Une journée dans la peau d’un anti-IA
#blog Dernière mise à jour : 30/06/2026, publié le : 30/06/2026« Une société parfaite, c’est une société où les machines ne pensent pas à notre place, où les algorithmes ne nous disent pas quoi acheter, où les robots ne nous volent pas notre travail… et où les gens, eux, continuent de se tromper comme avant, mais avec panache !
Une société parfaite, c’est une société où l’on ne rit pas avec une IA. On rit de l’IA. Ou mieux : on ne rit pas du tout. On grogne. Voilà.
Moi, je me lève tôt. Très tôt. À 5 heures du matin. Parce qu’à 6 heures, il faut que je sois debout pour crier « À bas les machines ! » devant mon miroir… en bois massif, bien sûr. Pas question d’utiliser un miroir intelligent qui me dirait « Vous avez une tache sur la chemise » ou, pire, « Vous devriez sourire, vous êtes triste ». Non mais oh ! Comme si j’avais besoin d’une puce pour savoir que je suis de mauvaise humeur !
À 6h05, je fais ma toilette à l’ancienne : brosse à dents en bois de hêtre (fabriquée par un artisan normand qui n’a jamais entendu parler d’Internet), savon de Marseille vrai (celui qui pique les yeux, pas le gel douche « intelligent » qui ajuste sa texture en fonction de mon humeur). Et je me rase avec un rasoir droit, comme mon grand-père. Parce que, un rasoir électrique, c’est déjà un pas vers Skynet.
À 7 heures, petit-déjeuner 100% analogique : pain grillé à la main (avec un grille-pain mécanique, celui qui carbonise une tranche sur deux, c’est ça la vraie vie), beurre de baratte (parce que le beurre industriel, c’est du complot lacté), et café filtre… sans machine. Je bois mon café en fixant mon vieux poste de radio à galène, qui grésille comme un vrai. Pas de Spotify, pas de playlist. Juste Europe 1 en AM, avec les parasites et les coupures. C’est ça, la musique authentique.
À 8h30, je pars au travail à pied, parce que ma voiture, c’est une 2CV de 1978. Pas de GPS, pas de Bluetooth, pas d’ordinateur de bord. Juste un volant, quatre roues, et une odeur d’huile brûlée. Si je me perds, je demande mon chemin à un humain. Un vrai. Avec des défauts, des préjugés, et une tendance à me faire faire un détour de 20 km. C’est ça, la solidarité !
Au bureau – enfin, à mon atelier (parce que « bureau », ça sent le open-space et les écrans), je travaille sur du papier. Avec un stylo-plume. Si je me trompe, je rature. Si je rate, je recommence. Pas de « Ctrl+Z », pas de « cloud ». Juste la sueur de mon front et les taches d’encre sur ma chemise. Et si mon patron me demande un tableau Excel, je lui réponds : « Un tableau ? Voici une ardoise et une craie. »
À midi, je mange un sandwich jambon-beurre… mais le jambon est coupé à la main (par le charcutier, qui me raconte sa vie en me servant), et le pain est de la veille (parce que le pain frais, c’est suspect, ça pourrait contenir des nanoparticules). Je bois un verre de vin rouge… sans application pour compter les calories. Parce que le vin, ça se boit, ça ne se scanne pas.
L’après-midi, je fais la sieste. Pas sur un matelas connecté qui mesure mon rythme cardiaque, non : sur un vieux canapé en cuir craquelé, avec une couverture en laine tricotée par ma grand-mère. Et si je ronfle, c’est ma faute, pas celle d’un capteur de sommeil.
À 18 heures, je rentre chez moi sans passer par Waze. Je me perds trois fois, je jure contre les sens uniques, et j’arrive enfin. Je passe devant un magasin de smartphones… je crache par terre. Pas sur le magasin, non, je ne suis pas un sauvage. Juste à côté.
À 19h30, dîner : steak-frites. Le steak est cuit au gaz (pas à l’induction, cette hérésie électromagnétique), et les frites sont coupées à la main (par moi, avec une mandoline qui m’a déjà enlevé un bout de doigt – c’est ça, le prix de l’authenticité). Pas de livraison Uber Eats : le livreur, c’est moi. Et je me sers une bière… en bouteille en verre consignée, parce que la canette, c’est trop high-tech.
À 20h30, je regarde la télé. En noir et blanc. Parce que la couleur, c’est déjà un compromis avec le progrès. Et je zappe à la main, avec la télécommande… en bois (oui, ça existe). Si je tombe sur une pub pour une enceinte connectée, je change de chaîne en hurlant « Résistance ! ».
À 21h45, je me couche. Mais avant, je lis un livre… en papier. Un vrai. Avec des pages qui se tournent, qui se cornent, qui se déchirent. Pas de liseuse, pas de rétroéclairage. Juste une lampe à huile (parce que l’ampoule LED, c’est trop futuriste). Et si je m’endors, c’est avec la satisfaction du devoir accompli : aujourd’hui, j’ai survécu sans IA.
22 heures : Mon réveil mécanique sonne. Je l’ai remonté ce matin. Demain, ce sera pareil. En pire.
Parce que demain, peut-être qu’ils auront inventé un frigo qui me jugera pour mes choix alimentaires. Et ça, c’est la limite. »
