FEVE dépasse 60 millions d’euros collectés pour financer la relève agricole

L'actualité en bref
FEVE franchit 60 millions d’euros collectés grâce à l’épargne citoyenne pour faciliter l’installation de nouveaux agriculteurs partout en France.
FEVE dépasse 60 millions d’euros collectés pour financer la relève agricole
FEVE a désormais mobilisé plus de 60 millions d’euros auprès de près de 3 900 citoyens afin de faciliter l’installation d’agriculteurs en France. Cette épargne a déjà contribué au financement de 59 fermes, tandis que 15 nouvelles acquisitions sont programmées. Au-delà du montant collecté, cette progression illustre l’émergence d’une réponse privée et solidaire à l’un des principaux défis de l’agriculture française : permettre à une nouvelle génération de reprendre des exploitations sans supporter immédiatement le coût élevé du foncier.
Le renouvellement des agriculteurs devient une urgence nationale
D’ici à 2030, environ un tiers des agriculteurs français devrait partir à la retraite. Dans le même temps, le nombre d’exploitations continue de diminuer. La France métropolitaine en comptait près de 350 000 en 2023, soit environ 140 000 de moins qu’en 2010.
Cette évolution ne signifie pas nécessairement que les terres cessent d’être exploitées. Elle traduit aussi une concentration progressive des surfaces au sein d’exploitations plus grandes. Mais elle soulève une question centrale : qui produira l’alimentation de demain et selon quels modèles agricoles ?
La transmission familiale, longtemps dominante, ne suffit plus à assurer la relève. Une part croissante des candidats à l’installation vient d’un autre secteur professionnel ou ne dispose pas de parents agriculteurs. Ces profils dits « hors cadre familial » peuvent avoir les compétences, l’expérience et un projet viable, mais rarement les terres ou le patrimoine nécessaires pour convaincre seuls une banque.
Le premier baromètre national de l’installation agricole réalisé en 2026 auprès de 1 176 porteurs de projet confirme cette difficulté : l’accès au foncier et le financement figurent parmi les principaux freins rencontrés. Le prix d’une ferme ne se limite d’ailleurs pas aux terres. Il faut souvent financer des bâtiments agricoles, une habitation, du matériel, un cheptel, des stocks et le fonds de roulement nécessaire aux premières années d’activité.
Une foncière pour séparer le foncier de l’activité agricole
Créée en 2020, FEVE, pour Fermes En ViE, s’attaque à cette contrainte en dissociant la propriété de la ferme de l’exploitation agricole.
Son fonctionnement repose sur plusieurs étapes. Des particuliers et des investisseurs institutionnels souscrivent des actions dans les foncières gérées par FEVE. Le capital collecté sert ensuite à acheter des terres, des bâtiments d’exploitation et, selon les projets, des bâtiments d’habitation. La ferme est enfin mise à disposition d’un agriculteur au moyen d’un bail rural de longue durée, généralement assorti d’engagements environnementaux.
Le porteur de projet n’a donc pas besoin d’acheter immédiatement l’ensemble du bien. Il conserve sa capacité d’emprunt pour financer ce qui produit directement des revenus : les équipements, les animaux, les plantations, les installations de transformation ou la commercialisation.
Ce montage peut également rassurer les établissements bancaires. Une fois le poids du foncier retiré du plan de financement initial, le niveau d’endettement diminue et le projet devient plus facile à évaluer à partir de ses performances agricoles réelles.
Une option pour devenir propriétaire plus tard
La location ne condamne pas l’agriculteur à rester indéfiniment locataire. FEVE prévoit une option d’achat qui lui permet de reprendre progressivement la propriété du foncier lorsque son exploitation est suffisamment solide.
Cette possibilité répond à une réalité économique simple : un agriculteur installé depuis plusieurs années, disposant de comptes établis, d’une clientèle et de revenus réguliers obtient généralement plus facilement un financement qu’un candidat encore au stade du prévisionnel.
Le modèle ne remplace toutefois ni les banques, ni les aides publiques, ni l’apport personnel. Il intervient comme une brique complémentaire destinée à rendre possible une installation qui resterait trop lourde si tous les actifs devaient être acquis simultanément.
59 fermes financées et 15 nouvelles acquisitions prévues
Les 60 millions d’euros mobilisés ont réuni près de 3 900 investisseurs. FEVE indique avoir financé 59 exploitations agricoles réparties en France, pour un coût moyen de l’ordre de 600 000 euros par ferme. Quinze acquisitions supplémentaires doivent être réalisées au cours des prochains mois.
Les projets concernent des activités variées : élevage, maraîchage, arboriculture, grandes cultures, polyculture-élevage ou transformation à la ferme. Les exploitations accompagnées couvrent généralement entre 50 et 150 hectares, même si la surface pertinente dépend fortement de la production envisagée. Quelques hectares peuvent suffire pour un maraîchage intensif, tandis qu’un élevage extensif nécessite des surfaces beaucoup plus importantes.
Le montant collecté ne correspond pas exactement à la valeur des fermes déjà achetées. Une acquisition agricole peut prendre entre cinq et dix-huit mois, notamment en raison des audits, des négociations, des autorisations et de la préparation du projet d’installation. Une partie des capitaux est donc engagée dans des opérations en cours. Environ 15 % des sommes sont également conservées sous forme de liquidités afin de répondre aux demandes de retrait des investisseurs et aux besoins de gestion de la foncière.
Des engagements agroécologiques intégrés aux baux
FEVE ne finance pas tous les projets agricoles sans distinction. Les candidats doivent démontrer la cohérence économique, agronomique et humaine de leur exploitation. Ils doivent également disposer d’une expérience agricole et apporter une partie des ressources nécessaires au démarrage.
Chaque exploitant retenu signe une charte agroécologique dont certaines obligations sont reprises dans le bail. Celle-ci prévoit notamment le respect du cahier des charges de l’agriculture biologique ou une conversion dans un délai maximal de cinq ans, la diversification des productions, la limitation du travail du sol, la préservation des espaces naturels et la prise en compte du bien-être animal.
L’objectif est d’éviter qu’une ferme financée grâce à l’épargne solidaire soit ensuite exploitée selon un modèle contraire à la mission annoncée. L’inscription des engagements dans un bail rural environnemental leur donne une portée plus durable qu’une simple déclaration d’intention.
Cette orientation impose néanmoins de vérifier la viabilité de chaque transition. Passer à l’agriculture biologique, diversifier une exploitation ou restaurer des sols peut entraîner une baisse temporaire de rendement, de nouveaux investissements et plusieurs années d’adaptation. L’accompagnement ne peut donc pas se limiter à l’achat des terres : il doit aussi intégrer la stratégie commerciale, la trésorerie, les débouchés et les compétences du porteur de projet.
Un investissement à impact qui comporte aussi des risques
La souscription est accessible à partir de 500 euros, pour un investissement moyen annoncé de 11 150 euros. Les épargnants deviennent actionnaires d’une société en commandite par actions détenant indirectement plusieurs actifs agricoles. Ils ne choisissent donc pas une ferme en particulier, mais participent à un portefeuille mutualisé.
Ce placement doit être distingué d’un livret bancaire. Le capital n’est pas garanti, la valeur des actions peut évoluer à la hausse comme à la baisse et leur revente n’est pas immédiate. Les titres sont conçus pour être conservés sur une longue période. Ils ne versent pas de dividendes : les loyers perçus sont principalement réinvestis dans la foncière et peuvent contribuer à la revalorisation annuelle des actions.
L’agrément Entreprise solidaire d’utilité sociale permet, sous certaines conditions, de bénéficier d’une réduction d’impôt en investissant dans la foncière éligible. Cet avantage implique notamment de respecter une durée minimale de détention. Il ne doit toutefois pas constituer l’unique motivation de l’investisseur, qui doit prendre en compte les frais, le risque de perte en capital et la liquidité limitée des titres.
Un nouvel outil pour maintenir des fermes vivantes
FEVE a également attiré des partenaires institutionnels comme la Banque des Territoires, l’État à travers France 2030, Allianz et plusieurs gestionnaires de fonds solidaires. Leur participation permet d’augmenter la capacité d’acquisition et de donner davantage de visibilité au modèle.
Avec plus de 60 millions d’euros collectés, la foncière change désormais d’échelle. Son impact devra cependant être évalué au-delà du nombre de fermes achetées. La réussite dépendra de la pérennité économique des exploitations, de la capacité des agriculteurs à vivre de leur travail, de la qualité des transitions engagées et du nombre de fermes effectivement transmises à une nouvelle génération.
Face au vieillissement des exploitants et à la difficulté croissante d’acheter une ferme, la mobilisation de l’épargne citoyenne ne suffira pas à résoudre seule la crise de la transmission agricole. Elle apporte néanmoins un outil supplémentaire, capable de rapprocher les propriétaires cédants, les candidats à l’installation, les financeurs et les territoires. Une manière concrète de faire de l’épargne non plus seulement une réserve financière, mais un moyen de préserver la production alimentaire et l’activité rurale.
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