Réseau Initiative France présente son rapport “Entreprendre en 2025”

L'actualité en bref
Entreprendre en 2025 : record de créations, mais entrepreneurs sous pression (selon l’enquête Initiative France)
Réseau Initiative France présente son rapport “Entreprendre en 2025”
Si vous aviez besoin d’une image pour résumer l’entrepreneuriat en 2025, ce serait un tableau de bord qui clignote vert et orange en même temps. D’un côté, la France bat des records de créations d’entreprise. De l’autre, le quotidien des dirigeants de TPE ressemble de plus en plus à une course d’obstacles : charge mentale, paperasse, marges qui se tassent, trésorerie sous tension… et une bonne dose d’incertitude pour 2026.
C’est exactement ce que raconte “Entreprendre en 2025 : les entrepreneurs en zone de turbulence”, une enquête nationale menée auprès de 1 747 entrepreneuses et entrepreneurs accompagnés par le réseau Initiative France, via un questionnaire en ligne réalisé du 25 novembre au 24 décembre 2025.
Record de créations… et record de défaillances : le grand écart
Première donnée qui frappe : 1 165 800 créations d’entreprises en France en 2025, soit +5% par rapport à 2024. Dans le détail, ça grimpe de +6% chez les micro-entrepreneurs et les sociétés, mais ça recule de -4% pour les entreprises individuelles “classiques”.
Sauf qu’en miroir, 2025 est aussi l’année d’un autre record : 68 057 entreprises entrées en procédure judiciaire (+3,5%). Certains secteurs prennent particulièrement cher : hébergement-restauration (+9%), agriculture (+18%), santé humaine et action sociale (+38%). L’idée n’est pas de sombrer dans l’alarmisme, mais on est clairement sur un marché où la création reste dynamique… tandis que la survie devient plus compliquée pour une partie des entreprises.
Qui répond à l’enquête ? Portrait d’un entrepreneuriat très “TPE terrain”
Les répondants ont un profil très concret, “économie réelle” : une majorité dans les services aux particuliers (31%), puis hôtels-cafés-restaurants (14%), services aux entreprises (11%), BTP (10%), éducation-santé-action sociale (9%), etc. L’âge moyen est de 45,2 ans. Côté genre : 39% de femmes et 60% d’hommes (1% non précisé).
Et surtout : l’entrepreneuriat ici, c’est majoritairement de la création (64%), avec aussi de la reprise (28%), un peu de développement/croissance (6%).
Pourquoi entreprendre ? Indépendance, challenge… et quête d’épanouissement
Sans surprise, le trio de tête des motivations reste très “classique”, mais avec une nuance intéressante : l’épanouissement ressort fort.
- 55% citent le désir d’indépendance / être son propre patron
- 43% le goût du challenge
- 41% “créer les conditions de travail propices à son épanouissement”
Autre signal à noter : la “recherche de sens” est plus marquée chez les femmes. 23% des entrepreneuses se lancent pour avoir un impact positif sur la société et l’environnement, contre 15% des hommes.
Moral : beaucoup d’énergie… mais les nerfs prennent cher
Le paradoxe 2025 est là : 88% se disent heureux au travail (dont 25% “tout à fait heureux”), et pourtant les difficultés s’accumulent.
Dans le top des galères du quotidien :
- 42% : gérer la charge mentale (en hausse de +9 points vs 2024)
- 37% : formalités administratives
- 27% : attirer et fidéliser les clients
- 22% : faire face à l’inflation
- puis concurrence, solitude, manque de dynamisme du territoire, recrutement…
Et là, l’étude pointe un vrai angle mort : la charge mentale est citée par 50% des entrepreneuses, contre 37% des hommes. La solitude pour décider remonte aussi plus haut dans les réponses des femmes.
Trésorerie, marges, salaires : la “zone de turbulence” porte bien son nom
Quand on rentre dans le dur, on voit que pas mal de TPE ont traversé 2025 en serrant les dents. À la question “avez-vous rencontré une ou plusieurs difficultés en 2025 ?”, seuls 37% répondent “aucune difficulté particulière”. Les autres citent : taux d’endettement élevé (32%), résultat négatif (21%), incapacité à verser les salaires (15%), baisse des marges (14%), problèmes de trésorerie (10%).
Et côté rémunération, c’est franchement tiède : 37% seulement se considèrent bien rémunérés (en baisse de -4 points). Dans le détail : 3% “très satisfaisant”, 34% “satisfaisant”, 35% “peu satisfaisant”, 28% “insatisfaisant”. Les écarts de genre persistent : 30% des femmes satisfaites, contre 41% des hommes.
2026 : un optimisme en légère hausse… mais beaucoup de craintes
La projection pour 2026 est ambivalente. 36% anticipent une situation meilleure (soit +3 points vs 2024), 40% stable, 16% légèrement moins bonne, 7% fortement dégradée.
Mais quand on demande ce qui inquiète le plus, la liste est très “macro” :
- 60% : baisse du pouvoir d’achat des consommateurs
- 44% : hausse des impôts
- 35% : instabilité politique
- 31% : poursuite de l’inflation
- 30% : ralentissement de la croissance économique
Autre chiffre révélateur : 81% se disent inquiets du déficit public et de la dette de l’État, et 75% ne sont pas prêts à fournir des efforts pour redresser les comptes du pays. Autrement dit : inquiétude élevée, consentement à l’effort… nettement plus faible.
L’emploi : ça recrute, mais ça hésite (beaucoup)
Sur l’emploi, l’incertitude se traduit en prudence. 26% ont créé au moins un nouvel emploi en 2025 (vs 32% en 2024). Et pour 2026, quand on parle intentions : 27% oui, 57% non, 16% ne savent pas.
On retrouve ici un réflexe logique : priorité à la consolidation. Les principales priorités annoncées pour l’année à venir tournent autour de “assurer la croissance”, “maintenir le niveau d’activité”, “lancer de nouvelles offres”… tandis que créer de l’emploi arrive plus loin.
Impact, IA, accompagnement : trois signaux “startup” dans une enquête très TPE
Même si l’échantillon est très terrain, il y a trois résultats qui parlent directement à l’écosystème startup.
1) Impact : ça tient… mais ça fléchit un peu.
La transition écologique et sociétale est vue comme une opportunité (24%), une contrainte (14%), les deux à la fois (28%), ou ni l’un ni l’autre (36%). Et surtout : 47% ont mis en place ou envisagent une mesure d’impact (impact score ou autre), en hausse de +9 points sur un an.
2) IA : l’adoption est déjà massive.
66% déclarent utiliser des outils d’IA (ChatGPT, Gemini, CapCut…). L’étude cite des usages typiques : automatisation administrative, création de contenus, analyse/recherche d’infos, communication/réseautage, solutions innovantes… avec des vigilances sur l’emploi et la protection des données.
3) Accompagnement : le trio de soutien n’est pas celui qu’on croit.
En cas de difficultés menaçant l’entreprise, les entrepreneurs se tournent d’abord vers l’expert-comptable (69%), puis le banquier (50%), puis les réseaux associatifs de soutien à la création (39%) (et l’étude souligne le rôle majeur de ces réseaux). Et quand on demande où un accompagnement renforcé serait utile : développement, communication, stratégie commerciale et gestion financière arrivent en tête.
Ce qu’il faut retenir (sans dramatiser)
Au fond, cette enquête raconte une histoire très simple : l’envie d’entreprendre est toujours là, l’épanouissement reste une motivation forte, et une majorité d’entrepreneurs se déclarent heureux. Mais la pression économique et mentale monte, les marges et la trésorerie pèsent, la rémunération reste un sujet sensible, et l’incertitude freine l’embauche.
Dans ce contexte, deux tendances ressortent comme des “leviers” : d’un côté, l’accompagnement (technique, financier, commercial) devient presque une condition de survie. De l’autre, l’outillage – notamment l’IA – s’installe comme un assistant du quotidien, pas forcément pour “révolutionner” le business, mais pour tenir la cadence.
Et si on devait résumer 2025 en une phrase : année record, mais nerfs à vif.
Si vous souhaitez lire toute l’étude : il suffit de la télécharger
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