WhiteLab Genomics lève 26 millions de dollars pour accélérer ses médicaments génomiques conçus par IA

WhiteLab Genomics lève 26 millions de dollars pour accélérer ses médicaments génomiques conçus par IA

L'actualité en bref

WhiteLab Genomics lève 26 M$ en Série B pour accélérer ses médicaments génomiques conçus par IA et étendre ses partenariats internationaux.

Dernière mise à jour : 06/10/2026 à 16:37
Publié le : 06/10/2026
https://whitelabgx.com

WhiteLab Genomics a bouclé une Série B de 26 millions de dollars, soit environ 22 millions d’euros, pour accélérer le développement de médicaments génomiques conçus avec l’intelligence artificielle. Le tour est mené par AVP, avec Yaday Health et Blast Club, aux côtés d’Omnes Capital et du Debiopharm Innovation Fund.

Cette opération compte parce qu’elle intervient sur l’un des verrous majeurs de la biotechnologie moderne : faire parvenir une séquence thérapeutique au bon tissu, à la bonne dose et avec un profil de sécurité compatible avec un développement clinique. Pour les industriels de la santé, l’enjeu n’est plus seulement de générer des candidats avec l’IA, mais de prouver qu’ils fonctionnent in vivo, puis qu’ils peuvent être produits, protégés et intégrés dans une stratégie réglementaire. WhiteLab veut précisément transformer une plateforme de conception en portefeuille d’actifs biologiques exploitables par des partenaires pharmaceutiques à l’échelle internationale.

Une Série B pour passer de la plateforme aux actifs validés

Fondée en 2019, WhiteLab Genomics s’inscrit dans la catégorie des sociétés TechBio, ces entreprises qui combinent biologie expérimentale, données, modélisation et automatisation pour raccourcir les cycles de découverte de médicaments. Son ambition porte sur la médecine génomique, un champ qui regroupe notamment les thérapies géniques, certaines approches d’édition du génome, les ARN thérapeutiques et les solutions capables de modifier ou de compenser le fonctionnement d’un gène.

Le financement de 26 millions de dollars doit d’abord servir à renforcer les programmes de validation expérimentale de WhiteLab. La société veut tester plus largement ses candidats sur des vecteurs de délivrance viraux et non viraux, ainsi que sur des séquences thérapeutiques programmables. Dans ce domaine, une prédiction informatique n’a de valeur stratégique que si elle se confirme dans des modèles biologiques pertinents, en particulier lorsque les résultats concernent la biodistribution, la spécificité tissulaire, la toxicité potentielle et la faisabilité industrielle.

Le tour de table est conduit par AVP, plateforme d’investissement active dans les entreprises technologiques à forte croissance, et accueille deux nouveaux investisseurs, Yaday Health et Blast Club. Les investisseurs historiques, Omnes Capital et Debiopharm Innovation Fund, réinvestissent également. Cette continuité est importante pour une biotech de plateforme, car la valeur se construit souvent par étapes : preuve technologique, validation biologique, constitution d’actifs, puis accords de codéveloppement, licences ou programmes propriétaires.

La gouvernance évolue en parallèle. François Robinet, managing partner d’AVP, et le Dr Daniel Teper, managing partner de Yaday Health et fondateur de NAYA Therapeutics, rejoignent le conseil d’administration. Pour WhiteLab, ces nominations signalent une phase plus commerciale et internationale, où l’accès aux grands laboratoires, aux marchés nord-américains et aux standards de développement pharmaceutique devient aussi décisif que la performance algorithmique.

Pourquoi la délivrance reste le verrou de la médecine génomique

Les médicaments génomiques reposent sur une idée puissante : apporter à une cellule une instruction génétique, ou modifier une instruction existante, afin de traiter une maladie à sa source biologique. Mais la difficulté opérationnelle est considérable. Une molécule active doit éviter une dégradation trop rapide, atteindre le tissu ciblé, pénétrer les cellules pertinentes, s’exprimer au bon niveau et limiter les effets hors cible.

Dans les thérapies géniques, les virus adéno-associés, ou AAV, sont parmi les vecteurs les plus utilisés, car ils peuvent transporter du matériel génétique avec une efficacité élevée et un profil relativement bien caractérisé. Ils présentent toutefois des contraintes importantes : capacité de chargement limitée, immunogénicité possible, fabrication complexe, tropisme parfois insuffisamment sélectif et risques associés à une accumulation dans certains organes, notamment le foie. Pour un industriel, ces paramètres influencent directement le coût de développement, la fenêtre thérapeutique, la propriété intellectuelle et les chances d’obtenir une autorisation réglementaire.

WhiteLab affirme avoir démontré le potentiel de sa plateforme ALFRED sur le cerveau, l’un des territoires les plus difficiles à adresser. La barrière hémato-encéphalique protège le système nerveux central en filtrant l’accès de nombreuses substances circulant dans le sang, mais elle empêche aussi beaucoup de traitements d’atteindre leur cible. Des vecteurs capables de franchir cette barrière tout en limitant leur présence dans des tissus non visés pourraient ouvrir des perspectives dans des pathologies où les options restent limitées.

Dans des travaux menés avec l’Institut du Cerveau à Paris, WhiteLab a utilisé sa plateforme propriétaire ALFRED, acronyme de AI-Led Framework for Rational Exploration in Drug Design, pour concevoir de nouveaux AAV. Selon l’entreprise, certains candidats conçus par IA ont franchi la barrière hémato-encéphalique, présenté un tropisme cérébral marqué et n’ont pas montré de signal détectable dans le foie lors des études in vivo communiquées. Ce type de résultat devra naturellement être confirmé, étendu et comparé à des références établies, mais il répond à une question centrale du secteur : l’IA peut-elle produire des vecteurs réellement différenciants et pas seulement optimiser des bibliothèques existantes ?

Ce que change l’IA lorsqu’elle est reliée à la validation biologique

La promesse de l’intelligence artificielle dans la biotech ne se limite pas à générer plus de candidats. Sa valeur vient surtout de sa capacité à explorer des espaces biologiques trop vastes pour être parcourus par essais successifs classiques. Dans le cas des vecteurs AAV, de petites modifications de séquence peuvent changer la stabilité, la reconnaissance immunitaire, l’affinité pour certains tissus ou la capacité de production. L’enjeu consiste donc à proposer des designs suffisamment nouveaux pour créer de la propriété intellectuelle, mais suffisamment robustes pour résister au passage en laboratoire puis en développement préclinique.

ALFRED vise précisément cette approche intégrée. La plateforme conçoit et optimise des composants de médicaments génomiques, puis les candidats sont filtrés par des validations expérimentales et des tests in vivo. Ce bouclage entre prédiction et expérimentation est devenu une bonne pratique dans l’IA appliquée à la biologie : sans données de retour fiables, un modèle peut produire des solutions élégantes sur le plan informatique mais peu exploitables dans un organisme vivant.

WhiteLab étend désormais son champ au-delà des AAV. L’entreprise travaille aussi sur des vecteurs non viraux, notamment les nanoparticules lipidiques, connues du grand public depuis les vaccins à ARN messager mais utilisées dans un périmètre beaucoup plus large de développement thérapeutique. Ces particules peuvent transporter des acides nucléiques, leur formulation pouvant être ajustée pour influencer la stabilité, la tolérance, le tissu ciblé ou la libération intracellulaire.

La société s’intéresse également aux séquences thérapeutiques programmables, comme les promoteurs synthétiques. Un promoteur agit comme un élément de contrôle : il contribue à déterminer où, quand et avec quelle intensité un gène s’exprime. Dans une thérapie génique, cette couche de contrôle est cruciale, car une expression trop faible peut être inefficace tandis qu’une expression excessive ou mal localisée peut poser un risque de sécurité.

L’intérêt industriel de l’approche est de ne plus traiter séparément la cargaison génétique et son système de transport. Un médicament génomique performant dépend de l’assemblage cohérent de plusieurs briques : vecteur, séquence thérapeutique, éléments régulateurs, dose, voie d’administration et procédé de fabrication. Si l’IA permet de concevoir ces composants de manière coordonnée, elle peut réduire les itérations coûteuses et améliorer la probabilité de sélectionner tôt des candidats développables.

Un marché mondial exigeant, entre espoir clinique et contraintes réglementaires

La médecine génomique a déjà démontré sa valeur clinique dans plusieurs maladies rares, cancers hématologiques et indications ophtalmologiques, mais son industrialisation reste difficile. Les coûts de production, la caractérisation analytique, la variabilité des lots, la gestion des réponses immunitaires et le suivi de long terme sont des sujets majeurs pour les autorités de santé. Aux États-Unis comme en Europe, les développeurs doivent documenter la biodistribution, la persistance du vecteur, les risques d’intégration ou d’expression non souhaitée, ainsi que la reproductibilité du procédé de fabrication.

Pour les entrepreneurs et responsables innovation, cette levée de fonds illustre un déplacement de la valeur dans la biotech. Les plateformes d’IA ne sont plus seulement jugées sur la sophistication de leurs modèles, mais sur leur capacité à produire des actifs transférables, assortis de données expérimentales solides, d’une stratégie de propriété intellectuelle et d’un chemin réglementaire crédible. C’est particulièrement vrai dans les thérapies avancées, où la découverte, la fabrication et la clinique sont étroitement liées.

WhiteLab veut utiliser sa Série B pour construire un portefeuille de bio-actifs validés, susceptibles d’être développés en propre ou proposés à des partenaires biopharmaceutiques. Ce positionnement peut prendre plusieurs formes : codéveloppement avec un laboratoire, licence sur un vecteur, conception sur mesure pour une indication donnée ou collaboration plus large sur une famille de technologies. Pour une biotech de cette taille, la capacité à multiplier des partenariats tout en conservant des actifs différenciants est souvent un levier essentiel de valorisation.

Une expansion commerciale pensée autour des grands pôles biopharma

La société prévoit d’accélérer son développement en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Boston, où WhiteLab est déjà implantée, constitue un point d’ancrage logique : l’écosystème réunit grands laboratoires, biotechs spécialisées, investisseurs santé, hôpitaux de recherche et talents en sciences de la vie. L’entreprise souhaite aussi renforcer sa présence sur la côte Ouest des États-Unis, un marché où se croisent biotechnologies, intelligence artificielle et capital-risque deeptech.

En Asie, WhiteLab explore des opportunités au Japon et en Corée du Sud, deux marchés dotés de groupes pharmaceutiques actifs, de capacités de fabrication avancées et d’un intérêt croissant pour les thérapies innovantes. L’Europe demeure également stratégique, à la fois pour son tissu académique, ses centres hospitaliers experts et ses programmes de soutien à l’innovation. La présence de WhiteLab à Paris, Boston et Montréal lui permet de se positionner sur plusieurs bassins de talents et de partenariats.

L’entreprise met déjà en avant des collaborations avec Sanofi, Cytiva, l’Université du Massachusetts, l’Institut de la Vision, l’Institut du Cerveau et l’Institut Imagine, ainsi que des liens avec des acteurs de l’écosystème comme Y Combinator, Station F, Future4Care et French Tech 2030. De nouvelles données doivent être présentées lors du prochain congrès annuel de l’ESGCT, un rendez-vous suivi par la communauté européenne de thérapie génique et cellulaire. Pour WhiteLab, cette étape sera l’occasion de convaincre au-delà du financement : dans ce secteur, la crédibilité se joue sur la qualité des données, la reproductibilité des résultats et la capacité à transformer une technologie prometteuse en programmes thérapeutiques concrets.

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