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Les sherpas : Intelligence artificielle, un enjeux et des usages dans l'éducation

#news Dernière mise à jour : 31/03/2026 à 08:31, publié le : 31/03/2026
  • Fondateurs : Etienne Porche et William Mievre
  • Nombre d'employés : 70
  • Levée de fonds : 10000

Intelligence artificielle et étudiants : refuser l’illusion de l’interdiction, construire les conditions d’un bon usage

Alors que le ministère de l’Éducation annonce la formation d’un Comité d’anticipation en éducation et l’implémentation d’un parcours centré sur l’intelligence artificielle, un constat s’impose : l’IA est déjà intégrée dans la vie quotidienne des étudiants. De manière massive, discrète, et sans attendre l’approbation des institutions. Les outils d’IA générative sont employés pour reformuler des cours, résumer des textes, rédiger des devoirs ou organiser des idées. Cette réalité, désormais bien établie, ne relève ni de l’anticipation ni de la prospective : elle s’impose dans le système éducatif actuel.

Les études récentes montrent un point commun : les étudiants n’utilisent pas l’IA principalement pour approfondir leur compréhension ou améliorer leurs savoir-faire, mais pour gagner du temps. Cet outil devient un accélérateur, parfois au détriment de l’effort intellectuel. Le véritable danger ne réside pas tant dans la tricherie que dans un glissement progressif : confondre création et apprentissage, efficacité et véritable maîtrise des connaissances.

Face à ce constat, deux réactions s’opposent.

La première vise à interdire, réglementer et sanctionner.
La seconde, plus exigeante mais également plus réaliste, se concentre sur l’organisation de l’usage de l’IA, en définissant ses limites et ses objectifs pédagogiques.

Une interdiction totale est une illusion. L’IA est déjà disponible, intégrée dans les pratiques. Tenter de l’éliminer ne ferait que déplacer le problème, aggravant ainsi le fossé entre les usages des étudiants et le cadre scolaire. De plus, une telle approche nuirait à la position de la France sur le plan international.
Plusieurs pays ont adopté le choix inversé. En Estonie, par exemple, l’apprentissage de la pensée informatique et des algorithmes est intégré dès l’école primaire. Dans de nombreux systèmes éducatifs nordiques, anglo-saxons, et même en Chine, l’IA est considérée comme une compétence à acquérir, et non comme une menace à éviter.
Refuser de doter les élèves de ces outils reviendrait à préparer une génération en décalage avec les normes internationales émergentes. La question ne porte donc pas sur l’utilisation de l’IA, mais plutôt sur comment et dans quel objectif éducatif.

Une remise en question fondamentale des méthodes d’évaluation

L’un des impacts les plus marquants de l’IA concerne l’évaluation. Le travail effectué à domicile devient de plus en plus difficile à évaluer : non parce que les étudiants trichent davantage, mais parce qu’une partie de leur production peut être assistée, transformée ou optimisée grâce à des outils automatisés.
Cette tendance pourrait entraîner un retour des épreuves écrites en présentiel, des raisonnements en temps limité, et des démonstrations individuelles. Non en raison d’une nostalgie pour un ancien modèle, mais bien par nécessité pédagogique. Quand le processus est difficilement accessible, l’accent se remet sur le résultat.
Ce changement a une conséquence souvent négligée : il redonne du pouvoir aux étudiants. Moins de surveillance, moins de doutes omniprésents, mais une exigence accrue sur la qualité du raisonnement et l’autonomie dans l’application des connaissances.

Le rôle essentiel des EdTech

Dans ce cadre, les EdTech jouent un rôle clé. Elles peuvent soit encourager une logique de contournement, permettant de produire plus rapidement avec moins d’effort, soit prendre une responsabilité pédagogique claire : aider les étudiants à mieux apprendre avec l’IA, sans la remplacer.
Utilisée de manière judicieuse, l’IA peut structurer la pensée, clarifier le raisonnement, faciliter les synthèses ou préparer des démonstrations, en somme, faire gagner du temps ! À l’inverse, une utilisation inappropriée peut devenir une béquille qui affaiblit durablement les capacités analytiques et l’autonomie des étudiants.
Chez Les Sherpas, nous avons opté pour une utilisation réfléchie de l’intelligence artificielle. Elle est utilisée pour créer et restituer aux étudiants des comptes-rendus des cours particuliers ainsi que des quiz issus des sessions, leur permettant de se concentrer sur le raisonnement, la compréhension et l’apprentissage. L’IA est un outil de structuration et de clarification, jamais un substitut à la pensée. L’objectif n’est pas de déléguer l’apprentissage, mais d’en renforcer la qualité, la rigueur et les exigences.

Sortir du faux débat

L’IA révèle les faiblesses du système éducatif : confusion entre restitution et compréhension, difficulté à évaluer les compétences réelles, et tendance à privilégier le volume plutôt que la maîtrise. Tenter de résoudre ces questions par une interdiction serait une réponse simpliste à un problème structurel.
L’IA ne diminuera pas nécessairement les capacités intellectuelles. Cependant, elle ne les élèvera pas non plus sans un choix collectif éclairé et exigeant. Les initiatives récentes avancent dans la bonne direction, à condition qu’elles ne s’arrêtent pas à une réponse symbolique ou défensive.

Le véritable défi est donc pédagogique : former des élèves capables de comprendre ces outils, de maîtriser pleinement leur usage et d’en saisir les limites. Non pas pour suivre une mode, mais pour empêcher un décrochage durable entre l’école, les pratiques effectives des étudiants et les normes internationales émergentes.
Former des étudiants capables de réfléchir avec l’IA, mais aussi sans elle, nécessite un cadre précis, des usages clairs et une exigence renouvelée. C’est un enjeu à la fois éducatif, social et démocratique.
Etienne Porche