Eurodia lève 18 millions d’euros pour industrialiser ses technologies de purification des liquides

L'actualité en bref
Eurodia Industrie lève 18 millions d’euros pour accélérer sa croissance internationale et déployer ses procédés industriels bas carbone.
Eurodia lève 18 millions d’euros pour industrialiser ses technologies de purification des liquides
Eurodia Industrie fait entrer Starquest Capital et Yotta Capital Partners à son capital à l’occasion d’une levée de fonds de 18 millions d’euros.
L’entreprise vauclusienne veut utiliser ces nouvelles ressources pour absorber la croissance rapide de ses commandes, exécuter des projets industriels de plus grande taille et renforcer son développement international. L’opération intervient alors qu’Eurodia devient un fournisseur stratégique pour plusieurs secteurs en transformation, notamment l’extraction du lithium, le recyclage des métaux critiques, la décarbonation de la chimie et la valorisation des ressources présentes dans les effluents industriels.
Deux investisseurs minoritaires pour accompagner le changement d’échelle
Starquest Capital et Yotta Capital Partners entrent au capital d’Eurodia en position minoritaire. La direction conserve donc le contrôle de l’entreprise, tout en bénéficiant de moyens financiers supplémentaires et de l’expérience de deux investisseurs spécialisés dans la transition environnementale et le développement des entreprises industrielles.
Cette configuration permet à Eurodia de financer sa croissance sans céder la maîtrise de sa stratégie. Les fonds pourront notamment soutenir le recrutement d’ingénieurs, le développement de nouvelles technologies, le renforcement des capacités de conception et le financement des dépenses engagées avant la livraison des installations.
Ce dernier enjeu est particulièrement important dans l’ingénierie industrielle. Les projets nécessitent souvent d’acheter des équipements, de mobiliser des équipes et de fabriquer des unités pendant plusieurs mois avant de recevoir l’intégralité du paiement du client. Plus les contrats deviennent importants, plus les besoins de trésorerie, de garanties bancaires et de fonds propres augmentent.
L’opération ne vise donc pas uniquement à financer de la recherche. Elle doit permettre à Eurodia de livrer simultanément davantage d’installations industrielles complexes, parfois déployées à plusieurs milliers de kilomètres de son siège de Pertuis.
Une croissance de 34 à 80 millions d’euros en deux ans
Fondée en 1988, Eurodia a longtemps développé son expertise dans les industries agroalimentaires, notamment pour le traitement du lait, du lactosérum, du sucre et du vin. L’entreprise s’est progressivement diversifiée vers les procédés liés à la transition énergétique, aux métaux critiques et à la chimie bas carbone.
Cette transformation s’est accompagnée d’une nette accélération de son activité. Son chiffre d’affaires est passé d’environ 34 millions d’euros en 2023 à 80 millions d’euros en 2025. Une progression qui s’explique à la fois par l’augmentation du nombre de commandes et par la taille croissante des installations confiées au groupe.
Eurodia a déjà déployé plus de 450 unités industrielles dans une cinquantaine de pays. Plus de 80 % de son chiffre d’affaires est réalisé hors de France. Le groupe dispose notamment d’une implantation aux États-Unis, où sa filiale accompagne les projets menés en Amérique du Nord.
L’entreprise réunit environ une centaine de collaborateurs spécialisés dans le génie des procédés, la chimie, les membranes, l’automatisation, la conception mécanique et la mise en service d’installations. Son rôle se situe à l’intersection de plusieurs métiers : sélectionner les technologies, les combiner, dimensionner les équipements puis garantir leur fonctionnement aux conditions prévues.
Purifier les liquides plutôt que multiplier les ressources
Eurodia conçoit des procédés permettant d’extraire, de séparer, de concentrer ou de purifier les différentes substances contenues dans un liquide complexe. Ses installations peuvent servir à récupérer une molécule recherchée, retirer une impureté, recycler un réactif ou produire un ingrédient présentant une valeur commerciale.
Cette capacité devient stratégique car de nombreux procédés industriels utilisent encore de grandes quantités d’eau, d’énergie et de substances chimiques. Les effluents produits contiennent souvent des sels, des acides, des bases, des minéraux ou des composés organiques qui pourraient être réutilisés.
Une purification plus sélective permet de transformer certains déchets en ressources. Elle peut également limiter les volumes de matières transportées, réduire les achats de réactifs et diminuer la quantité d’effluents devant être traités ou éliminés.
La contribution environnementale ne provient donc pas d’une technologie unique. Elle repose sur la capacité à concevoir un procédé qui consomme moins d’énergie, moins d’eau et moins de produits chimiques que la solution qu’il remplace, tout en restant économiquement compétitif.
L’électrodialyse au cœur du savoir-faire d’Eurodia
L’une des principales technologies utilisées par Eurodia est l’électrodialyse. Son fonctionnement repose sur des membranes capables de laisser passer certains ions tout en en bloquant d’autres.
Lorsqu’un courant électrique est appliqué, les ions chargés positivement et négativement migrent dans des directions opposées. En alternant plusieurs types de membranes, il devient possible de créer simultanément un flux appauvri en sels et un autre flux dans lequel ces sels sont concentrés.
L’électrodialyse peut ainsi être utilisée pour déminéraliser un liquide alimentaire, purifier une solution industrielle ou récupérer des composés dissous. Contrairement à une séparation thermique fondée sur l’évaporation, elle agit directement sur les ions. Sa consommation énergétique dépend donc davantage de la quantité de sels retirée que du volume total de liquide à chauffer.
Une variante, appelée électrodialyse bipolaire, permet de transformer certains sels en acides et en bases. Une entreprise peut, par exemple, régénérer sur place des réactifs qu’elle devait auparavant acheter, transporter puis éliminer après utilisation.
Cette électrification des réactions chimiques ouvre la voie à une réduction des combustibles fossiles lorsque l’électricité utilisée est suffisamment décarbonée. Elle peut aussi limiter la production de sous-produits et raccourcir les chaînes logistiques d’approvisionnement.
Une combinaison de technologies adaptée à chaque liquide
L’électrodialyse n’est qu’une composante des installations développées par Eurodia. L’entreprise combine également la chromatographie, l’adsorption, les résines échangeuses d’ions et différentes formes de filtration membranaire.
La chromatographie sépare des molécules selon leur affinité avec un matériau placé dans une colonne. Les résines échangeuses d’ions captent sélectivement certaines espèces chimiques. Les membranes de filtration trient les éléments en fonction de leur taille ou de leurs propriétés physico-chimiques. L’adsorption consiste à retenir une substance à la surface d’un matériau spécialement sélectionné.
Dans une installation réelle, plusieurs étapes sont généralement nécessaires. Un prétraitement peut d’abord retirer les particules susceptibles d’encrasser les équipements. Une seconde technologie extrait ensuite le composé recherché. D’autres opérations concentrent, purifient et convertissent enfin le produit pour atteindre la qualité exigée par le client.
La valeur ajoutée d’Eurodia réside donc moins dans la fourniture d’un équipement isolé que dans l’intégration d’une chaîne complète de traitement. Chaque liquide possède sa propre composition, ses impuretés, sa température et ses contraintes industrielles. Une solution efficace dans une usine peut être inadaptée à un autre site.
L’extraction directe du lithium devient un marché majeur
Le lithium constitue désormais l’un des principaux moteurs de croissance du groupe. Ce métal est indispensable à la fabrication des batteries utilisées dans les véhicules électriques, les appareils électroniques et les systèmes de stockage stationnaire.
Une partie du lithium mondial est extraite de saumures souterraines très riches en sels. La méthode conventionnelle consiste à pomper ces saumures puis à les laisser s’évaporer dans de vastes bassins pendant plusieurs mois. Cette approche immobilise de grandes surfaces et dépend fortement des conditions climatiques.
L’extraction directe du lithium, ou DLE, remplace ces bassins par une installation industrielle. La saumure traverse un matériau ayant une affinité particulière pour les ions lithium. Ceux-ci sont captés, puis libérés dans une solution plus concentrée avant les étapes de purification et de conversion en carbonate ou en hydroxyde de lithium.
La DLE peut améliorer le rendement d’extraction, raccourcir considérablement les délais de traitement et réduire l’emprise au sol. Elle n’est toutefois pas automatiquement dépourvue d’impact. Sa consommation d’eau, d’énergie et de réactifs dépend de la composition de la saumure, de la technologie utilisée et des conditions de réinjection.
La capacité à industrialiser le procédé est donc déterminante. Une technologie performante à l’échelle d’un laboratoire doit ensuite fonctionner en continu avec des milliers de mètres cubes de saumure dont la composition peut varier.
Des références industrielles avec Eramet et Rio Tinto
Eurodia a été retenue par Eramet pour participer à l’industrialisation du procédé DLE de Centenario-Ratones, en Argentine. Cette usine est conçue pour produire 24 000 tonnes de carbonate de lithium de qualité batterie par an.
L’entreprise intervient également sur le projet Rincon de Rio Tinto, toujours en Argentine. Ce complexe doit atteindre à terme une capacité d’environ 60 000 tonnes annuelles. Ces contrats démontrent la capacité d’Eurodia à intervenir sur des installations de grande taille, dans des environnements isolés et soumis à des contraintes techniques exigeantes.
En 2025, Eurodia a également conclu un partenariat avec Saint-Gobain Ceramics. L’objectif est d’associer les matériaux adsorbants développés par Saint-Gobain à l’expertise d’Eurodia en matière de conception et d’intégration des procédés DLE.
Cette maîtrise intéresse les producteurs miniers, mais aussi les acteurs du raffinage et du recyclage. Les batteries en fin de vie produisent des solutions contenant du lithium, du nickel, du cobalt et d’autres éléments qu’il faut séparer avec une grande précision avant de pouvoir les réutiliser.
Des applications au-delà du lithium
Eurodia cible également la décarbonation de la chimie, la valorisation de la biomasse, la récupération de minéraux et la capture du CO2. Dans ces marchés, ses technologies interviennent principalement dans les étapes de séparation, de purification ou de régénération nécessaires au fonctionnement global du procédé.
Dans la chimie biosourcée, elles peuvent servir à isoler des acides organiques, des sucres ou des molécules issues du bois et de déchets agricoles. Dans les procédés de capture du carbone, elles peuvent contribuer à purifier ou à régénérer les solutions utilisées pour capter le CO2.
L’entreprise reste également présente dans l’agroalimentaire, où les mêmes principes permettent de valoriser des coproduits. Le lactosérum issu de la fabrication du fromage, par exemple, peut être déminéralisé et transformé en ingrédient plutôt que considéré comme un simple effluent.
La cession de l’activité Oenodia en 2025 a néanmoins marqué une volonté de concentrer davantage les ressources du groupe sur les marchés du lithium, des métaux critiques et de la décarbonation industrielle.
Des investisseurs soumis à des objectifs de durabilité
Starquest Capital et Yotta Capital Partners investissent dans Eurodia par l’intermédiaire de fonds classés Article 9 du règlement européen SFDR. Cette catégorie concerne des produits financiers ayant un objectif d’investissement durable explicitement défini.
Cette classification implique notamment de documenter la contribution environnementale des investissements, leurs éventuels effets négatifs et les indicateurs utilisés pour suivre les résultats. Elle ne constitue pas une garantie automatique que chaque activité financée est sans impact, mais elle impose un cadre de transparence et de mesure plus exigeant.
Eurodia devra donc être capable de quantifier les bénéfices générés par ses installations : économies d’eau, réduction des consommations énergétiques, baisse des réactifs utilisés, matières récupérées ou émissions de gaz à effet de serre évitées.
Le défi consiste désormais à maîtriser une croissance très rapide
Le passage de 34 à 80 millions d’euros de chiffre d’affaires en deux ans représente autant un succès qu’un défi. Eurodia doit recruter des compétences rares, sécuriser ses fournisseurs, standardiser certaines briques techniques et conserver une grande rigueur dans l’exécution de ses projets.
Les contrats liés au lithium et aux métaux critiques sont particulièrement exposés aux décisions d’investissement des groupes miniers, aux fluctuations du prix des matières premières et aux calendriers réglementaires. Un ralentissement du marché peut décaler plusieurs projets simultanément.
À l’inverse, la multiplication des besoins en purification, en recyclage et en réduction des consommations industrielles crée un marché bien plus large qu’un seul métal. Cette diversification constitue l’un des principaux atouts d’Eurodia.
La levée de 18 millions d’euros doit maintenant permettre à l’entreprise de transformer son avance technologique en capacité d’exécution mondiale. Derrière les membranes, les résines et les colonnes de séparation se joue un enjeu industriel majeur : produire davantage de matières stratégiques tout en utilisant plus efficacement l’eau, l’énergie et les ressources déjà disponibles.
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