SEA.AI, Subsea Tech et trois autres acteurs récompensés aux Trophées Innovation Océan 2026

SEA.AI, Subsea Tech et trois autres acteurs récompensés aux Trophées Innovation Océan 2026

L'actualité en bref

SEA.AI, Subsea Tech, Temano, UnOmnia Dx et HYBA ont été récompensées à Saint-Malo pour leurs solutions maritimes durables.

Dernière mise à jour : 03/11/2026 à 00:39
Publié le : 03/11/2026
https://sea-ai.com

Les Trophées Innovation Océan 2026 ont distingué cinq acteurs français engagés dans la transformation durable du maritime, lors d’une cérémonie organisée le 29 octobre au Palais du Grand Large de Saint-Malo, dans le cadre de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Cette 8ᵉ édition, portée par le Crédit Maritime Grand Ouest, a enregistré 64 candidatures et récompensé SEA.AI, Subsea Tech, Temano, UnOmnia Dx et le CRPMEM Bretagne.

Cette sélection est importante car elle montre que l’innovation maritime française ne se limite plus à la performance nautique ou industrielle, mais couvre désormais la sécurité en mer, la dépollution, la surveillance sanitaire, les énergies renouvelables et la décarbonation des flottes. Pour les entrepreneurs, industriels et investisseurs, ces projets signalent des marchés en structuration rapide, où les contraintes environnementales deviennent des moteurs d’activité. Ils illustrent aussi un point clé de l’économie bleue : les solutions gagnantes sont celles qui combinent faisabilité technique, modèle économique, acceptabilité réglementaire et bénéfice mesurable pour les écosystèmes.

Un concours devenu observatoire de la transition maritime

Depuis 2021, les Trophées Innovation Océan se sont imposés comme une vitrine utile pour lire les mutations du secteur maritime français. L’édition 2026 confirme cette position avec un record de 64 dossiers déposés, dont une forte concentration dans le Grand Ouest, qui représente 30 candidatures, suivi par la Méditerranée avec 16 dossiers. Cette géographie reflète la densité des compétences françaises dans les ports, les chantiers, la pêche, les technologies sous-marines, la course au large, la biologie marine et les services liés au littoral.

Le palmarès 2026 couvre cinq familles d’enjeux qui structurent déjà les investissements de l’économie bleue. La première est la sécurité maritime augmentée, avec des systèmes capables d’aider les équipages à détecter les obstacles et les risques invisibles aux instruments classiques. La deuxième concerne la restauration des milieux marins, en particulier le retrait des déchets immergés. La troisième touche aux infrastructures de l’énergie en mer, dont le développement dépend de solutions d’ancrage sobres, robustes et compatibles avec des fonds sensibles. La quatrième porte sur la biosurveillance, indispensable à la conchyliculture, à l’aquaculture, au tourisme littoral et à la santé publique. La cinquième vise la décarbonation de la pêche professionnelle, secteur fortement exposé au prix du carburant et aux exigences de réduction des émissions.

Ces priorités s’inscrivent dans un contexte plus large. L’Organisation maritime internationale a adopté une stratégie visant des émissions nettes nulles du transport maritime international autour de 2050, tandis que l’Union européenne renforce progressivement les obligations climatiques pesant sur le maritime, notamment avec l’intégration des grands navires au système d’échange de quotas d’émission et le règlement FuelEU Maritime. Même si ces dispositifs ne s’appliquent pas de la même façon à toutes les flottes, ils poussent l’ensemble de la filière vers des solutions mesurables, industrialisables et vérifiables.

SEA.AI : la vision artificielle comme nouvel outil de sécurité en mer

Installée à La Forêt-Fouesnant, SEA.AI développe une technologie de vision artificielle embarquée capable de repérer des dangers que le radar ou l’AIS ne détectent pas toujours. Il peut s’agir d’une personne tombée à la mer, d’un petit bateau non équipé, d’un conteneur à la dérive, d’un objet flottant ou d’un mammifère marin en surface. Le système combine caméras optiques, caméras thermiques et algorithmes propriétaires afin de détecter, classifier et suivre des objets en temps réel, de jour comme de nuit.

La valeur de cette technologie tient à sa capacité à fonctionner de manière autonome, y compris sans connexion internet, à bord de navires ou depuis des installations côtières. SEA.AI revendique déjà plus de 1 300 navires et infrastructures équipés dans le monde. Ses clients potentiels couvrent plusieurs marchés : plaisance hauturière, course au large, navires professionnels, secours en mer, surveillance portuaire, autorités publiques, défense et opérateurs de sites sensibles.

Le projet s’appuie sur une base de données particulièrement stratégique. Depuis 2018, l’entreprise a collecté des images en conditions réelles grâce à des partenariats avec des équipes de course au large et des navigateurs expérimentés. Cette base comprend plus de 24 millions d’objets marins annotés, un actif difficile à reproduire car l’environnement maritime est mouvant, lumineux, bruité et souvent imprévisible. Les vagues, l’écume, la pluie, la nuit, les reflets et les mouvements du bateau compliquent fortement l’analyse d’image par rapport à des cas d’usage terrestres.

Sur le plan technique, l’enjeu n’est pas seulement de repérer un point à l’horizon. Le système doit distinguer un animal, un humain, un débris ou une embarcation, estimer une distance, limiter les fausses alertes et fournir une information exploitable par l’équipage. C’est précisément cette fiabilité opérationnelle qui conditionnera l’adoption par les constructeurs, les assureurs et les autorités. La prochaine étape pour ce type de solution sera donc autant normative que technologique : la vision artificielle devra être reconnue comme un équipement de sécurité crédible, complémentaire du radar, de l’AIS et de la veille humaine.

L’impact environnemental est également significatif. Les collisions entre navires et mammifères marins font partie des pressions connues sur plusieurs espèces, notamment dans les zones de trafic dense ou les couloirs migratoires. En détectant plus tôt la présence d’animaux, une solution de ce type peut aider à réduire les risques d’impact, à adapter la vitesse ou à modifier une trajectoire. Elle peut aussi contribuer à la surveillance de zones protégées et à la détection d’activités illicites, par exemple dans la pêche ou les intrusions côtières.

Subsea Tech : robotiser le nettoyage des fonds marins

La société marseillaise Subsea Tech a été récompensée pour SeaClear, un système robotisé autonome destiné à détecter, identifier et collecter des déchets sous-marins jusqu’à 300 mètres de profondeur. Le dispositif combine un drone de surface autonome, un robot sous-marin d’inspection et des algorithmes d’intelligence artificielle permettant aux machines de coopérer. Le projet s’inscrit dans la mission européenne Restore our Ocean and Waters et bénéficie du cadre Horizon Europe.

L’intérêt économique et opérationnel est clair. Les opérations de nettoyage sous-marin reposent encore largement sur des plongeurs, avec des contraintes de sécurité, de profondeur, de météo, de temps d’intervention et de coût. SeaClear vise à intervenir plus profondément, plus longtemps et sur des volumes plus importants, avec une capacité annoncée pouvant atteindre 5 tonnes de déchets par jour, contre quelques centaines de kilos pour une opération classique mobilisant des plongeurs. Le système pourrait aussi réduire le coût journalier par rapport à une intervention humaine équivalente.

Sur le plan environnemental, le besoin est massif. Les déchets marins ne sont pas seulement visibles sur les plages : une partie importante finit sur les fonds, où ils fragmentent, piègent des espèces, dégradent les habitats et relarguent des polluants. Les plastiques, filets, câbles, pneus, objets métalliques et équipements abandonnés peuvent affecter les herbiers, les récifs, les nurseries et les zones de pêche. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, environ 11 millions de tonnes de déchets plastiques rejoignent chaque année les écosystèmes aquatiques, ce qui donne la mesure du défi à traiter.

SeaClear illustre une évolution majeure : la robotique marine passe progressivement de l’inspection à l’action. Les ROV et drones sont déjà utilisés dans l’offshore, la recherche, la défense, l’inspection d’ouvrages et les câbles sous-marins. L’étape suivante consiste à leur confier des tâches complexes, comme reconnaître un objet, décider s’il doit être collecté, le saisir sans endommager le milieu et coordonner plusieurs plateformes. La précision de l’intelligence artificielle, la fiabilité des capteurs et la robustesse des systèmes de préhension deviennent alors déterminantes.

Les premiers marchés visés dépassent la dépollution environnementale. Des ports, collectivités littorales, exploitants touristiques, gestionnaires d’aires marines protégées, opérateurs offshore, scientifiques et acteurs publics de défense peuvent être concernés. La commercialisation sous forme de prestations de service paraît logique dans un premier temps, car elle limite l’investissement initial pour les clients et permet de valider les performances en conditions variées. À terme, la vente ou la location de systèmes pourrait structurer une filière de services robotisés de restauration marine.

Temano : ancrer les infrastructures flottantes avec moins d’impact

Temano, basée à Ploemeur, a été distinguée pour son Subsea Anchoring Robot, ou SAR, un système d’ancrage robotisé destiné aux installations flottantes. Le robot sous-marin réalise des ancrages auto-forants sur différents substrats et peut intervenir à plus de 100 mètres de profondeur. Il est conçu pour installer un ancrage en environ 25 minutes avec une précision de l’ordre de 20 centimètres, sans plongeur ni infrastructure lourde.

Cette innovation répond à un verrou souvent sous-estimé des énergies marines renouvelables : la qualité de l’ancrage conditionne la faisabilité technique, le coût et l’acceptabilité environnementale d’un projet. Éolien flottant, solaire flottant, plateformes de mesure, aquaculture offshore et autres infrastructures en mer nécessitent des solutions capables de résister aux efforts, aux courants, à la houle et à la corrosion, tout en limitant l’emprise sur les fonds. Lorsque les sites sont rocheux, pentus ou profonds, les solutions conventionnelles deviennent coûteuses, invasives ou inadaptées.

Le SAR se distingue par un principe d’appui hydrodynamique. Plutôt que de reposer lourdement sur le fond, le robot utilise ses propulseurs multidirectionnels pour se stabiliser dans la colonne d’eau et compenser les efforts de forage. Cette approche lui permet d’intervenir sur des pentes importantes, y compris sur des parois sous-marines, et de réduire le besoin en moyens nautiques lourds. Temano met aussi en avant un ombilical à faible traînée et un collecteur d’ancrages textile destiné à cumuler les résistances.

La réduction de l’empreinte au sol est un argument décisif. Dans les zones sensibles, notamment celles qui abritent des herbiers ou des habitats benthiques, l’ancrage ne doit pas provoquer de dragage, d’abrasion durable, de bruit excessif ou de destruction localisée disproportionnée. Une emprise annoncée inférieure à 100 cm² peut changer l’équation d’un projet, à condition que la résistance mécanique soit démontrée sur la durée et que les procédures d’installation soient validées par les autorités et les bureaux de contrôle.

Le premier cas d’usage évoqué concerne un projet de solaire flottant de 600 MW en Indonésie, confronté à des fonds profonds et difficiles. Mais le marché potentiel est plus large. Les énergies marines renouvelables ont besoin de solutions capables d’ouvrir des sites jusqu’ici écartés, tandis que les développeurs cherchent à réduire les coûts d’installation, les risques de chantier et les délais d’autorisation. Pour une jeune entreprise industrielle, l’enjeu sera désormais de passer de la démonstration technique à la standardisation, puis à la certification et à la production répétable.

UnOmnia Dx : rendre la surveillance sanitaire marine plus rapide et plus globale

UnOmnia Dx, start-up marseillaise fondée par le Dr Jamal Saad, propose avec One·Test une plateforme génomique capable de détecter simultanément plus de 1 000 agents pathogènes dans un échantillon marin. L’analyse couvre des bactéries, des virus et des gènes de résistance aux antimicrobiens, à partir d’une seule réaction PCR, avec un résultat annoncé en 48 heures. Les échantillons peuvent provenir d’eaux côtières, de sédiments, de coquillages ou d’effluents.

La promesse répond à une faiblesse des méthodes de surveillance traditionnelles. Dans de nombreux cas, rechercher plusieurs pathogènes implique plusieurs protocoles, plusieurs consommables, plusieurs délais et des coûts qui limitent la fréquence des contrôles. Or les épisodes de contamination peuvent entraîner des fermetures de zones conchylicoles, des rappels de produits, des pertes économiques et des risques sanitaires. En France, la conchyliculture et l’aquaculture représentent environ 18 000 emplois et 700 millions d’euros de chiffre d’affaires, tandis que les fermetures administratives liées aux contaminations peuvent générer plus de 50 millions d’euros de pertes annuelles.

One·Test repose sur une logique de surveillance large plutôt que ciblée. La plateforme cherche non seulement des pathogènes connus, mais aussi des facteurs de virulence et des marqueurs de résistance aux antibiotiques. Cette approche correspond aux préoccupations internationales sur l’antibiorésistance, considérée comme l’une des menaces sanitaires majeures des prochaines décennies. Elle intéresse les filières alimentaires, les gestionnaires du littoral, les réseaux de surveillance environnementale, les laboratoires publics et les acteurs de la recherche.

La dimension opérationnelle compte autant que la biologie moléculaire. Un kit lyophilisé stable à température ambiante peut être déployé plus facilement sur le terrain, sans chaîne du froid complexe. La réduction du nombre de réactions limite aussi les réactifs, les consommables, les déchets et le temps d’analyse. Si la solution confirme ses performances à grande échelle, elle pourrait transformer la surveillance sanitaire en un outil de pilotage plus continu, au lieu d’un contrôle ponctuel subi lors des crises.

Pour les professionnels de l’innovation, le cas UnOmnia Dx rappelle que la donnée environnementale devient un marché stratégique. Dans les ports, les zones de baignade, les fermes aquacoles et les bassins conchylicoles, la capacité à produire rapidement une information fiable peut éviter des pertes, rassurer les autorités et protéger les consommateurs. La difficulté sera de convaincre des utilisateurs très différents, de s’intégrer aux protocoles réglementaires existants et d’obtenir une reconnaissance suffisante pour que les résultats soient utilisés dans la décision publique ou professionnelle.

HYBA : une voie pragmatique pour décarboner les navires de pêche

Le prix du public a distingué HYBA, porté par le Comité Régional des Pêches Maritimes et des Élevages Marins de Bretagne. Le projet vise l’hybridation des navires de pêche professionnels en associant un moteur thermique et un moteur électrique sur le même arbre de propulsion, grâce à un réducteur hybride marin compact et modulaire. L’objectif est de réduire la consommation de carburant sans imposer aux armateurs une reconstruction complète du navire.

Ce point est essentiel. La pêche professionnelle se caractérise par des marges contraintes, des navires très différents les uns des autres, des profils d’usage exigeants et une forte dépendance au gazole. Une solution de transition doit donc être compatible avec des bateaux existants, préserver la capacité de pêche, ne pas dégrader la stabilité et rester maintenable dans les ports. Le retrofit, lorsqu’il est bien industrialisé, peut permettre d’agir sur la flotte en service au lieu d’attendre le renouvellement complet des navires.

La première phase d’HYBA a permis d’annoncer des gains significatifs : 20 à 25 % de réduction de consommation en retrofit, 12 à 15 % sur un navire neuf et 30 à 40 % de réduction des émissions de NOx. Ces chiffres devront naturellement être confirmés dans des conditions d’exploitation variées, car un chalutier, un fileyeur ou un navire polyvalent n’ont pas les mêmes cycles de puissance. Mais ils indiquent un potentiel important dans un secteur où chaque point de consommation évité améliore à la fois la compétitivité et l’empreinte environnementale.

L’innovation ne se limite pas à l’ajout d’un moteur électrique. HYBA intègre un système de gestion énergétique capable de piloter le moteur thermique, le moteur électrique, les batteries et l’hélice afin de lisser les appels de puissance. Cette supervision est utile lors des manœuvres, des variations de houle ou des phases où le moteur thermique fonctionne loin de son rendement optimal. En stabilisant le couple propulsif, elle peut réduire l’usure, optimiser l’énergie disponible et améliorer le confort d’exploitation.

Le projet prévoit une nouvelle étape avec un démonstrateur mis en exploitation en 2027, puis quatre navires pilotes en Manche et en Méditerranée pour fiabiliser le processus. L’ambition est ensuite de préparer un déploiement commercial progressif à partir de 2028-2029, avec un réseau technique dédié au support et à la maintenance. Le cofinancement par le FEAMPA et France Filière Pêche souligne l’intérêt public du sujet : la décarbonation de la pêche ne sera crédible que si elle conjugue transition énergétique, souveraineté alimentaire et viabilité économique des équipages.

Ce que révèle le palmarès 2026 pour les entrepreneurs de l’économie bleue

Les cinq lauréats montrent que l’innovation maritime entre dans une phase de maturité plus exigeante. Il ne suffit plus de présenter un prototype prometteur : les projets doivent démontrer leur robustesse en mer, leur compatibilité avec les normes, leur coût d’usage et leur capacité à s’insérer dans des chaînes opérationnelles existantes. Cette réalité concerne aussi bien l’intelligence artificielle que la robotique, les biotechnologies, les équipements d’ancrage ou la propulsion.

Le palmarès indique également que les marchés maritimes se croisent de plus en plus. Une technologie de détection peut servir à la sécurité, à la biodiversité et à la surveillance côtière. Un robot sous-marin peut intéresser la dépollution, l’offshore, les ports et la défense. Un test génomique peut protéger une filière alimentaire, appuyer la recherche et renforcer la santé publique. Cette transversalité est une opportunité pour les start-up, car elle multiplie les segments commerciaux, mais elle exige aussi une stratégie claire de priorisation.

La réglementation sera un facteur décisif. Les solutions qui touchent à la sécurité de navigation, à la santé sanitaire, à l’énergie en mer ou aux navires professionnels devront obtenir des validations, certifications, agréments ou reconnaissances d’usage. Pour les entreprises innovantes, le travail avec les administrations, assureurs, sociétés de classification, laboratoires indépendants et organisations professionnelles doit commencer tôt. Dans le maritime, l’accès au marché dépend souvent autant de la preuve technique que de la confiance institutionnelle.

Enfin, ces trophées rappellent que la transition maritime durable n’est pas un marché unique, mais un ensemble de niches industrielles à forte intensité d’expertise. Les besoins sont réels, les pressions environnementales s’intensifient et les donneurs d’ordre cherchent des solutions concrètes. Les projets récompensés à Saint-Malo démontrent que la France dispose d’atouts solides pour transformer ses savoir-faire maritimes en technologies exportables, à condition de réussir le passage critique entre démonstration, industrialisation et adoption par les professionnels de la mer.

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