L'absence du crédit d'impôt pour bornes de recharge en France : une aberration selon Beev
#news Dernière mise à jour : 02/06/2026 à 16:56, publié le : 02/06/2026Pourquoi l’absence du crédit d’impôt pour les bornes de recharge est un non-sens ?
L’État a dévoilé son ambitieux plan d’électrification du territoire, visant à “ne plus importer les crises du monde dans le portefeuille des Français”. Ce programme, qui repose sur 22 mesures précises, a été affiné suite aux annonces faites par Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse à l’Élysée le 26 mai. L’objectif principal est de limiter la dépendance française aux énergies fossiles, de contrôler les coûts énergétiques des ménages et de rendre plus accessible la mobilité électrique. Toutefois, Solal Botbol, cofondateur et dirigeant de Beev (start-up fournissant une solution complète pour le passage à l’électrique pour les particuliers et les entreprises, et qui a été sélectionnée dans la liste Impact 40/120 des meilleures startups à impact de France le 30 mars 2026), souligne une contradiction majeure dans cette stratégie : l’absence de réinsertion du crédit d’impôt pour l’installation de bornes de recharge à domicile.
Ce dispositif de 500 € avait bénéficié à 47 332 ménages en 2024, mais son non-renouvellement au 31 décembre 2025, en raison des difficultés autour du PLF 2026, a entraîné sa suppression.
Dans cette tribune Solal revient sur cette incohérence qui, selon lui, entrave l’adoption des véhicules électriques dans l’hexagone en sous-estimant un élément psychologique et économique essentiel : la nécessité d’une infrastructure de recharge résidente, abondante, économique et accessible à toute heure, pour une transition sereine pour les particuliers et les entreprises.
En dévoilant son plan d’électrification le 23 avril 2026, le gouvernement a clairement affiché une ambition forte : électrifier les usages, accroître notre autonomie énergétique et rendre la mobilité électrique accessible à tous. Des éclaircissements ont été fournis lors des annonces du 26 mai par l’Élysée, établissant ainsi un cadre clair. Cependant, un angle mort demeure dans cette approche, et il est crucial car il touche à la question de la recharge.
Depuis le 1er janvier 2026, le crédit d’impôt pour la mise en place de bornes de recharge à domicile a été supprimé. Malgré les nouvelles mesures annoncées, cette aide n’a pas été réintroduite, alors qu’un dispositif de leasing social pour faciliter l’accès à 50 000 nouveaux véhicules électriques pour les ménages les plus précaires est prévu dès le mois prochain. Ce choix envoie un message confus : d’un côté, le gouvernement incite les citoyens à acheter des véhicules électriques via des offres attractives et des subventions, et de l’autre, il prive les Français d’une aide essentielle pour recharger convenablement et à moindre coût chez eux.
Il est impératif de comprendre que la transition vers l’électrique ne concerne pas uniquement l’achat. Elle repose sur l’utilisation quotidienne. Or, dans la réalité, entre 80 et 90 % des recharges de voitures électriques se font à domicile ou sur le lieu de travail. Ce chiffre est déterminant ; il indique que les infrastructures publiques, bien que nécessaires pour les longs trajets, ne représentent pas la base de l’expérience de recharge pour les automobilistes. Cette base est bel et bien le foyer.
Sans possibilité de recharger à domicile, le véhicule électrique perd son aspect avantageux : il devient dépendant de bornes publiques, souvent plus coûteuses, saturées et généralement inadaptées aux contraintes quotidiennes. Dans les grandes villes, les files d’attente aux bornes de recharge publiques deviennent fréquentes aux heures de pointe. Cela s’est récemment vérifié sur les autoroutes lors des week-ends prolongés, illustrant la frustration des conducteurs à la recherche d’un stationnement et désormais d’une borne de recharge disponible durant la journée.
Sur la question de la recharge, l’État privilégie visiblement des solutions très visibles. La mesure 14 du plan prévoit ainsi le déploiement d’infrastructures de recharge sur le réseau autoroutier national, en passant de 4 500 à 22 000 bornes d’ici 2035. Bien que cet effort soit nécessaire, il reflète une vision limitée du problème. Cette approche favorise les trajets occasionnels, au détriment de la réalité du quotidien. En France, 90 % des déplacements en voiture sont des trajets de la vie courante qui ne dépassent pas 50 km.
Cette incohérence s’avère d’autant plus frappante que dans ce même plan, le gouvernement exprime une volonté claire d’aider les Français à améliorer l’efficacité énergétique de leur logement. Les aides pour l’installation de pompes à chaleur en témoignent. Elles s’inscrivent dans une logique pertinente : agir directement sur le domicile pour diminuer la facture énergétique et valoriser le patrimoine. Mais pourquoi ne pas appliquer cette même logique à la recharge électrique ?
Installer une borne chez soi répond exactement au même objectif. Cela garantit de consommer une électricité française, largement décarbonée, produite localement et à un coût assez stable. Cela offre également l’assurance, grâce à un pilotage intelligent, de recharger durant les heures creuses, peu importe les plages horaires, et de ne plus se soucier de l’autonomie durant la journée. Ignorer ce besoin, c’est passer à côté d’un levier évident d’électrification et de simplification de notre quotidien.
Entre 2021 et 2025, le crédit d’impôt pour les bornes de recharge a prouvé son efficacité. Facile à comprendre et directement accessible, il permettait de couvrir jusqu’à 75 % des coûts d’installation d’une borne à domicile jusqu’à 500 euros par point de charge. Cela a permis d’accélérer l’équipement de près de 50 000 foyers par an et de structurer tout un secteur. Pour un coût fiscal annuel de 23 millions d’euros, ce qui représente une goutte d’eau par rapport aux 60 milliards d’euros annuels que coûte la dépendance de la France aux énergies fossiles importées.
Pourtant, ce dispositif n’a pas été prolongé jusqu’au 31 décembre 2025, malgré de nombreuses propositions d’amendements. Il est devenu l’une des victimes des discussions difficiles liées au PLF 2026. Ainsi, un outil efficace a été supprimé sans être remplacé. Les solutions actuelles, qu’il s’agisse d’une TVA réduite ou d’aides régionales, demeurent éparpillées, peu claires et souvent insuffisantes pour inciter les ménages à passer à l’action. Elles ne parviennent pas à jouer le même rôle stimulant que le crédit d’impôt.
Le fait que ce dispositif n’ait pas été mentionné lors des annonces du 23 avril et du 26 mai a des répercussions. Cela pèse non seulement sur les particuliers et les professionnels souhaitant acquérir un véhicule électrique, mais aussi sur toute une industrie nationale. Les fabricants de bornes, les installateurs certifiés IRVE, et les prestataires techniques dépendent directement de cette dynamique. En ralentissant le déploiement de bornes de recharge à domicile, cela paralyse également toute la chaîne de valeur économique.
Si le retour du crédit d’impôt est envisagé, il devra prendre en compte une problématique structurelle majeure du marché immobilier français : celle des copropriétés. Près de la moitié des Français résident dans des logements collectifs. Pour eux, l’accès à l’installation d’une borne de recharge reste soumis à des procédures longues et complexes, souvent dissuasives. Bien qu’il existe des dispositifs comme le programme Advenir, ils s’avèrent insuffisants pour favoriser une adoption massive. Sans simplification et sans incitations financières renforcées, l’électrique risque de rester cantonné aux résidences individuelles. Ce serait une erreur tant sur le plan social qu’économique.
En ce début juin 2026, le paradoxe est désormais évident. Jamais la communication politique n’a été aussi ambitieuse concernant l’électrification. Jamais les annonces n’ont été aussi nombreuses. Cependant, dans le même temps, un levier essentiel à cette transition a été désactivé. C’est comparable à vouloir accélérer la marche en retirant une pièce fondamentale du moteur. La transition vers le véhicule électrique ne peut pas se limiter à des objectifs ou des annonces. Elle repose sur un écosystème complet, dont la recharge à domicile est la pierre angulaire. Ignorer ce pilier, c’est affaiblir l’ensemble.
Réinstaurer un crédit d’impôt pour les bornes de recharge à domicile ne sera donc pas qu’un simple ajustement. Cela constituera un choix stratégique. Un choix en faveur du pouvoir d’achat des Français, de la cohérence des politiques publiques de notre gouvernement, du développement de notre économie et de l’efficacité réelle de notre transition énergétique. Car l’électrification ne se décrète pas, elle nécessite une organisation. Et elle doit commencer là où vivent les citoyens.
