Budget 2026 : enjeux et impacts sur la fiscalité automobile
#news Dernière mise à jour : 29/10/2025 à 16:08, publié le : 29/10/2025Budget 2026 et fiscalité automobile : qu’est-ce qui attend les particuliers, entreprises et collectivités ?
Examiné en séance publique à l’Assemblée nationale depuis le vendredi 24 octobre, le projet de loi de finances (PLF) pour 2026 doit faire l’objet d’un premier vote le mardi 4 novembre, avec l’objectif d’entrer en application le 1er janvier 2026.
Parmi les nombreux aspects du budget de 2026, la mobilité et les enjeux de la transition énergétique sont au cœur des préoccupations, comme le souligne l’article 13 qui vise à “poursuivre le verdissement du transport terrestre en mobilisant les différents leviers incitatifs”.
Cependant, certaines dispositions de cette législation suscitent déjà des controverses.
En effet, le PLF 2026 n’envisage pas de prolongation du crédit d’impôt de 500€ pour l’installation de bornes de recharge électrique, ce qui reviendrait à une suppression effective dès le 1er janvier 2026. Par ailleurs, une augmentation de la taxation sur les véhicules thermiques est prévue, avec un malus CO₂ qui pourrait atteindre plus de 100 000 € d’ici 2028 pour les modèles les plus lourds et polluants.
Malgré plusieurs amendements proposés pour modifier, voire amender ces mesures, la Commission des finances a finalement rejeté le texte amendé dans la nuit du 22 au 23 octobre, ainsi c’est la version originale du PLF présentée le 14 octobre qui est actuellement débattue à l’Assemblée.
Face à cette nouvelle législation, qui reflète la volonté du gouvernement d’accélérer l’électrification du secteur automobile tout en augmentant les recettes fiscales et en continuant sa démarche de rigueur, Solal Botbol, co-fondateur et PDG de Beev, fournisseur de solutions de mobilité électrique, présente les principales mesures fiscales liées à l’automobile et expose aux particuliers, entreprises et collectivités les stratégies adéquates pour anticiper ces changements.
Dans quel environnement se situent les dispositions du PLF 2026 ?
Solal Botbol : « Le projet de loi de finances pour 2026, révélé pour la première fois le 14 octobre dernier, s’inscrit clairement dans la trajectoire de transformation environnementale que le gouvernement actuel revendique. Après plusieurs années où les dispositifs ciblaient principalement les ménages, l’exécutif a choisi d’élargir son champ d’action. Ainsi, les flottes d’entreprises et la fiscalité automobile deviennent des éléments centraux de la stratégie française de décarbonation. L’objectif est double : accélérer le verdissement du parc automobile national tout en maintenant l’équilibre financier. »
Quel est le but du PLF 2026 concernant la mobilité ?
Solal Botbol : « La notion de verdissement est aujourd’hui un principe fondamental de la politique fiscale automobile en France. Avec le PLF 2026, le gouvernement réaffirme son engagement en faveur de cette transition verte amorcée ces dernières années. Le principe consiste à jouer sur le coût financier, en soutenant les véhicules électriques, tout en rendant progressivement les motorisations thermiques moins attractives. Concrètement, le nouveau barème du malus CO₂ sera maintenu jusqu’en 2028, avec un plafond fixé à 100 000 euros. Ce montant, au-delà de son impact pécuniaire, reflète une volonté : celle d’éliminer progressivement les véhicules les plus polluants du marché. Il est indéniable que le maintien des aides à l’électrification, qu’il s’agisse de primes, d’amortissements ou de crédits d’impôt, reste crucial pour accompagner la transition, notamment pour les entreprises qui représentent désormais une part significative des nouvelles immatriculations de véhicules électriques en France, alimentant ainsi le marché de l’occasion. »
Quelles sont les implications des mesures annoncées par le PLF 2026 ?
Solal Botbol : « Le verdissement est devenu pour le gouvernement un instrument fiscal clé, tant incitatif que dissuasif. L’orientation écologique du PLF 2026 s’inscrit dans cette logique, mais elle doit être considérée dans un contexte budgétaire particulièrement restrictif. L’exécutif tente de trouver un équilibre entre l’ambition climatique et la nécessité de générer des revenus pour financer le budget. Dans ce cadre, la fiscalité automobile joue un rôle stratégique. Historiquement importante pour les finances publiques, elle fonctionne désormais comme un double moteur : tant comme outil de transformation écologique qu’en tant que source essentielle de financement pour l’État. »
Quelles sont les principales dispositions du PLF 2026 touchant particuliers et entreprises ?
Solal Botbol : « Le projet de loi de finances pour 2026 représente une avancée notable dans la fiscalité écologique relative à la mobilité. Le gouvernement continue d’adhérer à la logique de verdissement entamée depuis 2020, mais intensifie clairement la pression sur les véhicules thermiques. Cela se manifeste notamment à travers le renforcement du malus CO₂ et du malus lié au poids des véhicules. Ces mesures, dont certaines s’étendent jusqu’en 2028, poursuivent un double but : offrir une visibilité à l’industrie automobile, qui a besoin de stabilité pour investir, et catalyser la transition des ménages et des entreprises vers des motorisations à faible empreinte carbone. »
Comment évolue le dispositif du malus CO₂ ?
Solal Botbol : « Le PLF 2026 renforce le mécanisme de malus CO₂ déjà adopté pour 2026 et 2027, tout en y intégrant son barème pour 2028. Ce nouvel échelle, présentée dans l’article 13, se base sur la méthode WLTP et propose une trajectoire ambitieuse sur trois ans pour les acteurs du secteur. Concrètement, le seuil de déclenchement du malus sera ajusté à 108 g/km en 2026, puis à 103 g en 2027, et enfin à 98 g en 2028. Parallèlement, le plafond de la sanction financière augmentera progressivement pour atteindre 100 000 euros en 2028 pour les véhicules émettant plus de 187 grammes de CO₂ par kilomètre. Ce resserrement envoie un message fort aux consommateurs et aux entreprises : il devient économiquement décourageant d’opter pour un véhicule fortement polluant. Cela oriente également le marché vers des modèles à faibles émissions. Il est essentiel de comprendre qu’entre aujourd’hui et 2028, le seuil de déclenchement du malus diminuera de 113 à 98 g/km, représentant une baisse de 15 g. À cette cadence, de nombreux véhicules compacts à moteur thermique en circulation en France risquent de devenir fiscalement sanctionnables d’ici la fin de la décennie. »
Comment évolue le dispositif du malus au poids ?
Solal Botbol : « Une autre mesure clé du PLF 2026 concerne le malus lié au poids. À partir du 1er janvier 2026, le seuil sera réduit à 1 500 kilos, contre 1 600 actuellement. Cette évolution, déjà anticipée dans le budget précédent, est confirmée et pérennisée. Le gouvernement maintient également les abattements en fonction des types de motorisation, afin de ne pas trop pénaliser certaines technologies. Cependant, la réelle nouveauté réside dans l’élimination du plafonnement entre le malus CO₂ et le malus au poids dès 2028. En conséquence, les deux taxes pourront désormais s’accumuler sans limitation ! Ainsi, la pénalité financière sera nettement plus sévère pour les véhicules thermiques lourds et puissants. Par exemple, un SUV essence pesant deux tonnes et émettant autour de 190 g/km pourrait se voir appliquer plus de 120 000 euros de taxation cumulée. C’est un changement de paradigme : la fiscalité devient clairement un instrument de dissuasion, soutenant la transition. »
Qu’est-ce que cela signifie pour les particuliers ?
Solal Botbol : « Le PLF 2026 ne se limite pas à alourdir la fiscalité sur les véhicules thermiques, il accroît également les incitations pour les motorisations écologiques. Cela démontre clairement l’intention du gouvernement de favoriser le verdissement du parc automobile français, notamment à travers des mesures ciblées pour les véhicules électriques et à hydrogène. Le texte est d’ailleurs explicite sur ce point : il s’agit de “poursuivre le verdissement du transport terrestre en mobilisant les différents leviers incitatifs et en les inscrivant dans une trajectoire pluriannuelle”. Nous entrons donc dans une dynamique à long terme, visant à encourager les comportements responsables du grand public tout en offrant une visibilité aux entreprises. C’est crucial, car la transition ne pourra se réaliser que si chacun sait à quoi s’attendre dans les années à venir. »
Quelles sont les stratégies à adopter pour les particuliers en cas d’entrée en vigueur de ces mesures au 1er janvier ?
Solal Botbol : « Pour les particuliers, l’application du PLF 2026 impose une approche proactive lors du choix de leurs véhicules. Tout d’abord, il est fondamental d’anticiper le coût fiscal global en tenant compte du malus CO₂ et du malus au poids, qui seront renforcés jusqu’en 2028. Comparer différents modèles et spécifications avant l’achat aide à sélectionner les véhicules les plus rentables économiquement et les plus respectueux de l’environnement. Ensuite, favorisez les véhicules électriques, hybrides rechargeables ou ayant une faible émission et, si possible, des modèles légers, afin de bénéficier des exonérations et d’éviter des pénalités significatives. Enfin, c’est le bon moment pour installer une borne de recharge à domicile, tant que le crédit d’impôt de 500 euros est toujours en vigueur, au moins jusqu’au 31 décembre. »
Pour les professionnels et indépendants, que dit le PLF 2026 sur le véhicule électrique ?
Solal Botbol : « Deux nouveaux ajustements techniques visent à assurer une plus grande cohérence fiscale pour les professionnels qui adoptent des véhicules électriques. Premièrement, l’adaptation du calcul de la puissance administrative pour les utilitaires et poids lourds électriques : l’objectif est d’éviter que ces véhicules ne soient désavantagés par rapport à leurs homologues thermiques, simplement à cause des spécificités des motorisations électriques. Ensuite, la “taxe verdissement”, également connue sous le nom de taxe LOM, sera modifiée pour inclure les véhicules utilitaires légers électriques qui, en raison du poids de leur batterie, passent de la catégorie N1 à N2. Cela permettra aux professionnels de continuer à bénéficier des dispositifs incitatifs. Ces mesures peuvent sembler techniques, mais elles sont cruciales : elles garantissent que les véhicules propres demeurent compétitifs et encouragent réellement leur adoption. »
Pour les professionnels et indépendants, que dit le PLF 2026 sur les poids lourds et véhicules utilitaires légers propres ?
Solal Botbol : « Le PLF 2026 recentre le dispositif de déduction exceptionnelle sur les véhicules à émissions nulles, c’est-à-dire ceux qui fonctionnent exclusivement à l’électricité ou à l’hydrogène. L’objectif est de renforcer la cohérence du dispositif d’encouragement à l’acquisition de véhicules écologiques, en concentrant les incitations fiscales sur les motorisations les plus respectueuses de l’environnement. Concrètement, cette mesure a deux effets : d’une part, elle oriente clairement les incitations vers les technologies les moins polluantes ; d’autre part, elle offre aux entreprises engagées dans des projets d’acquisition une période d’adaptation. L’entrée en vigueur a d’ailleurs été déplacée au 1er janvier 2027, afin d’offrir une “sécurité juridique suffisante pour permettre aux entreprises concernées de s’adapter”. »
Pour les entreprises et collectivités, quels sont les impacts à attendre du PLF 2026 sur leurs flottes ?
Solal Botbol : « D’abord, la fiscalité sur les flottes polluantes sera renforcée : ceux qui ne respectent pas les quotas de verdissement verront leur taxation augmenter. Le malus CO₂, le malus au poids et la taxe annuelle sur les polluants s’inscrivent dans une trajectoire pluriannuelle jusqu’en 2028, ce qui envoie un message clair pour inciter dès à présent à la transition des flottes professionnelles vers des véhicules moins polluants. Ensuite, le coût total des véhicules thermiques ou lourds augmentera avec l’accumulation des nouvelles mesures, rendant ainsi plus attrayant économiquement pour les entreprises et collectivités l’acquisition de véhicules électriques ou, au minimum, hybrides rechargeables. »
Pour les entreprises et collectivités, quelles sont les stratégies à adopter en cas d’entrée en vigueur de ces mesures ?
Pour Solal Botbol, « Il est essentiel pour les entreprises et collectivités d’établir une stratégie de verdissement afin d’assurer la transition de leur flotte et d’optimiser leurs coûts. Plusieurs actions peuvent être envisagées :
– Premièrement, il est important de réaliser des simulations fiscales pour anticiper l’impact combiné des malus CO₂ et poids sur les véhicules envisagés. Des outils comme Beev permettent de comparer les différents modèles et configurations avant tout achat, ce qui aide à prioriser les choix les plus avantageux.
– Ensuite, il est conseillé de privilégier l’acquisition de véhicules électriques à basse émission et de modèles légers, qui bénéficient des exonérations maximales et permettent de limiter le malus au poids. En parallèle, il faut rester vigilant sur les options et équipements : certains ajouts peuvent alourdir le véhicule et augmenter les coûts fiscaux, il est donc important de sélectionner ceux qui apportent un véritable bénéfice fonctionnel.
– La reconfiguration de la flotte est une autre étape clé : équilibrer le mix entre petits véhicules électriques, utilitaires électriques et véhicules partagés, ainsi qu’ajuster les volumes pour maîtriser le poids moyen, permet de concilier question de performance opérationnelle et exigences réglementaires.
– Il est indispensable de pouvoir s’appuyer sur des indicateurs fiables, tels que coût fiscal, coût de recharge et d’énergie, amortissement et coût total de possession, pour suivre l’impact financier du verdissement de sa flotte et ajuster ses décisions d’achat de manière informée.
– Enfin, une communication claire en interne est également cruciale : informer les employés des impacts fiscaux et environnementaux favorise l’adhésion et incite à adopter des comportements en phase avec les objectifs de l’entreprise et ses nouvelles obligations réglementaires. »
