France Invest dresse le bilan du capital-investissement français au premier semestre 2026

L'actualité en bref
France Invest et Grant Thornton publient une étude semestrielle montrant un marché du capital-investissement solide, malgré un environnement dégradé.
Le capital-investissement français a conservé un niveau d’activité élevé au premier semestre 2026, avec 14,4 Md€ investis dans 1 377 entreprises et projets d’infrastructure, malgré un environnement politique, économique et géopolitique défavorable. La collecte atteint 16,8 Md€, tandis que les cessions repartent à la hausse, à 6,1 Md€ au coût historique pour 630 opérations.
Cette photographie semestrielle est importante parce qu’elle renseigne directement les entrepreneurs sur la disponibilité du capital, la sélectivité des investisseurs et les conditions de sortie. Elle montre un marché encore capable de financer l’innovation, les transmissions, la croissance et les infrastructures, mais avec des arbitrages plus prudents, moins de méga-opérations et une attention accrue à la liquidité. Pour les dirigeants, le message est clair : les fonds restent actifs, mais les dossiers doivent être mieux préparés, plus lisibles et plus solides sur leurs perspectives de rentabilité.
Un marché qui résiste, mais qui change de régime
Le premier semestre 2026 confirme une réalité désormais bien installée : le capital-investissement français n’est plus dans l’euphorie de la période d’argent abondant, mais il n’est pas non plus entré dans une phase de contraction brutale. Les chiffres publiés par France Invest avec Grant Thornton décrivent plutôt un marché robuste, très institutionnalisé, qui continue d’allouer des montants importants tout en ajustant ses priorités. Les 14,4 Md€ investis représentent un recul de 8 % par rapport au premier semestre 2025, mais ce repli tient largement à la baisse des très grandes opérations dans l’infrastructure. Hors infrastructure, les fonds français ont déployé 10,6 Md€, un niveau légèrement supérieur à celui du premier semestre précédent.
Cette nuance est essentielle pour les entrepreneurs. Un ralentissement global ne signifie pas que les guichets se ferment. Il signifie que la composition du marché évolue : moins de transactions géantes, davantage de sélectivité, des délais d’instruction plus longs et une préférence pour les entreprises capables de démontrer une trajectoire crédible. Dans un environnement marqué par des taux encore élevés, une croissance incertaine, des tensions budgétaires et des risques géopolitiques persistants, les investisseurs privilégient les sociétés qui disposent d’un avantage concurrentiel clair, d’une gouvernance structurée et d’une capacité à piloter leur besoin de financement.
La dynamique des levées de capitaux confirme cette lecture. Les fonds français ont collecté 16,8 Md€ au premier semestre 2026, soit une baisse de 7 % par rapport à la même période de 2025. Le chiffre reste toutefois significatif, surtout dans une période où les investisseurs institutionnels arbitrent avec prudence entre private equity, dette privée, immobilier, infrastructures, obligations et actifs cotés. Le ralentissement s’explique notamment par le recul marqué des fonds de continuation, tombés à 0,7 Md€ contre 3,3 Md€ un an plus tôt, ainsi que par l’absence de méga-levée comparable à celles observées lors de certaines fenêtres de marché plus favorables.
Les cessions apportent, elles, un signal encourageant. Elles atteignent 6,1 Md€ en valeur au coût historique, en progression de 24 % sur un an, pour 630 opérations. Le marché des sorties ne retrouve pas encore un fonctionnement pleinement fluide, mais la reprise des cessions industrielles et l’augmentation des sorties définitives de portefeuille indiquent que les acheteurs stratégiques reviennent sur certains dossiers. Pour les fonds, cette amélioration est stratégique : sans sorties, il devient plus difficile de distribuer du capital aux souscripteurs, de prouver la performance et de lever de nouveaux véhicules.
La lecture d’ensemble est donc moins celle d’un cycle cassé que celle d’un marché en normalisation. Les années 2020 et 2021 avaient installé des attentes élevées en matière de valorisation, de vitesse d’exécution et de disponibilité du capital. Depuis la remontée des taux, le private equity doit composer avec un coût du financement plus élevé, une dette d’acquisition plus chère, des scénarios de croissance plus discutés et des investisseurs finaux plus exigeants sur les distributions. Les bons actifs restent recherchés, mais la prime accordée aux promesses lointaines s’est réduite.
Ce que mesurent réellement les indicateurs de France Invest
Pour bien interpréter ces chiffres, il faut distinguer trois flux économiques différents : les capitaux levés par les fonds, les montants investis dans les entreprises ou les actifs d’infrastructure, et les montants désinvestis lors des cessions. Ces trois dimensions ne suivent pas toujours le même rythme. Un fonds peut lever aujourd’hui des capitaux qu’il investira progressivement sur plusieurs années. À l’inverse, des cessions réalisées pendant un semestre peuvent concerner des sociétés accompagnées depuis longtemps, parfois dans des véhicules levés il y a une décennie.
La méthodologie repose sur les informations déclarées opération par opération par les membres de France Invest via une plateforme européenne de collecte de données. Pour le premier semestre 2026, 382 membres ont été interrogés et 354 ont répondu, soit un taux de couverture de 93 %. Ce niveau donne à l’étude une portée élevée pour comprendre les comportements des acteurs français du capital-investissement. Les données portent sur les opérations des bureaux français des sociétés de gestion membres, enregistrées à la date effective de décaissement ou d’encaissement, ce qui limite les confusions entre annonces, engagements et flux réellement exécutés.
La notion de coût historique, utilisée pour les cessions, mérite également d’être expliquée. Elle ne correspond pas au prix de vente final ni à la plus-value réalisée, mais à la valeur initialement investie dans les sociétés cédées. Un montant de cessions de 6,1 Md€ au coût historique indique donc le volume de capital initialement engagé dans les actifs sortis, et non le produit total reçu par les fonds. Pour un entrepreneur, cette différence est importante : l’indicateur renseigne sur la liquidité du marché et la rotation des portefeuilles, mais pas directement sur les multiples de sortie.
L’étude sépare aussi le capital-investissement classique des fonds d’infrastructure. Cette distinction est utile parce que les deux marchés ne fonctionnent pas exactement avec les mêmes tickets, les mêmes souscripteurs ni les mêmes cycles. Le venture capital, le growth, le capital-développement et le capital-transmission financent principalement des entreprises, à des stades variés de maturité. Les fonds d’infrastructure investissent dans des actifs de long terme, tels que l’énergie renouvelable, les télécommunications, les transports, les infrastructures sociales ou environnementales. Une seule opération d’infrastructure peut peser plusieurs centaines de millions d’euros et influencer fortement les agrégats semestriels.
Cette architecture statistique permet d’éviter une erreur fréquente : confondre la santé de l’écosystème entrepreneurial avec un seul indicateur agrégé. Une baisse de 8 % des montants investis peut masquer une hausse hors infrastructure. Une progression du venture peut être tirée par quelques tours d’ampleur dans l’intelligence artificielle. Une hausse des cessions peut refléter une meilleure rotation des portefeuilles, mais aussi une volonté des fonds de générer des distributions après plusieurs années difficiles. Pour un dirigeant, la bonne lecture consiste donc à regarder son segment, son ticket, son secteur et son stade de maturité.
Levées de fonds : une collecte solide malgré moins de très grands véhicules
La collecte totale de 16,8 Md€ au premier semestre 2026 témoigne d’une attractivité persistante de la place française. Elle recule de 7 % par rapport au premier semestre 2025, mais ce repli doit être replacé dans un cycle de levées qui reste heurté depuis la remontée des taux. Les investisseurs institutionnels, appelés limited partners dans l’industrie, ont été confrontés ces dernières années à un double effet : la baisse relative des valorisations cotées, qui augmente mécaniquement le poids du non-coté dans leurs portefeuilles, et la moindre fluidité des distributions, qui réduit les liquidités disponibles pour se réengager dans de nouveaux millésimes.
Hors infrastructure, les levées atteignent 10,2 Md€, en baisse de 30 % par rapport au premier semestre 2025. Cette baisse paraît forte, mais elle est atténuée lorsqu’on retire les fonds de continuation, très présents l’année précédente. Sans cet effet, le ralentissement est plus limité. Les véhicules de moins de 100 M€ se maintiennent en montant comme en nombre, ce qui suggère une résistance des stratégies spécialisées, régionales, sectorielles ou de première taille. En revanche, les closings supérieurs à 100 M€ se contractent, et aucun closing compris entre 500 M€ et 1 Md€ n’est recensé sur le semestre dans le périmètre hors infrastructure.
Cette configuration traduit un marché plus exigeant pour les sociétés de gestion. Les souscripteurs ne se contentent plus d’une thèse générale sur la croissance du non-coté. Ils demandent des preuves de différenciation, une discipline de valorisation, une équipe stable, des retours de capital et une capacité à créer de la valeur opérationnelle. Les fonds capables de montrer une spécialisation forte, par exemple dans la santé, l’industrie, la transition énergétique, la cybersécurité, l’intelligence artificielle appliquée ou la décarbonation, disposent souvent d’un argument plus lisible que les véhicules généralistes positionnés sur des segments très concurrentiels.
Le temps nécessaire pour lever un fonds reste aussi un indicateur clé. La durée moyenne entre le premier closing et le closing final atteint 21,9 mois au premier semestre 2026. Elle diminue par rapport au pic observé au second semestre 2025, mais demeure élevée au regard des périodes de marché plus fluides. Pour les entrepreneurs, cette donnée a une conséquence indirecte : lorsqu’une société de gestion passe plus de temps à lever son propre fonds, elle peut être plus prudente dans ses nouveaux investissements, concentrer ses ressources sur les participations existantes ou attendre une meilleure visibilité avant de signer de nouvelles opérations.
Les fonds de continuation constituent un autre mécanisme central de la période récente. Ils permettent à un gérant de transférer une ou plusieurs participations d’un fonds ancien vers un nouveau véhicule, avec l’accord des investisseurs, afin de prolonger la détention d’actifs jugés prometteurs. Ce dispositif peut offrir une solution lorsque le marché des sorties est ralenti, mais il suscite aussi des questions de valorisation, d’alignement d’intérêts et de gouvernance. Le net recul de ces véhicules au premier semestre 2026 réduit une source de collecte qui avait fortement soutenu les chiffres de 2025.
La baisse des méga-levées ne doit pas être interprétée uniquement comme un manque d’appétit. Elle traduit aussi le calendrier naturel d’une industrie où les grands fonds lèvent à intervalles espacés. Un véhicule clôturé en 2025 n’a pas vocation à revenir sur le marché six mois plus tard. Les variations semestrielles sont donc parfois spectaculaires, en particulier lorsque quelques closings dépassant le milliard d’euros disparaissent de la base de comparaison. Pour mesurer la tendance de fond, il faut observer plusieurs semestres, les montants hors fonds de continuation et la capacité des équipes à conserver leurs investisseurs historiques.
Le ralentissement de la collecte a néanmoins des effets concrets sur les entreprises. Un fonds qui dispose d’un dry powder abondant peut soutenir plus facilement ses participations, financer des acquisitions complémentaires ou mener de nouveaux tours. À l’inverse, un gérant proche de la fin de sa période d’investissement ou en pleine levée de son successeur sera plus attentif au rythme de déploiement. Avant d’ouvrir son capital, un entrepreneur a donc intérêt à comprendre le millésime du fonds, les capitaux encore disponibles, la politique de réinvestissement et la capacité réelle du partenaire à suivre les prochaines étapes.
Le poids des investisseurs internationaux confirme l’attractivité française
L’un des signaux les plus importants de l’étude concerne l’origine des capitaux. Sur l’ensemble du capital-investissement français, 46 % des montants levés proviennent de l’international. Dans le périmètre hors infrastructure, la part étrangère atteint 47 %, avec une contribution européenne et extra-européenne significative. Pour les fonds d’infrastructure, l’international pèse encore davantage : 82 % des capitaux levés viennent d’investisseurs étrangers, contre 73 % un an plus tôt.
Cette internationalisation est un atout pour l’écosystème français. Elle montre que les sociétés de gestion françaises restent visibles auprès des grands allocataires mondiaux, notamment les fonds de pension, fonds souverains, assureurs, fonds de fonds et gestionnaires d’actifs. Elle permet aussi de réduire la dépendance à l’épargne domestique. Dans un pays où les besoins de financement des entreprises, de la transition énergétique et des infrastructures sont considérables, la capacité à attirer du capital étranger devient un levier de compétitivité.
Le profil des souscripteurs varie toutefois selon les segments. Dans le capital-investissement hors infrastructure, les fonds de fonds et autres gestionnaires d’actifs demeurent les premiers contributeurs, avec 2,187 Md€, même si leurs engagements reculent fortement. Les compagnies d’assurance et mutuelles progressent de 73 % et atteignent 1,883 Md€, ce qui les place au deuxième rang. Les personnes physiques et family offices représentent 1,624 Md€, soit 16 % des engagements, malgré une baisse de leurs allocations. Les caisses de retraite et fonds de pension remontent également, à 1,177 Md€.
La progression des assureurs et mutuelles est particulièrement intéressante. Ces acteurs gèrent une épargne longue, souvent compatible avec l’horizon du non-coté, mais ils restent soumis à des contraintes prudentielles, notamment dans le cadre de Solvabilité II. Les évolutions réglementaires européennes ont progressivement cherché à mieux reconnaître le rôle des actifs de long terme, sans supprimer la nécessité d’une gestion rigoureuse du risque. En France, le développement de l’assurance-vie en unités de compte, des fonds professionnels et des véhicules européens comme les ELTIF contribue aussi à élargir l’accès au capital-investissement, même si l’exposition des particuliers doit rester adaptée à leur horizon et à leur tolérance au risque.
Dans les infrastructures, les assureurs et mutuelles, ainsi que les caisses de retraite et fonds de pension, dominent la collecte du semestre. Ces investisseurs recherchent souvent des actifs de long terme susceptibles de générer des flux prévisibles, parfois indexés, et alignés avec les besoins de transition énergétique ou de modernisation des réseaux. Le secteur public, les fonds souverains et les fonds de fonds complètent l’équation. Cette structure explique pourquoi les grandes levées d’infrastructure peuvent être très internationales : les grands investisseurs mondiaux disposent de poches dédiées aux actifs réels et arbitrent entre les plateformes européennes, nord-américaines, asiatiques et moyen-orientales.
Pour les entrepreneurs, cette présence internationale a deux conséquences. D’abord, elle renforce la profondeur du marché français : une société de gestion capable d’attirer des investisseurs étrangers peut lever des véhicules plus importants et soutenir davantage de plans de croissance. Ensuite, elle impose une discipline accrue, car les limited partners internationaux comparent les performances françaises avec celles d’autres marchés. Ils examinent les distributions, la régularité du deal flow, la qualité de la gouvernance et la capacité à sortir des actifs dans de bonnes conditions.
Investissements : les fonds continuent de financer les entreprises, mais avec plus de tri
Hors infrastructure, les fonds français ont investi 10,6 Md€ dans 1 264 entreprises au premier semestre 2026. Le montant progresse légèrement par rapport au premier semestre 2025, mais le nombre d’entreprises accompagnées recule de 11 %. Cette combinaison traduit une concentration relative des capitaux sur moins de dossiers, avec un maintien des tickets importants et une baisse des opérations de plus petite taille. Elle est cohérente avec un environnement où les investisseurs consacrent davantage de temps à la due diligence, à la structuration financière et à l’analyse de la résistance des modèles économiques.
Les transactions primaires, c’est-à-dire les opérations dans lesquelles une entreprise ouvre son capital pour la première fois à un investisseur de capital-investissement, représentent 24 % des entreprises investies au premier semestre 2026. Leur part reste proche de celle observée un an plus tôt. Ce point est encourageant pour les dirigeants qui envisagent une première opération de financement non coté : le marché ne se limite pas aux réinvestissements dans des sociétés déjà connues des fonds. Il continue d’accueillir de nouveaux entrants, à condition que leur projet soit suffisamment structuré.
Par segment, le venture capital se distingue par une progression des montants investis. Il atteint 1,715 Md€ au premier semestre 2026, en hausse de 40 % sur un an, malgré un nombre d’entreprises financées en léger recul. Cette progression est portée par quelques opérations d’envergure, notamment dans l’intelligence artificielle. Le signal est important, car le venture européen a connu depuis 2022 un ajustement sévère des valorisations, une réduction des tours tardifs et une exigence accrue sur la conversion du chiffre d’affaires en marge. La France conserve néanmoins des poches d’excellence dans l’IA, la santé, le logiciel, la deeptech, la cybersécurité et la transition climatique.
Le growth, qui finance des sociétés déjà en forte croissance mais pas nécessairement rentables à court terme, recule en montant par rapport au premier semestre 2025, à 1,244 Md€. Ce segment reste sensible au coût du capital et aux comparables de marché, car il s’appuie souvent sur des valorisations liées aux perspectives de croissance. Les tours de growth exigent aujourd’hui une démonstration plus fine de la qualité du revenu, de la rétention client, du coût d’acquisition, du levier opérationnel et du chemin vers la rentabilité. Les entreprises dont la croissance repose uniquement sur des dépenses commerciales élevées rencontrent davantage de résistance.
Le capital-développement recule à 1,092 Md€, soit une baisse de 13 % sur un an. Ce segment finance généralement des PME et ETI rentables ou proches de l’équilibre, qui cherchent à accélérer leur expansion, réaliser des acquisitions, internationaliser leur activité ou renforcer leur organisation. Le recul s’explique en partie par l’absence d’opérations supérieures à 100 M€. Dans un contexte de croissance molle et de visibilité réduite, les fonds peuvent privilégier les entreprises déjà capables de générer du cash-flow, de défendre leurs marges et de financer une partie de leur croissance par leurs propres ressources.
Le capital-transmission reste le premier segment en montants investis, avec 6,579 Md€ au premier semestre 2026. Il progresse légèrement en valeur, malgré une baisse du nombre d’entreprises accompagnées. Ce marché est essentiel pour l’économie française, car il finance la reprise d’entreprises, les transmissions familiales, les opérations de management buy-out et les recompositions actionnariales. Dans les PME et ETI, il peut permettre à une équipe dirigeante de prendre une part plus importante au capital, à un fondateur d’organiser sa succession ou à un groupe de céder une activité non stratégique.
La répartition par taille de ticket illustre le changement de régime. Les tickets compris entre 15 M€ et 50 M€ progressent fortement et représentent 28 % des montants investis hors infrastructure. Les opérations supérieures à 100 M€ restent élevées, à 3,724 Md€, mais leur part recule légèrement. En revanche, les opérations inférieures à 5 M€ diminuent en volume et en valeur. Pour les jeunes entreprises et les PME en amorçage de structuration, cela signifie que l’accès au capital n’est pas impossible, mais qu’il peut nécessiter une préparation plus longue, un syndicat d’investisseurs mieux construit et parfois le recours complémentaire à la dette, aux aides publiques ou à des investisseurs sectoriels.
La contraction des plus petits tickets doit être suivie de près, car elle peut avoir un effet différé sur le pipeline des entreprises de demain. Une start-up ou une PME qui ne trouve pas son premier investisseur professionnel peut retarder un recrutement, ralentir un lancement commercial ou renoncer à un projet industriel. Les dispositifs publics, les business angels, les family offices et les fonds régionaux jouent alors un rôle d’amorçage essentiel. Le risque, si le bas du marché se fragilise trop, est de réduire le nombre de sociétés susceptibles d’accéder plus tard au growth ou au capital-développement.
Industrie, santé, numérique : les secteurs qui concentrent les capitaux
La répartition sectorielle montre que l’industrie reste le premier terrain d’investissement du capital-investissement français. Les biens et services industriels concentrent 2,611 Md€, soit près du quart des montants investis hors infrastructure, pour 286 entreprises accompagnées. Cette position est cohérente avec les priorités économiques du moment : souveraineté industrielle, relocalisation partielle de certaines chaînes de valeur, automatisation, efficacité énergétique, robotique, électronique, matériaux avancés et transformation des outils de production. Pour les entrepreneurs industriels, la présence du private equity peut être un levier puissant pour financer des investissements lourds, moderniser les usines ou mener des acquisitions ciblées.
La santé, incluant médical, pharmacie et biotechnologies, progresse nettement, avec 2,081 Md€ investis. Ce secteur attire les capitaux parce qu’il combine besoins structurels, barrières technologiques, réglementation exigeante et potentiel international. Les cycles de développement y sont souvent longs, en particulier dans les biotechnologies et les dispositifs médicaux, mais les marchés adressables peuvent être considérables. Les fonds recherchent des sociétés capables de franchir des jalons scientifiques, cliniques, réglementaires ou commerciaux bien identifiés. La qualité de la propriété intellectuelle, la robustesse des essais, l’accès au remboursement et la stratégie de partenariat industriel y jouent un rôle déterminant.
Le numérique demeure un secteur majeur, avec 1,394 Md€ investis dans 205 entreprises, même si les montants reculent par rapport au premier semestre 2025. Le marché n’a pas cessé de financer les logiciels, les plateformes B2B, la cybersécurité, la donnée ou l’intelligence artificielle, mais il distingue davantage les modèles réellement scalables des modèles fragilisés par des coûts d’acquisition élevés ou une faible différenciation technologique. Dans le logiciel professionnel, les investisseurs analysent de près le revenu récurrent, le taux de churn, l’expansion des comptes existants, la marge brute et la capacité à vendre à des clients grands comptes sans allonger excessivement les cycles commerciaux.
Les biens et services de consommation représentent 1,814 Md€, soit 17 % des montants. Ce secteur reste contrasté. Certaines marques premium, entreprises de distribution spécialisée ou plateformes bénéficiant d’une clientèle fidèle attirent encore les fonds. D’autres modèles, plus exposés à la compression du pouvoir d’achat, aux coûts logistiques ou à la volatilité des comportements de consommation, sont examinés avec prudence. Les investisseurs y cherchent souvent une capacité à préserver les marges, à maîtriser la distribution omnicanale et à construire une marque défendable.
Les services financiers, avec 827 M€ investis, les télécommunications et communications, l’énergie, le BTP et d’autres secteurs complètent le paysage. Pour les fintechs et insurtechs, l’environnement réglementaire, la maîtrise du risque, la conformité et le coût d’acquisition client sont devenus centraux. Pour l’énergie, le financement dépend souvent de la visibilité contractuelle, des prix de marché, des autorisations et de la capacité à sécuriser des projets. Pour le BTP, la transition énergétique des bâtiments et l’adaptation des infrastructures créent des besoins, mais les marges et la cyclicité restent des points de vigilance.
La hiérarchie sectorielle illustre aussi une évolution plus profonde : les investisseurs recherchent des entreprises capables de répondre à des besoins structurels plutôt qu’à de simples tendances de marché. L’industrie répond à la nécessité de produire, automatiser et sécuriser les chaînes d’approvisionnement. La santé bénéficie du vieillissement, des innovations médicales et de la demande de systèmes de soins plus efficaces. Le numérique reste incontournable, mais les investisseurs y distinguent plus nettement les outils indispensables des offres accessoires. Dans tous les cas, la profondeur du marché adressable doit être prouvée par des clients solvables, pas seulement par une présentation ambitieuse.
La France reste le principal terrain d’investissement, mais les fonds demeurent européens
Les entreprises basées en France représentent 71 % des montants investis hors infrastructure et 71 % du nombre d’entreprises accompagnées au premier semestre 2026. En valeur, cela correspond à 7,537 Md€ investis dans 903 entreprises françaises. Les investissements européens hors France atteignent 2,148 Md€ pour 239 entreprises, tandis que le reste du monde représente 944 M€ pour 122 entreprises. Cette répartition confirme que les sociétés de gestion françaises restent ancrées dans leur marché domestique tout en conservant une capacité d’intervention internationale.
La dimension territoriale est également significative. Plus de la moitié des entreprises françaises accompagnées ont leur siège hors d’Île-de-France, même si la région capitale concentre une part importante des montants. Cette situation reflète la structure économique française : les sièges de nombreuses scale-up, sociétés technologiques, groupes de services et holdings se trouvent en Île-de-France, tandis que les PME industrielles, les entreprises familiales et certains champions sectoriels sont répartis sur l’ensemble du territoire. Pour les régions, le capital-investissement joue un rôle souvent sous-estimé dans la transmission, la consolidation de filières, l’export et le maintien de centres de décision.
Pour un dirigeant de PME situé en région, l’existence de fonds nationaux, régionaux et sectoriels est donc un élément à intégrer dans la stratégie de financement. Un projet de croissance externe, de modernisation industrielle, de digitalisation ou de transition énergétique peut intéresser des investisseurs différents selon sa taille, son secteur et son degré de maturité. Les opérations inférieures à quelques millions d’euros relèvent souvent de fonds régionaux, de family offices, de réseaux d’entrepreneurs ou de dispositifs publics et parapublics. Les opérations plus importantes mobilisent des fonds de capital-développement ou de transmission capables d’accompagner la gouvernance et la structuration managériale.
L’ancrage européen des fonds français est aussi un avantage pour les entreprises qui souhaitent s’internationaliser. Un investisseur présent dans plusieurs pays peut aider à identifier des cibles d’acquisition, recruter des profils commerciaux, structurer une filiale, approcher des partenaires industriels ou comprendre des pratiques réglementaires locales. Cet accompagnement ne remplace pas le travail opérationnel du management, mais il peut accélérer des étapes critiques. Dans un environnement où la taille critique compte, notamment face à des concurrents américains ou asiatiques, le capital-investissement peut contribuer à bâtir des plateformes européennes plus solides.
Cette dimension européenne est particulièrement utile dans les marchés fragmentés. Les logiciels métiers, les services B2B, la santé spécialisée, les composants industriels ou certains services financiers peuvent bénéficier de stratégies de consolidation transfrontalière. Un fonds expérimenté peut aider à comparer les multiples d’acquisition, structurer une intégration, harmoniser les systèmes d’information et renforcer la gouvernance. Mais l’internationalisation ajoute aussi des risques : fiscalité, droit social, réglementation sectorielle, change, culture commerciale et complexité managériale. Les meilleurs projets sont ceux qui transforment l’expansion géographique en avantage compétitif, et non en dispersion.
Infrastructure : recul des investissements, mais collecte en hausse
Le marché des fonds d’infrastructure suit une logique particulière. Au premier semestre 2026, les levées des fonds d’infrastructure atteignent 6,6 Md€, en progression par rapport aux premiers semestres 2024 et 2025. Cette hausse est portée par deux levées d’envergure et s’inscrit dans un secteur très concentré autour d’un nombre limité de grandes sociétés de gestion. Comme ces acteurs lèvent souvent des véhicules significatifs à intervalles de plusieurs années, les variations semestrielles peuvent être fortes sans traduire un retournement structurel du marché.
Les investissements d’infrastructure, en revanche, reculent nettement. Ils s’élèvent à 3,8 Md€ dans 113 projets, contre 5,3 Md€ dans 119 projets un an plus tôt. La baisse provient notamment de la diminution des opérations comprises entre 200 M€ et 500 M€, dont le poids tombe fortement. Ce type de variation est fréquent dans les infrastructures, car quelques transactions de grande taille peuvent faire basculer la tendance d’un semestre. Il serait donc imprudent de conclure, sur six mois seulement, à une baisse durable de l’appétit pour les actifs réels.
Les énergies renouvelables demeurent le premier secteur d’investissement, avec 2,129 Md€ dans 70 projets. Elles représentent 56 % des montants et 62 % des projets d’infrastructure accompagnés. Ce leadership reflète des besoins massifs : production solaire et éolienne, stockage, raccordement, efficacité énergétique, électrification des usages et adaptation des réseaux. Les fonds d’infrastructure y recherchent des actifs capables de générer des flux de revenus relativement prévisibles, souvent appuyés par des contrats de long terme, des mécanismes réglementaires ou une demande structurelle d’électricité bas carbone.
Le secteur des transports recule fortement par rapport au premier semestre 2025, tandis que les télécommunications représentent un volume significatif. Les infrastructures numériques, comme la fibre, les data centers ou les tours télécoms, sont devenues des actifs stratégiques, mais leur attractivité dépend de la qualité des contrats, de la densité de la demande, de la consommation énergétique et de la pression concurrentielle. À l’heure où l’intelligence artificielle accroît les besoins en calcul et en stockage, la question de la disponibilité énergétique et de la localisation des data centers devient un sujet d’investissement majeur.
La France occupe une place accrue dans les projets d’infrastructure du semestre. Pour la première fois dans les données présentées, les projets situés en France pèsent autant que les projets à l’étranger en nombre, avec 57 projets. En montants, la France représente 2,917 Md€, soit une part très élevée des investissements d’infrastructure du semestre. Cette orientation peut s’expliquer par l’ampleur des besoins domestiques en transition énergétique, infrastructures numériques, mobilité et rénovation d’actifs existants.
Pour les entrepreneurs, le marché de l’infrastructure peut sembler éloigné du financement des PME. Il a pourtant des effets économiques directs. Le financement des réseaux d’énergie, des télécommunications, des équipements de transport, des infrastructures sociales ou environnementales crée des marchés pour des fournisseurs, bureaux d’études, entreprises industrielles, logiciels spécialisés et opérateurs de maintenance. Une PME positionnée sur l’efficacité énergétique, les capteurs, le pilotage de réseau, la construction bas carbone ou la cybersécurité industrielle peut bénéficier indirectement de ces flux d’investissement.
Les infrastructures sont également au cœur des politiques publiques européennes. La transition énergétique, la sécurité d’approvisionnement, la souveraineté numérique et l’adaptation climatique nécessitent des capitaux considérables, souvent supérieurs aux capacités budgétaires publiques seules. Les fonds privés ne remplacent pas la puissance publique, mais ils peuvent accélérer la réalisation de projets lorsque les cadres contractuels, tarifaires et réglementaires sont suffisamment stables. La qualité de la régulation devient donc un facteur de compétitivité : un projet techniquement solide peut rester bloqué si les autorisations, les raccordements ou les modèles de revenus sont incertains.
Cessions : la liquidité revient, mais reste inférieure au potentiel du marché
La reprise des cessions constitue l’un des signaux les plus scrutés du semestre. Les fonds ont enregistré 6,1 Md€ de cessions au coût historique, en hausse de 24 % par rapport au premier semestre 2025, pour 630 entreprises ou projets cédés. Hors infrastructure, les cessions atteignent 4,8 Md€ pour 598 entreprises, en progression de 6 % en valeur et de 4 % en nombre. Dans les infrastructures, les sorties progressent également, ce qui soutient le total global.
Cette amélioration est importante car le capital-investissement fonctionne comme une chaîne. Les investisseurs institutionnels engagent du capital dans des fonds, les fonds investissent dans des entreprises, puis ils doivent céder leurs participations pour restituer le capital et les gains éventuels. Lorsque les marchés de sortie se bloquent, les distributions ralentissent, les investisseurs deviennent plus prudents dans leurs nouveaux engagements et les sociétés de gestion peuvent rencontrer plus de difficultés à lever leurs fonds suivants. La liquidité est donc un moteur discret mais décisif de tout l’écosystème.
Les cessions industrielles reprennent fortement et retrouvent un niveau proche des tendances historiques après plusieurs semestres de faiblesse. C’est une bonne nouvelle pour les dirigeants, car un acquéreur industriel peut offrir une sortie fondée sur des synergies opérationnelles, une complémentarité technologique, un accès à de nouveaux marchés ou une intégration dans une chaîne de valeur plus large. Dans certains cas, il peut accepter une valorisation plus élevée qu’un acheteur financier si l’opération renforce sa position stratégique. Mais il sera aussi très attentif à l’intégration, à la dépendance au fondateur, aux risques clients et à la compatibilité culturelle.
Les cessions à d’autres fonds de capital-investissement restent stables, malgré la baisse des fonds de continuation. Ces transactions secondaires permettent à une entreprise de poursuivre son développement avec un nouvel actionnaire financier lorsque son fonds initial arrive à maturité. Elles peuvent être utiles pour financer une nouvelle étape de croissance, internationaliser l’activité ou réaliser une consolidation sectorielle. Pour le management, elles impliquent souvent de redéfinir le pacte d’actionnaires, le plan d’intéressement, l’endettement et les objectifs de création de valeur.
L’étude signale aussi une hausse des comptabilisations en pertes, touchant l’ensemble des segments. Ce point rappelle que le capital-investissement n’est pas un financement sans risque. Les fonds investissent dans des entreprises exposées aux cycles économiques, aux ruptures technologiques, aux erreurs de stratégie, à la concurrence et à l’évolution des conditions financières. Dans le venture, le risque d’échec est structurellement élevé. Dans le capital-développement ou la transmission, il peut venir d’un levier trop important, d’un retournement de marché, d’une mauvaise intégration d’acquisition ou d’une dépendance excessive à quelques clients.
Les introductions en Bourse restent marginales dans les données du semestre. Cette faiblesse n’est pas propre à la France. Depuis la remontée des taux et la compression des valorisations technologiques, les marchés d’IPO européens sont devenus plus sélectifs, avec une préférence pour les entreprises de taille suffisante, rentables ou proches de l’être, et capables d’offrir une liquidité attractive. Pour les scale-up françaises, l’IPO demeure une option, mais elle se prépare longtemps à l’avance : gouvernance, reporting, contrôle interne, communication financière, prévisibilité du chiffre d’affaires et capacité à tenir des objectifs publics deviennent déterminants.
La reprise des sorties ne signifie donc pas que toutes les fenêtres sont ouvertes. Les acheteurs restent disciplinés, les banques de financement analysent plus strictement les montages, et les comités d’investissement contestent davantage les hypothèses de croissance. Une entreprise dont le modèle est clair, les marges solides et le management autonome peut bénéficier d’un processus concurrentiel. Une société dont les résultats sont volatils ou dont la croissance dépend d’un petit nombre de clients devra souvent accepter un processus plus long, une valorisation ajustée ou une période de préparation supplémentaire.
Sept ans de détention moyenne : ce que cela dit du rôle des fonds
La publication de la durée moyenne de détention des entreprises cédées apporte une information utile. Elle s’élève à 7 ans pour les sociétés sorties définitivement au premier semestre 2026. Cette durée confirme que le capital-investissement est un financement de long terme, même si les fonds ont eux-mêmes une durée de vie limitée. Entre l’entrée au capital et la sortie, il s’écoule souvent assez de temps pour transformer en profondeur l’organisation, renforcer le management, réaliser des acquisitions, investir dans les systèmes d’information, structurer la fonction finance ou développer l’international.
La durée de détention a tendance à s’allonger lorsque les conditions de sortie deviennent moins favorables. Un fonds peut préférer conserver une participation plutôt que de la vendre dans un marché déprimé, surtout si l’entreprise continue de progresser. Ce choix peut être sain lorsqu’il évite une cession forcée. Il peut aussi créer des tensions si les investisseurs du fonds attendent des distributions ou si la société a besoin d’un nouvel actionnaire pour financer une étape plus ambitieuse. Les fonds de continuation se sont développés précisément pour répondre à ce type de situation, même s’ils ne constituent pas une solution universelle.
Pour les dirigeants, une durée moyenne de sept ans doit être intégrée dès la négociation initiale. L’arrivée d’un fonds n’est pas un financement ponctuel comparable à un prêt bancaire. C’est un partenariat actionnarial qui influence la gouvernance, la stratégie, le rythme de croissance, la politique d’acquisition et la préparation de la sortie. Les sujets clés doivent être clarifiés en amont : horizon souhaité, scénarios de liquidité, rôle du management, niveau d’endettement acceptable, politique de réinvestissement, clauses de sortie, droits de veto et modalités de résolution des désaccords.
La durée longue peut être un avantage majeur lorsque l’entreprise traverse une phase de transformation. Un projet industriel, une expansion internationale, une consolidation de marché ou le développement d’une technologie profonde ne se réalise pas en dix-huit mois. Le bon investisseur apporte du capital, mais aussi de la patience, des recrutements, un réseau, de la méthode et une exigence de pilotage. L’enjeu pour l’entrepreneur est de choisir un actionnaire dont l’horizon et les compétences correspondent réellement au plan de développement, plutôt qu’un investisseur seulement attiré par la valorisation du moment.
Cette durée modifie aussi la manière de construire le plan d’affaires. Un business plan destiné à un fonds ne doit pas seulement montrer une croissance à trois ans. Il doit décrire une trajectoire de création de valeur sur un cycle complet, incluant les recrutements clés, les investissements, les acquisitions possibles, les risques de marché et les scénarios de sortie. Les comités d’investissement accordent de plus en plus d’importance à la qualité d’exécution, car une bonne thèse peut être détruite par une organisation incapable d’absorber la croissance. La gouvernance, longtemps perçue comme un sujet juridique, devient ainsi un actif économique.
Ce que ces tendances signifient pour les entrepreneurs
Le premier enseignement pour les entrepreneurs est que le capital reste disponible, mais qu’il se mérite davantage. Les fonds disposent de capitaux à investir et continuent de chercher de bons dossiers. En revanche, les standards ont changé depuis la période où la croissance suffisait parfois à justifier des valorisations élevées. Les investisseurs veulent comprendre la qualité des revenus, la profondeur du marché, la solidité de la marge, la dépendance aux personnes clés, la capacité à recruter, la maturité du reporting et le chemin vers une création de valeur mesurable.
Pour une start-up technologique, cela signifie que la traction commerciale doit être analysable et non seulement prometteuse. Les indicateurs de revenu récurrent, de rétention, d’usage, de marge brute, de coût d’acquisition et de durée de cycle de vente deviennent centraux. Dans l’intelligence artificielle, secteur porteur du semestre, les fonds distinguent progressivement les entreprises qui disposent d’une technologie défendable, d’un accès propriétaire à la donnée, d’un cas d’usage solvable ou d’une intégration métier profonde, de celles qui assemblent des briques facilement réplicables. La capacité à démontrer un retour sur investissement client devient un avantage décisif.
Pour une PME industrielle ou de services, l’enjeu consiste souvent à présenter un plan de croissance crédible, financé et pilotable. Les fonds regardent la structure de marge, la concentration clients, la qualité du carnet de commandes, l’exposition aux coûts de l’énergie, la dépendance fournisseurs, le niveau d’automatisation et les besoins en fonds de roulement. Une entreprise rentable mais peu structurée peut attirer un investisseur si elle dispose d’un potentiel clair d’amélioration opérationnelle. À l’inverse, une société en croissance mais mal pilotée peut être pénalisée par l’incertitude sur ses données et sa gouvernance.
Pour un dirigeant qui prépare une transmission, le semestre confirme la profondeur du marché français. Le capital-transmission reste le segment dominant en valeur et continue de financer des opérations significatives. Mais les acheteurs financiers sont attentifs au prix d’entrée, à la capacité de l’entreprise à supporter la dette et à la résilience du modèle en cas de ralentissement. La préparation doit commencer tôt : clarification de l’organigramme, sécurisation des contrats clés, formalisation des procédures, renforcement du deuxième cercle managérial, nettoyage des éléments exceptionnels et construction d’un budget crédible.
La reprise des cessions industrielles offre aussi des perspectives aux entrepreneurs qui envisagent une vente à un groupe. Pour maximiser cette option, il faut identifier les acquéreurs stratégiques bien avant le lancement d’un processus, comprendre leurs priorités, documenter les synergies possibles et réduire les risques d’intégration. Un acquéreur industriel n’achète pas seulement des chiffres : il achète une position de marché, une technologie, une équipe, un portefeuille clients, une capacité de production ou une complémentarité commerciale. Plus ces éléments sont clairs, plus le dossier peut susciter de la concurrence.
Les entrepreneurs doivent également tenir compte de la concurrence entre sources de financement. Le capital-investissement n’est pas toujours la réponse unique. Une société rentable peut combiner dette bancaire, dette privée, subventions, crédit-bail, aides à l’innovation, financement export ou autofinancement. Une start-up peut s’appuyer sur des business angels, des fonds d’amorçage, des corporate ventures ou des programmes publics. Le bon montage est celui qui finance les étapes critiques sans surdiluer les fondateurs, sans fragiliser le bilan et sans enfermer l’entreprise dans des obligations incompatibles avec son rythme réel.
Bonnes pratiques pour lever dans un marché plus sélectif
Dans le contexte décrit par l’étude, la préparation d’une levée de fonds doit être plus rigoureuse que jamais. Un entrepreneur doit être capable d’expliquer précisément le montant recherché, l’usage des fonds, les jalons attendus et le niveau de dilution acceptable. Les investisseurs sanctionnent les plans trop vagues, les hypothèses de croissance non justifiées et les besoins de financement sous-estimés. Un dossier crédible relie chaque euro levé à un objectif opérationnel : recrutement commercial, développement produit, acquisition, outil industriel, expansion géographique, certification, stock ou renforcement du bilan.
La qualité de l’information financière est un facteur de différenciation. Les fonds attendent un historique fiable, une segmentation claire du chiffre d’affaires, une analyse des marges, une vision du cash, un suivi du besoin en fonds de roulement et des prévisions cohérentes. Pour les PME, la mise en place d’un reporting mensuel robuste peut changer la perception du risque. Pour les start-up, la fiabilité des cohortes, la mesure de la rétention et la transparence sur les coûts d’acquisition évitent de longues discussions pendant la due diligence.
La valorisation doit être abordée avec réalisme. Le marché de 2026 n’est plus celui des multiples les plus agressifs de 2021. Les fonds comparent les sociétés à des transactions récentes, aux marchés cotés, aux perspectives de sortie et au risque d’exécution. Chercher la valorisation maximale peut sembler attractif à court terme, mais une valorisation excessive augmente la pression sur le prochain tour ou sur la sortie. Une structure équilibrée, avec éventuellement des mécanismes d’ajustement, peut préserver l’alignement entre fondateurs, management et investisseurs.
La sélection de l’investisseur est aussi stratégique que le montant levé. Tous les fonds ne se valent pas pour tous les projets. Certains apportent une expertise sectorielle forte, d’autres une capacité de build-up, une expérience internationale, un réseau industriel, une compétence en structuration financière ou une approche plus entrepreneuriale. Le bon partenaire doit être évalué sur ses références, sa disponibilité, son comportement dans les périodes difficiles et sa compatibilité avec la culture de l’entreprise. Une relation actionnariale longue exige de la confiance et de la clarté.
Enfin, les dirigeants doivent anticiper la sortie dès l’entrée. Cela ne signifie pas gérer l’entreprise uniquement pour la vendre, mais construire une trajectoire lisible pour de futurs acquéreurs. Une société qui dispose d’un management autonome, d’indicateurs fiables, d’un positionnement clair, de contrats solides et d’une stratégie documentée sera plus attractive, qu’elle vise une cession industrielle, une opération secondaire, une introduction en Bourse ou une transmission familiale. Dans un marché où les cessions reprennent mais restent inférieures à leur potentiel, cette discipline peut faire la différence.
La due diligence doit aussi être anticipée comme un projet interne. Les investisseurs examineront les comptes, les contrats clients, les litiges, la propriété intellectuelle, la cybersécurité, les données personnelles, les engagements sociaux, les assurances, la fiscalité et les dépendances opérationnelles. Une faiblesse n’est pas toujours éliminatoire si elle est identifiée, expliquée et corrigible. En revanche, une découverte tardive détruit la confiance et peut faire échouer une opération. Les entreprises les mieux préparées organisent une data room claire, nomment un responsable du processus et alignent très tôt les conseils financiers, juridiques et fiscaux.
Réglementation, ESG et gouvernance : des exigences devenues structurantes
Le capital-investissement français évolue dans un cadre réglementaire dense. Les sociétés de gestion sont supervisées par l’AMF lorsqu’elles opèrent en France et doivent respecter des exigences relatives à l’agrément, à la gestion des conflits d’intérêts, à l’information des investisseurs, à la valorisation des actifs et à la maîtrise des risques. À l’échelle européenne, la directive AIFM encadre les gestionnaires de fonds d’investissement alternatifs. Pour les entrepreneurs, ces règles peuvent sembler lointaines, mais elles expliquent en partie le niveau de documentation demandé lors d’une opération.
Les sujets ESG occupent également une place croissante dans les décisions d’investissement. Les fonds doivent répondre aux attentes de leurs souscripteurs et, selon leur classification, à des obligations de transparence liées au règlement européen SFDR. Cela ne signifie pas que toutes les entreprises doivent devenir des sociétés à impact, mais elles doivent être capables d’identifier leurs risques environnementaux, sociaux et de gouvernance. Dans l’industrie, cela peut concerner la consommation énergétique, les émissions, la sécurité au travail ou la chaîne d’approvisionnement. Dans le numérique, les enjeux portent davantage sur la protection des données, l’éthique des algorithmes, la sobriété informatique et la cybersécurité.
Pour un dirigeant, l’ESG ne doit pas être traité comme une annexe marketing. Les meilleurs dossiers relient ces sujets à la performance opérationnelle : réduire la consommation d’énergie améliore les marges, renforcer la sécurité diminue les interruptions, structurer la gouvernance facilite le recrutement de cadres dirigeants, et documenter la conformité rassure les grands clients. Les fonds capables d’accompagner ces transformations peuvent créer de la valeur autrement que par l’effet de levier. Dans un marché plus sélectif, cette création de valeur opérationnelle devient un argument central.
La gouvernance prend une importance particulière dans les PME et ETI qui ouvrent leur capital pour la première fois. L’arrivée d’un investisseur implique souvent la mise en place d’un conseil ou d’un comité stratégique plus formalisé, d’un reporting régulier, d’une politique d’investissement, d’un budget annuel et d’indicateurs de performance partagés. Cette discipline peut être vécue comme une contrainte, mais elle aide l’entreprise à prendre de meilleures décisions. Elle permet aussi de préparer une future cession en réduisant la dépendance au fondateur et en rendant l’organisation compréhensible pour des acquéreurs externes.
Une industrie sous contrainte, mais centrale pour la croissance
Le bilan du premier semestre 2026 met en évidence une industrie française du capital-investissement qui reste active, internationalisée et capable de financer des besoins variés. Elle soutient à la fois des start-up d’intelligence artificielle, des PME industrielles, des entreprises de santé, des opérations de transmission et des infrastructures énergétiques. Cette diversité est une force. Elle permet de mobiliser l’épargne longue vers des actifs productifs, de financer des transformations que le crédit bancaire ne peut pas toujours absorber seul et d’accompagner des entreprises dans des phases où la gouvernance compte autant que le capital.
Le marché n’est toutefois pas exempt de fragilités. La baisse du nombre d’entreprises financées, le recul des petites opérations, la dépendance de certains agrégats à quelques grandes transactions, la lenteur des levées et la liquidité encore imparfaite des sorties appellent à la prudence. Les fonds doivent continuer à démontrer leur capacité à créer de la valeur autrement que par l’effet de levier ou l’expansion des multiples. Les entrepreneurs, eux, doivent accepter un niveau d’exigence plus élevé et préparer leurs opérations avec davantage d’anticipation.
Pour l’économie française, l’enjeu dépasse le seul secteur financier. Les besoins de financement liés à la transition énergétique, à la souveraineté industrielle, à la santé, à la transformation numérique et à la transmission des entreprises sont considérables. Le capital-investissement ne peut pas tout financer, mais il occupe une place déterminante dans le passage à l’échelle des entreprises et dans la structuration de filières compétitives. Le premier semestre 2026 montre que cette fonction demeure active, même dans un environnement dégradé.
La conclusion opérationnelle est donc nuancée. Le capital-investissement français ne connaît pas une crise d’activité, mais il entre dans une phase plus disciplinée. Les capitaux sont là, les investisseurs internationaux restent présents, les infrastructures attirent toujours l’épargne longue et les cessions recommencent à circuler. Pour les dirigeants capables de présenter un projet solide, mesurable et bien gouverné, le marché demeure ouvert. Pour les dossiers insuffisamment préparés, il devient simplement beaucoup moins indulgent.
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