Lifeaz et Staying Alive publient un baromètre sur l’accès aux défibrillateurs et les citoyens sauveteurs

L'actualité en bref
Staying Alive et Lifeaz montrent que citoyens sauveteurs et défibrillateurs accessibles peuvent faire grimper la survie face à l'arrêt cardiaque.
Staying Alive et Lifeaz publient un baromètre croisé sur deux leviers décisifs face à l’arrêt cardiaque : la mobilisation rapide de citoyens sauveteurs et l’accès aux défibrillateurs automatisés externes. En France, environ 50 000 personnes sont touchées chaque année, mais le taux de survie reste proche de 7 %, très loin des niveaux observés dans plusieurs pays nordiques.
Cette étude est importante parce qu’elle transforme un sujet de santé publique en enjeu opérationnel pour les collectivités, les entreprises, les commerces et les citoyens. Elle montre que la technologie seule ne suffit pas : un défibrillateur mal placé, non déclaré ou inaccessible perd une grande partie de son utilité. À l’inverse, un réseau dense de volontaires alertés, formés et équipé d’appareils localisables peut modifier les chances de survie avant même l’arrivée des secours. Pour les professionnels de l’innovation, le sujet illustre aussi la valeur des plateformes d’alerte, de la donnée territoriale et des objets médicaux connectés lorsqu’ils sont intégrés à une chaîne d’urgence.
Un enjeu vital où chaque minute compte
L’arrêt cardiaque est l’une des urgences médicales les plus dépendantes du temps. Lorsque le cœur cesse d’assurer une circulation efficace, les lésions cérébrales peuvent apparaître en quelques minutes. Le massage cardiaque maintient un flux sanguin minimal, tandis que le défibrillateur automatisé externe, ou DAE, peut délivrer un choc électrique lorsque le rythme cardiaque le permet. La combinaison des deux gestes, réalisée très tôt, constitue le cœur de la chaîne de survie.
Le baromètre publié à l’occasion des dix ans du réseau Citoyen Sauveteur met en évidence le retard français. Avec environ 50 000 arrêts cardiaques par an, soit un toutes les dix minutes, la France affiche un taux de survie estimé autour de 7 %. Des pays comme la Norvège ou le Danemark dépassent 25 %, grâce à une culture plus ancienne de la formation, à une meilleure densité de volontaires mobilisables et à une organisation plus systématique de l’accès aux DAE.
La différence ne s’explique donc pas uniquement par le nombre d’équipements installés. Elle dépend de la capacité à créer une réponse locale en quelques minutes : témoin qui appelle les secours, citoyen volontaire qui commence les compressions thoraciques, défibrillateur repéré et accessible, puis relais par les services d’urgence. Pour les entreprises et les collectivités, la question devient très concrète : le bon appareil est-il au bon endroit, visible, entretenu et connu des personnes susceptibles d’intervenir ?
Staying Alive, dix ans de mobilisation citoyenne
Lancée en 2016, l’initiative Citoyen Sauveteur de Staying Alive revendique désormais plus de 100 000 interventions déclenchées. Le réseau compte environ 500 000 citoyens sauveteurs inscrits et actifs en France, au Luxembourg et en Belgique. Il s’appuie sur 2,5 millions de téléchargements de l’application et sur plus de 400 000 défibrillateurs référencés, avec un déploiement dans 90 départements français.
La progression du réseau ne se mesure pas seulement au nombre d’inscrits. Les alertes annuelles sont passées de 9 085 en 2021 à 20 612 en 2025, soit une hausse de 127 % en quatre ans. Sur la même période, les mobilisations individuelles ont été multipliées par 5,8. Plus significatif encore, la présence effective d’un citoyen sauveteur auprès de la victime a fortement augmenté : 2 297 présences sur site en 2024, puis 4 956 en 2025.
Le taux de réponse positive par alerte a lui aussi progressé. Il atteignait 11,8 % en 2024, puis 24 % en 2025, avant d’être annoncé à 45 % début 2026. Cette amélioration est attribuée à plusieurs facteurs : densification de la communauté, meilleur ciblage algorithmique des personnes alertées, suivi plus professionnel des opérations et maturité croissante des usages. Une application d’urgence n’a d’impact que si elle limite les alertes inutiles, sollicite les bons volontaires et réduit le délai entre l’appel et l’arrivée sur place.
Le baromètre souligne toutefois que le niveau actuel ne suffit pas encore à produire un effet maximal à l’échelle nationale. Le seuil de réponse positive jugé nécessaire pour un impact populationnel mesurable se situerait plutôt autour de 55 % à 60 %. Certaines situations restent plus fragiles : la nuit, le taux de réponse tombe à 19 %, l’été marque un recul d’environ 7 points par rapport à janvier, et l’écart entre territoires bien couverts et zones moins équipées dépasse 25 points.
Territoires, communes et systèmes d’urgence : le maillon organisationnel
Ces écarts territoriaux rappellent que la mobilisation citoyenne ne peut pas reposer uniquement sur une application téléchargée. Les communes jouent un rôle central dans l’identification des lieux à risque, la sensibilisation des habitants, la localisation des DAE et la création d’une culture de réaction rapide. Le label Ma Commune a du Cœur, relancé en 2026 par Staying Alive après avoir été porté par la Fondation AJILA, vise précisément à aider les collectivités à mesurer leurs actions et à les structurer.
L’enjeu technique est aussi celui de l’interopérabilité avec les services d’urgence. L’intégration du dispositif Citoyen Sauveteur au système NexSIS 18-112, la nouvelle plateforme nationale de gestion des appels des SDIS, constitue un levier majeur si elle se généralise. Un système d’alerte relié aux centres de traitement des appels peut réduire les frictions, fiabiliser les déclenchements et mieux coordonner les volontaires avec les pompiers ou le SAMU.
Staying Alive affiche une trajectoire ambitieuse : atteindre un million de citoyens sauveteurs d’ici 2029 et viser, à terme, 10 000 vies sauvées par an. Cet objectif suppose un changement d’échelle. Il implique d’augmenter le nombre de volontaires, mais aussi de maintenir leur engagement dans le temps, de former davantage de personnes aux gestes qui sauvent et de mieux couvrir les horaires et les zones où la réponse reste insuffisante.
Pourquoi le placement des défibrillateurs change tout
Le second volet du baromètre porte sur l’accessibilité réelle des défibrillateurs. En France, l’installation de DAE est progressivement devenue obligatoire dans de nombreux établissements recevant du public, selon leur catégorie et leur activité. Les exploitants doivent aussi veiller à la maintenance des appareils, à leur signalisation et à la déclaration des informations utiles dans la base nationale Géo’DAE, afin de faciliter leur localisation par les secours et les applications.
Lifeaz, fabricant français de défibrillateurs, indique avoir installé plus de 25 000 appareils et associé ses dispositifs à plus de 140 vies sauvées. L’entreprise estime, à partir de l’usage observé de son parc et d’une projection sur quinze ans, qu’environ un défibrillateur sur dix pourrait être utilisé au cours de sa durée de vie dans l’objectif de sauver une personne. Cette donnée doit être lue comme une projection issue d’un parc spécifique, mais elle contredit l’idée selon laquelle un DAE serait un équipement rarement pertinent.
Le lieu d’installation influence fortement l’utilisation. Par rapport aux défibrillateurs communaux, les appareils placés dans des TPE ou des lieux recevant du public présentent un taux d’usage comparable. Les particuliers équipés les utiliseraient plus de deux fois plus souvent, avec une hausse annoncée de 130 %. Les citoyens sauveteurs disposant d’un DAE l’utiliseraient près de dix fois plus que les équipements installés dans les communes.
Cette différence s’explique par la proximité et par l’alerte. Un appareil fixé sur la façade d’une mairie fermée la nuit peut être moins utile qu’un défibrillateur disponible dans un commerce ouvert, dans une petite entreprise où les salariés connaissent son emplacement, ou au domicile d’une personne inscrite sur une application de secours. Un DAE n’a de valeur opérationnelle que s’il peut être atteint en quelques minutes, idéalement avant l’arrivée des professionnels.
Les données Lifeaz indiquent aussi des écarts dans les taux de réanimation observés selon les environnements. Dans les TPE, le taux serait 2,5 fois supérieur à celui des installations communales. Chez les particuliers équipés, il serait supérieur de 40 %. Ces résultats peuvent s’expliquer par un équipement plus proche, une meilleure appropriation par les utilisateurs et une plus forte probabilité qu’une personne sensibilisée intervienne rapidement.
Ce que les entreprises peuvent en tirer
Pour les dirigeants, l’arrêt cardiaque ne doit pas être traité comme une simple obligation de conformité. C’est un sujet de gestion du risque humain, comparable à la sécurité incendie ou à la prévention des accidents du travail. Un commerce, un entrepôt, un site industriel, un espace de coworking ou une PME recevant du public peuvent devenir le premier lieu d’intervention avant les secours.
Les bonnes pratiques sont désormais bien identifiées : installer le DAE dans un emplacement visible, limiter le temps d’accès, former plusieurs collaborateurs, déclarer l’appareil dans les bases pertinentes, organiser une maintenance documentée et rappeler régulièrement les réflexes d’urgence. Les modèles connectés apportent une valeur supplémentaire lorsqu’ils réalisent des autotests, signalent une anomalie, facilitent le suivi des consommables et améliorent la disponibilité opérationnelle.
Pour les acteurs de l’innovation, le sujet ouvre aussi des cas d’usage autour de la donnée de santé non médicale, de la cartographie temps réel, de l’optimisation d’alertes géolocalisées et de la coordination entre citoyens, entreprises et secours publics. La performance ne vient pas seulement de l’objet, mais de l’écosystème : appareil fiable, données à jour, volontaires formés, intégration aux systèmes d’urgence et retour d’expérience après intervention.
Une feuille de route commune
Le principal enseignement du baromètre est la complémentarité entre mobilisation humaine et équipement matériel. Former massivement aux gestes qui sauvent sans défibrillateurs accessibles limite l’efficacité de l’intervention. Installer des DAE sans réseau de personnes alertées, sans maintenance et sans visibilité réduit également l’impact attendu.
La priorité consiste donc à densifier les deux réseaux en parallèle. Les collectivités doivent couvrir les zones blanches, les entreprises peuvent équiper les lieux de travail et les espaces recevant du public, tandis que les citoyens sauveteurs renforcent la capacité d’intervention dans les toutes premières minutes. La donnée, si elle est fiable et partagée, devient le lien entre ces acteurs : elle permet de savoir où se trouvent les volontaires, où sont les appareils et quelles zones restent vulnérables.
Le baromètre repose sur des données de Staying Alive couvrant les alertes déclenchées entre 2021 et avril 2026, ainsi que sur une extraction Lifeaz réalisée en juillet 2026 sur son propre parc. Certaines conclusions, notamment la projection d’usage d’un défibrillateur sur quinze ans, doivent donc être interprétées avec prudence. Elles n’envoient pas un message moins clair : face à l’arrêt cardiaque, l’innovation la plus utile est celle qui rend l’intervention immédiate, collective et réellement accessible.
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