Auriga Partners sécurise 80 millions d’euros pour son fonds cybersécurité Auriga Cyber Ventures II

Auriga Partners sécurise 80 millions d’euros pour son fonds cybersécurité Auriga Cyber Ventures II

L'actualité en bref

Auriga Partners annonce un closing intermédiaire de 80 M€ pour son fonds cyber, destiné à financer les startups européennes dès l’amorçage.

Dernière mise à jour : 03/11/2026 à 00:56
Publié le : 03/11/2026
https://www.aurigacyberventures.com/

Auriga Partners a réalisé un closing intermédiaire de 80 millions d’euros pour Auriga Cyber Ventures II, son deuxième fonds consacré à la cybersécurité. Le véhicule vise une taille cible de 100 millions d’euros, avec un plafond pouvant atteindre 120 millions, afin de financer des startups européennes du pré-seed à la série A. La société de gestion revendique déjà 30 entreprises accompagnées dans ce secteur en cinq ans et a engagé de premiers investissements dans Finovox, Fleuret, Mankinds et Nextident.

Cette opération intervient au moment où la cybersécurité devient un marché d’infrastructure pour les entreprises, les administrations et les industries critiques. La multiplication des usages cloud, de l’intelligence artificielle et des objets connectés accroît mécaniquement la surface d’attaque. Pour les entrepreneurs européens, l’enjeu n’est plus seulement de créer de bons produits, mais de bâtir des acteurs capables de vendre à l’international dans un environnement réglementaire exigeant. Le closing d’Auriga illustre aussi le rôle croissant de fonds spécialisés, capables d’apporter à la fois du capital, des réseaux d’experts et une compréhension fine des cycles d’achat cyber.

Un fonds spécialisé pour financer la cybersécurité dès les premières phases

Auriga Cyber Ventures II s’inscrit dans la continuité d’un premier fonds de 55 millions d’euros lancé en 2022. Avec 80 millions d’euros déjà sécurisés, le nouveau véhicule change d’échelle et dispose d’une capacité d’investissement plus adaptée à un marché où les startups doivent souvent financer simultanément la recherche, la certification, le recrutement de profils rares et l’expansion commerciale. Les tickets annoncés, compris entre 500 000 euros et 5 millions d’euros, couvrent les besoins typiques des tours d’amorçage, de pré-série A et de série A.

La thèse d’investissement reste centrée sur l’early stage européen. Ce positionnement est stratégique, car de nombreuses innovations cyber naissent dans des équipes techniques très spécialisées, issues de la recherche, du renseignement, de l’ingénierie logicielle ou de grands éditeurs. Ces sociétés ont besoin d’un financement suffisamment précoce pour transformer une technologie en produit commercialisable, mais aussi d’un accompagnement pour accéder aux grands comptes, aux intégrateurs, aux organismes publics et aux marchés internationaux.

Le fonds prévoit des participations minoritaires et entend consacrer environ la moitié de ses ressources au refinancement des sociétés les plus prometteuses de son portefeuille. Cette réserve est importante dans le capital-risque cyber, car les cycles de vente peuvent être longs, notamment lorsque les clients sont des banques, des opérateurs d’importance vitale, des industriels ou des administrations. Pouvoir réinvestir permet d’éviter qu’une jeune entreprise soit fragilisée au moment où elle commence à prouver son adéquation marché.

Pourquoi le marché cyber attire davantage de capitaux

La cybersécurité est devenue un marché structurel, porté par la numérisation des processus, l’externalisation dans le cloud, le télétravail, l’automatisation industrielle et l’essor de l’IA générative. Les estimations régulièrement citées par le secteur évaluent le coût mondial de la cybercriminalité à plusieurs milliers de milliards de dollars par an, avec un ordre de grandeur de 10 500 milliards de dollars en 2025. Même si ces évaluations agrègent des réalités diverses, elles traduisent une tendance claire : le risque cyber est désormais un sujet de direction générale, pas seulement de direction informatique.

Les entreprises ne cherchent plus uniquement des antivirus ou des pare-feu. Elles doivent protéger les identités numériques, surveiller les accès à privilèges, détecter les comportements anormaux, sécuriser les API, auditer les chaînes logicielles, prévenir les fraudes documentaires et contrôler l’usage de modèles d’intelligence artificielle. Cette fragmentation crée de la place pour des startups spécialisées, capables de résoudre un problème précis avec une approche plus rapide que celle des grands éditeurs historiques.

Le contexte réglementaire renforce cette dynamique. En Europe, la directive NIS2 élargit les obligations de cybersécurité à davantage d’entités essentielles et importantes. Le règlement DORA, applicable au secteur financier depuis janvier 2025, impose une gestion renforcée des risques liés aux technologies de l’information et aux prestataires critiques. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle introduit également des exigences de gouvernance, de traçabilité et de gestion des risques pour certains systèmes d’IA. Pour les éditeurs cyber, ces textes créent une demande accrue en solutions de conformité, de supervision et de preuve.

Une stratégie orientée IA, identités et souveraineté

Les premiers investissements annoncés donnent une indication claire des priorités du fonds. Finovox travaille sur la lutte contre la fraude documentaire, un enjeu central pour les banques, assureurs, plateformes de services et directions financières confrontés à des faux documents de plus en plus crédibles. Fleuret s’attaque au pentest automatisé par l’IA, un domaine où les entreprises cherchent à tester plus fréquemment leurs systèmes sans dépendre exclusivement d’équipes manuelles rares et coûteuses.

Mankinds se positionne sur l’audit et la conformité des systèmes d’IA. Ce segment devrait prendre de l’importance avec la généralisation d’applications fondées sur des modèles internes ou externes, car les entreprises devront documenter les usages, contrôler les biais, protéger les données sensibles et réduire les risques de détournement. Nextident cible la sécurité des agents IA, une problématique émergente mais critique : à mesure que des agents autonomes exécutent des tâches, consultent des bases de données et déclenchent des actions, leur identité, leurs droits et leurs comportements deviennent des points de contrôle majeurs.

Auriga indique également avoir étudié plus de 2 000 startups européennes depuis 2022. Ce volume de sourcing montre que le marché est dense, mais aussi très sélectif. Dans la cybersécurité, une technologie prometteuse ne suffit pas : les clients attendent de la robustesse, des références, une intégration avec leurs environnements existants, une capacité de support et souvent des garanties de conformité. La barrière à l’entrée commerciale est donc élevée, même lorsque l’innovation technique est forte.

Le rôle des experts dans la construction de champions européens

L’un des points différenciants mis en avant par Auriga est son réseau d’entrepreneurs et de spécialistes sectoriels. Le fonds s’appuie notamment sur des profils associés à Wallix, Vade, Sentryo, Oodrive ou Virtual Browser. Pour une startup cyber, ce type d’écosystème peut avoir une valeur concrète : aider à qualifier le positionnement, ouvrir des discussions avec des RSSI, structurer une stratégie partenaires ou préparer une implantation hors de France.

Cette dimension est particulièrement importante en Europe, où le marché reste fragmenté par pays, langues, habitudes d’achat et exigences réglementaires. Une solution vendue avec succès en France ne se déploie pas automatiquement en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne ou dans les pays nordiques. Les startups doivent adapter leurs canaux, leur documentation, leurs certifications et parfois leur hébergement de données. Un investisseur spécialisé peut donc réduire les erreurs de go-to-market et accélérer l’accès aux bons décideurs.

Auriga dispose aussi d’un historique dans la technologie, avec plus de 150 entreprises accompagnées depuis sa création en 1998. Parmi les références citées figurent notamment Neolane, Nexthink, Wallix, Vade et Vestiaire Collective. La société indique avoir distribué plus de 500 millions d’euros à ses investisseurs sur la période 2025-2026, ce qui renforce sa capacité à convaincre des souscripteurs de financer un nouveau véhicule, même dans un contexte de marché plus prudent pour le capital-risque.

Un financement soutenu par des dispositifs publics européens

Auriga Cyber Ventures II bénéficie du soutien de Bpifrance, via le Fonds National d’Amorçage n°3 dans le cadre de France 2030, ainsi que du soutien de l’Union européenne au titre du Fonds InvestEU par l’intermédiaire du Fonds européen d’investissement. Le fonds bénéficie également d’une garantie gérée par Bpifrance. Ces mécanismes publics n’ont pas vocation à remplacer les capitaux privés, mais à les mobiliser vers des secteurs jugés stratégiques ou plus risqués.

Pour les pouvoirs publics, la cybersécurité relève à la fois de la compétitivité, de la défense économique et de la souveraineté numérique. L’Europe dépend encore largement de fournisseurs non européens dans plusieurs couches critiques du logiciel et de l’infrastructure. Soutenir des fonds spécialisés permet d’augmenter les chances de faire émerger des acteurs locaux capables de répondre aux besoins des entreprises, des administrations et des industries sensibles.

Pour les entrepreneurs, cette annonce confirme que les segments liés à l’IA sécurisée, à la protection des identités, à la conformité, à la détection avancée et à la sécurité des systèmes critiques restent attractifs. Le financement ne sera toutefois pas automatique : les investisseurs attendront des équipes capables de démontrer une avance technologique, une compréhension précise du risque client, un modèle de vente reproductible et une ambition européenne dès les premières années. Dans ce contexte, le closing d’Auriga Cyber Ventures II envoie un signal positif, mais aussi exigeant, à l’écosystème cyber européen.

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