Usages numériques et santé mentale : état des lieux 2025

Usages numériques et santé mentale : état des lieux 2025

L'actualité en bref

Le Collectif MentalTech publie le premier état des lieux national sur les usages numériques en santé mentale

Dernière mise à jour : 12/12/2025 à 10:04
Publié le : 12/12/2025
https://mentaltech.fr/

Usages numériques et santé mentale : état des lieux 2025

Alors que la santé mentale a été désignée comme Grande cause nationale pour 2026 et que la demande de soins augmente considérablement, le Collectif MentalTech présente la toute première étude approfondie sur l’utilisation des outils numériques pour la santé mentale en France, réalisée en collaboration avec l’IFOP.

Actuellement, 48 % des Français recourent déjà à un dispositif numérique pour gérer leur santé mentale, et 14 % des personnes qui n’utilisent pas encore ces outils ou qui les ont abandonnés seraient prêtes à s’y engager dans les mois à venir. Cependant, cette augmentation s’accompagne d’attentes élevées : 65 % des Français désirent bénéficier d’un accompagnement humain en parallèle des outils numériques, tandis qu’une majorité de 86 % s’inquiètent de la désinformation et des risques de violation de la vie privée. En termes de confiance, les dispositifs les plus “institutionnels” tels que les plateformes de prise de rendez-vous et la téléconsultation sont favorisés, bien plus que les intelligences artificielles conversationnelles et les réseaux sociaux, jugés moins fiables.

Les outils numériques en matière de santé mentale se présentent principalement comme des facilitateurs d’accès aux soins, non comme des substituts thérapeutiques. Cette perspective reflète une conviction profonde : la technologie doit optimiser les parcours d’accompagnement, tout en restant indissociable des garanties humaines et scientifiques.

« Cette étude démontre que l’avenir de la santé mentale ne repose pas sur une opposition entre tradition et innovation, mais sur leur intégration intelligente. Suite à l’engouement généré par la pandémie de Covid-19 et le pic de besoins qui a suivi, le secteur numérique entre maintenant dans une phase de maturité où la réassurance est primordiale. Afin de restaurer la “courbe du hype” et de pérenniser le marché numérique en santé mentale, des garanties claires sont nécessaires. Ces outils doivent faciliter l’accès aux soins, diminuer l’isolement et offrir un premier soutien ; il est alors de notre responsabilité d’explorer cette voie avec rigueur, éthique et humanité, » déclare le Dr Fanny Jacq, psychiatre et cofondatrice du Collectif MentalTech.

L’essor du numérique en santé mentale : 1 Français sur 2 l’utilise

Les solutions les plus couramment adoptées sont celles qui simplifient l’accès aux soins : 25 % des Français ont recours aux plateformes de prise de rendez-vous, 21 % aux objets connectés et 13 % à la téléconsultation.

Les principales motivations pour cette adoption proviennent des jeunes de moins de 35 ans, souvent désireux d’immédiateté, des catégories socioprofessionnelles aisées qui possèdent un pouvoir d’achat plus important, et des résidents de grandes villes qui se confrontent à un système de soins saturé, ce qui les expose aux solutions innovantes.

Les disparités sont particulièrement évidentes concernant les usages innovants : l’IA conversationnelle est adoptée par 36 % des moins de 35 ans contre seulement 13 % des plus âgés ; la téléconsultation atteint 27 % contre 9 % pour les seniors ; et les applications pour traitements d’addictions sont utilisées par 20 % des jeunes, mais par seulement 5 % des plus de 35 ans.

Les outils vers lesquels les Français projettent de se tourner à l’avenir incluent la téléconsultation (15 %), suivie des applications de bien-être et des objets connectés (14 %).

Des usages orientés vers le quotidien, la prévention et le bien-être

Seuls 15 % de la population utilise un outil numérique pour traiter un problème spécifique — tel que l’anxiété, le sommeil ou le stress — ce qui indique que les pratiques thérapeutiques précises restent marginales. Les usages numériques se concentrent davantage sur des thématiques moins pathologiques ou peu stigmatisées : développement personnel (7 %), santé mentale au travail (6 %), troubles du sommeil (5 %), soutien émotionnel ponctuel (5 %) ou troubles légers (5 %).

Les intentions pour l’avenir corroborent cette tendance : 38 % envisagent d’utiliser un outil pour des actions préventives (information, auto-évaluation), 34 % pour le sommeil, 32 % pour le développement personnel, 30 % pour un soutien émotionnel et 25 % pour la santé mentale au travail.

Les usages liés à des troubles sévères demeurent en grande partie rejetés : 81 % des Français s’opposent à l’idée d’utiliser un dispositif numérique dans de tels cas.

IA et santé mentale : un usage ancré depuis 2 ans et satisfaisant pour les utilisateurs !

Près d’un Français sur cinq (19 %) a d’ores et déjà utilisé une IA conversationnelle, un chatbot ou un assistant virtuel pour ses problématiques de santé mentale, et 8 % l’adoptent de manière régulière. Les attentes se centrent sur l’écoute (40 %), le soutien émotionnel (39 %) et les conseils pratiques (37 %).

La satisfaction des utilisateurs est généralement élevée, bien que modérée : 68 % se disent « plutôt » ou « moyennement » satisfaits (seulement 14 % se qualifient comme « très satisfaits »).

“Nous trouvons plus facile de parler à une machine qu’à un humain, grâce à ce que l’on nomme la désinhibition numérique. L’IA offre une douceur constante et une disponibilité permanente, jour et nuit, qui rassure tant les jeunes que ceux qui se sentent isolés. Elle devient un espace de décompression, une « soupape », et parfois même une première étape avant de s’adresser à un proche ou à un professionnel,” analyse le Dr Fanny Jacq.

Un paradoxe : malgré une méfiance marquée, la satisfaction et les bénéfices perçus sont importants
Les outils numériques pour la santé mentale bénéficient d’une confiance modérée. Les plateformes de rendez-vous affichent les meilleures notes en matière de confiance (53 % en général, 80 % chez les utilisateurs actuels) et d’efficacité (dans des proportions similaires). La téléconsultation est jugée crédible et bénéfique, son efficacité perçue dépassant même la confiance qu’on lui accorde (30 % de confiance, 40 % d’efficacité ressentie).

À l’inverse, les IA conversationnelles et les réseaux sociaux souffrent d’un déficit de crédibilité, avec 17 % et 14 % de confiance respectivement. Mais c’est réellement l’usage qui booste la confiance : plus de la moitié des utilisateurs réguliers d’IA ou de réseaux sociaux consacrés à la santé mentale les trouvent utiles, contre seulement un quart des nouveaux utilisateurs.

Parmi les Français utilisant au moins un outil, 92 % perçoivent un bénéfice : l’accès facilité à l’information (47 %), l’accès aux soins (38 %), le sentiment d’autonomie (26 %), le soutien émotionnel (25 %) et la réduction de l’isolement (22 %).

Le modèle idéal souhaité par les Français : hybride, sécurisé et validé scientifiquement

Les risques associés au numérique en matière de santé mentale sont largement reconnus. Le principal risque mentionné est celui de la désinformation (86 % considèrent ce risque comme modéré à très élevé), suivi du vol ou de mauvais usages des données (86 % également). Viennent ensuite le manque d’efficacité (81 %), l’isolement (80 %) et la dépendance (77 %).

Les inquiétudes semblent davantage liées aux enjeux externes (désinformation, cybersécurité) qu’internes (effets psychologiques), d’où l’importance d’assurer une information transparente, des sources validées, des contenus traçables et de solides garde-fous techniques.

Pour le futur, les Français identifient trois priorités essentielles : la présence humaine pour encadrer l’usage (65 %), la protection des données (63 %) et la validation scientifique (56 %).

Les femmes démontrent une sensibilité plus accrue à la présence humaine (32 % contre 26 %) et à la rapidité (15 % contre 11 %), tandis que les hommes privilégient la sécurité des données (28 % contre 21 %) et la validation scientifique (18 % contre 14 %).

Un appel à l’action pour structurer un écosystème éthique et sécurisé

Face à la montée des outils numériques, dont les avantages sont avérés bien qu’ils suscitent une certaine défiance et d’importantes attentes, le Collectif MentalTech exhorte à :
● accélérer la validation scientifique et clinique des outils,
● renforcer la transparence et la protection des données,
● intégrer les professionnels de santé dès la conception et le développement des solutions,
● soutenir un modèle où le numérique complète, sans jamais remplacer, l’humain.
« Derrière chaque pourcentage, il y a un individu en quête d’amélioration. Le numérique peut constituer une première étape vers le soin : accessible, rassurant, et personnalisé, » souligne le Dr Fanny Jacq.

Méthodologie du livre blanc :

Cette analyse repose sur les résultats d’une enquête quantitative menée par l’IFOP, auprès d’un échantillon représentatif de la population française comptant 1007 adultes, organisé suivant la méthode des quotas, et sur leur interprétation par les membres du Collectif MentalTech.

L’étude, détaillée dans un livre blanc, intègre également les perspectives de neuf experts : Joséphine Arrighi de Casanova (Qare), Arnaud Bressot, Dr Thomas Cantaloup, Dr Clément Duret (Holicare), Dr Fanny Jacq, Geoffrey Kretz (Kwit/Sobero), Marion Lebeau et Lison Jacquinot (ifeel), Dr Geoffrey Post, Dr Julien Lelandais.

Télécharger le livre blanc.

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