Womed boucle une levée de plus de 7 M€ pour accélérer ses traitements en santé utérine

L'actualité en bref
Womed clôture sa campagne participative avec 2,1 M€ collectés et dépasse les 7 M€ au total pour accélérer sa croissance.
Womed boucle une levée de plus de 7 M€ pour accélérer ses traitements en santé utérine
Womed vient de réunir plus de 7 millions d’euros pour financer le développement et la commercialisation de traitements intra-utérins contre les adhérences, les fibromes et les saignements utérins. Ce tour combine 5 millions d’euros apportés par des investisseurs professionnels et 2,1 millions collectés auprès du grand public. L’opération marque une nouvelle étape pour la femtech montpelliéraine, qui doit désormais transformer sa technologie de polymère biodégradable en une plateforme capable de traiter plusieurs pathologies utérines sans recourir systématiquement à une chirurgie invasive ou à des hormones administrées dans l’ensemble de l’organisme.
Une campagne participative deux fois supérieure à l’objectif
La campagne menée simultanément sur les plateformes Lita et Capital Cell visait initialement une collecte d’un million d’euros. Elle s’est finalement achevée avec environ 2,1 millions d’euros investis par le grand public, soit 214 % de l’objectif annoncé.
Cette campagne ne reposait pas sur un système de dons ou de précommandes. Les participants investissaient au capital de Womed et devenaient indirectement actionnaires d’une entreprise non cotée. Ce type d’opération permet à une medtech d’élargir sa communauté d’investisseurs tout en complétant les financements apportés par les fonds professionnels.
Le succès de la collecte traduit aussi l’intérêt croissant des particuliers pour les innovations consacrées à la santé des femmes. Les troubles utérins concernent des millions de patientes, mais leurs conséquences sur la fertilité, la douleur, les menstruations, la vie professionnelle ou la qualité de vie restent encore insuffisamment prises en compte.
Comme tout investissement dans une entreprise de santé non cotée, la participation comportait néanmoins un risque de perte du capital et une liquidité limitée. Le développement d’un dispositif médical ou d’un traitement nécessite des essais cliniques, des autorisations réglementaires et une commercialisation dont la durée comme le résultat restent difficiles à prévoir.
Un tour de table soutenu par des investisseurs spécialisés
Les 2,1 millions d’euros issus du financement participatif complètent 5 millions d’euros déjà sécurisés auprès d’IRDI Capital Investissement, de CEMAG, représenté par le docteur André Ulmann, et de CANTRAK.
Ce montage associant investisseurs institutionnels, experts de la santé et particuliers permet à Womed de réunir davantage que du capital. Les investisseurs professionnels peuvent accompagner l’entreprise sur les sujets réglementaires, industriels, commerciaux et internationaux, tandis que la campagne participative contribue à renforcer sa visibilité auprès des patientes et des professionnels de santé.
Fondée à Montpellier en 2018, Womed emploie actuellement une dizaine de salariés, complétés par des consultants spécialisés. La société prévoit de doubler ses effectifs d’ici à la fin de 2028, notamment pour renforcer le développement clinique, les affaires réglementaires, l’industrialisation et le déploiement commercial aux États-Unis.
Une technologie issue de la recherche montpelliéraine
Womed est issue de travaux menés autour des biomatériaux et des polymères au CNRS et à l’Université de Montpellier. L’entreprise a développé une famille de matériaux biodégradables spécialement conçus pour être placés temporairement à l’intérieur de l’utérus.
La technologie peut être adaptée à plusieurs fonctions. Le polymère peut servir de barrière mécanique pour empêcher deux tissus de cicatriser l’un contre l’autre. Il peut également être utilisé comme support pour délivrer localement un principe actif dans la cavité utérine.
Cette administration locale constitue un axe important de la stratégie de Womed. Elle pourrait permettre de concentrer un traitement sur la zone concernée tout en réduisant l’exposition du reste de l’organisme. L’objectif est notamment de limiter certains effets indésirables associés aux traitements hormonaux systémiques.
La plateforme technologique est protégée par un portefeuille de brevets couvrant les matériaux, leur formulation, leurs propriétés de dégradation et leurs différentes applications thérapeutiques.
Womed Leaf, un premier produit désormais autorisé aux États-Unis
Le premier produit commercialisé par l’entreprise est Womed Leaf, une barrière intra-utérine résorbable destinée à réduire la réapparition et la gravité des adhérences après une chirurgie hystéroscopique.
Les adhérences intra-utérines, aussi appelées synéchies, correspondent à la formation de bandes de tissu cicatriciel reliant anormalement les parois de l’utérus. Elles peuvent apparaître après une intervention chirurgicale, une ablation de fibrome, une aspiration ou un curetage. Dans les formes modérées ou sévères, elles peuvent provoquer une diminution ou une disparition des règles, des douleurs, des fausses couches répétées et des difficultés à concevoir.
Le traitement de référence consiste généralement à sectionner les adhérences au cours d’une hystéroscopie. La difficulté survient pendant la cicatrisation : les parois utérines peuvent de nouveau entrer en contact et former de nouvelles synéchies.
Womed Leaf prend la forme d’un film polymère stérile introduit dans l’utérus à la fin de l’intervention. Au contact des fluides, il se déploie et gonfle afin de maintenir temporairement les parois séparées. Il se fragmente ensuite progressivement avant d’être éliminé naturellement, sans nécessiter une nouvelle opération pour le retirer.
Une efficacité évaluée dans une étude internationale
L’autorisation américaine repose notamment sur une étude clinique internationale randomisée ayant inclus 163 femmes présentant des adhérences modérées ou sévères. Après l’ablation chirurgicale des synéchies, certaines patientes ont reçu Womed Leaf tandis que les autres n’ont bénéficié d’aucune barrière intra-utérine.
Six semaines plus tard, l’amélioration de la sévérité des adhérences était significativement plus importante dans le groupe traité. La proportion de patientes ayant obtenu une amélioration d’au moins deux catégories de sévérité atteignait 50,7 % avec Womed Leaf, contre 29,3 % dans le groupe témoin.
Aucun événement indésirable grave n’a été signalé au cours des six semaines de suivi de l’étude. Ces résultats portent toutefois principalement sur la cicatrisation de la cavité utérine. Le suivi à plus long terme doit encore préciser l’impact du dispositif sur la fertilité, les grossesses et la sécurité plusieurs années après l’intervention.
La Food and Drug Administration a accordé son autorisation de commercialisation en septembre 2025 pour les femmes adultes opérées par hystéroscopie en raison d’adhérences symptomatiques modérées à sévères. Cette validation est stratégique : la procédure américaine impose un niveau élevé de documentation clinique, de contrôle industriel et de suivi post-commercialisation.
Déjà présent en Europe, Womed Leaf a désormais été utilisé pour traiter plus de 3 000 patientes dans le monde.
Deux nouveaux traitements contre les fibromes et les hémorragies
La levée doit maintenant financer l’entrée en clinique de deux nouvelles solutions construites à partir de la même plateforme technologique.
La première cible les fibromes utérins, des tumeurs bénignes du muscle de l’utérus qui concerneraient entre 25 % et 50 % des femmes. Souvent asymptomatiques, ils peuvent aussi entraîner des règles très abondantes, des douleurs pelviennes, une anémie, des difficultés de fertilité ou une compression des organes voisins.
Les traitements actuels dépendent de la taille, du nombre et de la localisation des fibromes. Ils peuvent inclure des médicaments hormonaux, une embolisation, une ablation ciblée, une myomectomie ou, dans certaines situations, une hystérectomie.
Womed travaille sur un dispositif destiné à administrer localement un médicament dans l’utérus. L’entreprise cherche ainsi à traiter les symptômes liés aux fibromes sans chirurgie et sans exposition hormonale systémique. Les essais cliniques devront confirmer la dose efficace, la durée d’action, la tolérance et les profils de patientes susceptibles d’en bénéficier.
Le second programme concerne les saignements utérins aigus. Ces hémorragies peuvent conduire une patiente aux urgences, provoquer une anémie sévère et, dans les cas les plus graves, nécessiter une transfusion ou une intervention chirurgicale. Womed développe une solution locale à action rapide afin de contrôler le saignement directement dans la cavité utérine.
Le passage d’une medtech mono-produit à une plateforme thérapeutique
Avec ce financement, Womed ne cherche plus seulement à réussir la commercialisation de Womed Leaf. L’enjeu consiste à démontrer que son polymère peut servir de base à plusieurs traitements intra-utérins partageant une technologie, des compétences industrielles et une expertise réglementaire communes.
Cette stratégie peut réduire certains coûts de développement, mais chaque nouvelle indication devra être évaluée indépendamment. Un matériau déjà utilisé comme barrière mécanique ne garantit pas automatiquement l’efficacité d’un dispositif délivrant un médicament contre les fibromes ou une hémorragie.
Womed devra donc mener plusieurs chantiers simultanément : accélérer les ventes de Womed Leaf, organiser son implantation commerciale aux États-Unis, lancer de nouveaux essais cliniques, renforcer ses équipes et conserver des ressources financières suffisantes jusqu’aux prochaines étapes réglementaires.
Le tour de plus de 7 millions d’euros lui donne les moyens d’avancer sur cette feuille de route. Il confirme également qu’une innovation médicale consacrée à la santé utérine peut mobiliser à la fois des fonds spécialisés et plusieurs centaines d’investisseurs particuliers. La prochaine étape sera désormais clinique : prouver que la plateforme développée à Montpellier peut apporter des solutions réellement moins invasives, efficaces et accessibles à un plus grand nombre de patientes.
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