur les lanceurs, les satellites miniaturisés et les constellations. Mais la valeur d’un satellite dépend aussi de sa capacité à transmettre ses données vers la Terre, à recevoir des commandes et à s’intégrer aux systèmes cloud des clients. Dans l’observation de la Terre, par exemple, une image satellite n’a pas la même valeur si elle est disponible en quelques minutes ou plusieurs heures plus tard. Pour la gestion de crise, la surveillance d’infrastructures, le renseignement, l’agriculture de précision ou le suivi des catastrophes naturelles, la latence devient un facteur économique majeur.
Global AKAR ambitionne de réduire ce délai à moins de 3 minutes dans certains cas d’usage, contre environ une heure pour de nombreuses architectures actuelles. Le réseau viserait également des capacités pouvant atteindre 10 Gbps, alors que les solutions existantes se situent souvent entre 1 et 2 Gbps selon les bandes de fréquences, les antennes et les configurations opérationnelles. Ces chiffres sont importants, car les capteurs spatiaux produisent des volumes toujours plus élevés, notamment avec l’imagerie optique très haute résolution, le radar à synthèse d’ouverture, l’hyperspectral ou les missions multi-capteurs.
Une architecture software-defined plutôt qu’un simple réseau d’antennes
La nouveauté de Global AKAR ne réside pas seulement dans le nombre de sites. Elle tient surtout à l’utilisation d’une architecture software-defined, c’est-à-dire une infrastructure dont une partie importante des fonctions est pilotée, automatisée et optimisée par logiciel. Concrètement, Skynopy apporte des technologies d’orchestration capables de planifier les contacts satellites, de gérer les priorités, de virtualiser certains éléments de modem et de permettre aux clients d’accéder à plusieurs stations sol comme s’il s’agissait d’un service unique.
Cette logique est proche de celle du cloud : au lieu de construire une infrastructure dédiée pour chaque mission, un opérateur réserve de la capacité, connecte son satellite au réseau et récupère ses données via des interfaces normalisées. Le modèle réduit les dépenses d’investissement, accélère la mise sur le marché et simplifie les opérations. Pour une startup spatiale, éviter la construction de stations propriétaires peut représenter plusieurs millions d’euros économisés, sans compter les délais réglementaires, la maintenance, l’ingénierie radiofréquence et les contraintes de cybersécurité.
Le service doit couvrir les bandes S, X et Ka. La bande S est souvent utilisée pour la télémesure, le suivi et la commande, tandis que les bandes X et Ka conviennent davantage aux transferts de données à haut débit, notamment pour l’observation de la Terre. Le choix de ces bandes permet à Global AKAR d’adresser des missions très variées, depuis les petits satellites commerciaux jusqu’aux infrastructures institutionnelles plus sensibles.
Un changement d’échelle pour Skynopy, un nouvel usage des actifs d’Eutelsat
Skynopy s’est positionnée sur le marché du Ground-Station-as-a-Service, avec un réseau cloud-native combinant antennes partenaires et stations opérées en propre. L’entreprise française a déjà déployé des sites sur plusieurs continents, opère des services pour des dizaines de satellites et compte parmi ses clients des acteurs de l’observation de la Terre, du NewSpace et de l’industrie spatiale européenne. Son modèle hybride consiste à fédérer des capacités existantes, à les rendre interopérables et à les proposer sous forme de service.
Eutelsat apporte de son côté un actif difficile à répliquer : un réseau mondial de stations sol, une expertise opérationnelle acquise sur près de cinquante ans et des relations établies avec des clients commerciaux, gouvernementaux et institutionnels. Depuis son rapprochement avec OneWeb, Eutelsat occupe une position particulière sur le marché, avec une flotte combinant satellites géostationnaires et constellation en orbite basse. Le groupe dispose ainsi d’une expérience concrète des architectures hybrides GEO-LEO, de la connectivité mondiale et des contraintes de service critique.
Global AKAR prévoit de s’appuyer sur des sites sélectionnés du réseau d’Eutelsat afin de déployer plus de 100 antennes opérationnelles d’ici fin 2029. L’enjeu n’est pas de remplacer les usages actuels de ces infrastructures, mais d’en augmenter la valeur en les ouvrant à de nouvelles missions et à de nouveaux clients, tout en maintenant les besoins propres d’Eutelsat.
Des marchés visés bien au-delà de l’observation de la Terre
L’observation de la Terre constitue le premier marché évident. Les opérateurs qui vendent des images, des données radar ou des services d’analyse ont besoin de réduire le délai entre la capture et la livraison. Dans un contexte où les clients attendent des produits exploitables presque en temps réel, la chaîne complète doit être optimisée : acquisition, descente de données, traitement cloud, analyse par IA et distribution aux utilisateurs finaux.
Mais Global AKAR vise aussi les services en orbite, comme l’inspection, la maintenance, le ravitaillement, le remorquage de satellites ou la gestion de débris. Ces activités nécessitent des communications robustes, fréquentes et sécurisées. Les futurs centres de données orbitaux ou capacités de calcul embarquées pourraient également bénéficier d’un réseau sol à haut débit, notamment si certaines données sont prétraitées en orbite avant d’être transmises vers la Terre.
Les télécommunications, la défense et les services gouvernementaux sont également concernés. Pour les usages sensibles, les critères décisifs ne se limitent pas au débit : il faut garantir la résilience, le chiffrement, la traçabilité des accès, la localisation des flux, la conformité réglementaire et la continuité de service. Les opérateurs devront composer avec les règles de coordination internationale des fréquences, les autorisations nationales d’exploitation, les obligations de cybersécurité et, en Europe, des cadres comme NIS2 ou les exigences liées aux infrastructures critiques.
Une première phase déjà engagée
Le programme s’appuie sur une première démonstration technique menée avec trois antennes dédiées à l’observation de la Terre, partiellement soutenue par les pouvoirs publics français. Cette étape a permis de valider la faisabilité du concept : connecter des infrastructures sol à une couche logicielle capable d’orchestrer les communications et de servir plusieurs missions de manière plus flexible.
Pour les opérateurs de satellites, la promesse est claire : accéder à un réseau international sans devoir construire, maintenir et certifier leurs propres stations. Pour les clients finaux, l’intérêt se situe dans la rapidité de livraison des données, la fiabilité et la possibilité d’intégrer plus facilement les flux satellitaires dans leurs systèmes métiers.
Le nom AKAR, qui signifie racine en malais, résume bien l’ambition du projet : devenir une couche d’infrastructure fondamentale pour l’économie spatiale. Si le calendrier est respecté, Global AKAR pourrait contribuer à faire du segment sol non plus une contrainte opérationnelle, mais une plateforme stratégique pour les nouvelles générations de services en orbite basse.
Service partenaire
Une question juridique ?
Obtenez une premiere reponse claire avec Juritravail.
Posez gratuitement votre première question juridique aux experts de Juritravail !