ANote Music lève 2 millions d’euros pour développer sa place de marché de royalties musicales

L'actualité en bref
ANote Music boucle une levée de 2 millions d’euros pour élargir sa place de marché de royalties musicales et accélérer son expansion en Europe.
ANote Music annonce un financement de 2 millions d’euros mené par Seventure Partners, avec ScaleFund et des investisseurs déjà présents au capital. La société luxembourgeoise veut renforcer sa place de marché dédiée à l’achat, la vente et la perception de royalties musicales, tout en élargissant son offre de catalogues et sa présence européenne.
Cette opération illustre la financiarisation croissante de la musique, un secteur où les revenus issus du streaming et des droits d’auteur attirent désormais des investisseurs au-delà des labels et des fonds spécialisés. Pour les entrepreneurs, elle montre aussi comment une infrastructure numérique peut transformer un actif peu liquide en produit négociable, avec des enjeux de transparence, de conformité et de gestion du risque. Dans un marché mondial des droits musicaux estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars, la capacité à structurer des transactions fiables devient un avantage concurrentiel majeur.
Une levée de fonds pour industrialiser l’accès aux catalogues musicaux
ANote Music, opérée par ANote S.A. depuis le Luxembourg, boucle un tour de table de 2 millions d’euros afin d’accélérer le développement de sa plateforme. Le financement est mené par Seventure Partners, accompagné par le fonds belge ScaleFund et par des actionnaires existants. L’objectif affiché est clair : faire entrer davantage de catalogues sur la place de marché, accroître le nombre d’utilisateurs en Europe et poursuivre l’amélioration technique du service, notamment sur mobile.
Fondée en 2018 par Marzio F. Schena, Matteo Cernuschi et Grégoire Mathonet, puis lancée commercialement en 2020, l’entreprise s’est positionnée sur un segment encore peu accessible : les flux futurs de revenus générés par des œuvres musicales. Son équipe associe des compétences en marchés financiers, en technologie et en industrie musicale, un croisement indispensable pour traiter des actifs dont la valeur dépend autant de la propriété intellectuelle que de la performance économique des catalogues.
Les royalties musicales correspondent aux revenus versés aux ayants droit lorsqu’une chanson est écoutée, diffusée, synchronisée dans une œuvre audiovisuelle, utilisée en concert ou exploitée commercialement. Selon les cas, ces revenus peuvent revenir aux auteurs, compositeurs, éditeurs, labels, producteurs ou détenteurs de parts de catalogues. ANote ne vend donc pas une chanson au sens culturel du terme, mais un droit économique sur une partie de revenus futurs rattachés à des œuvres déjà exploitées.
Pourquoi les royalties deviennent une classe d’actifs
Le marché bénéficie d’un contexte favorable. La valeur mondiale des droits d’auteur musicaux a atteint 47,2 milliards de dollars en 2024 selon les données citées par Pivotal Economics, tandis que Goldman Sachs Research anticipe une progression du marché musical élargi de 105 milliards de dollars en 2024 à près de 200 milliards d’ici 2035. Cette dynamique repose notamment sur la croissance du streaming payant, l’essor des usages vidéo, la monétisation des réseaux sociaux et la demande continue de contenus par les plateformes.
Les grands catalogues sont déjà devenus des actifs stratégiques. Ces dernières années, plusieurs transactions portant sur des répertoires d’artistes majeurs ont atteint des centaines de millions de dollars, confirmant l’appétit des investisseurs institutionnels. La logique est simple : un catalogue reconnu peut générer des flux réguliers pendant de longues périodes, parfois décorrélés des cycles économiques classiques, même si ces revenus varient selon la popularité des titres, les territoires, les contrats et les canaux d’exploitation.
Cette résilience apparente ne signifie pas absence de risque. Les revenus peuvent diminuer si les écoutes baissent, si les règles de répartition changent, si un catalogue se révèle surestimé ou si des litiges affectent la chaîne des droits. Pour un investisseur, l’analyse ne se limite donc pas au prestige d’un artiste : elle doit intégrer l’historique de revenus, la concentration des titres, la durée des droits, les plateformes contributrices, les frais et la liquidité possible à la revente.
Le modèle d’ANote : marché primaire, marché secondaire et distribution automatisée
ANote cherche à répondre à un problème structurel : les transactions de royalties se font souvent de gré à gré, avec peu de visibilité sur les prix et des barrières d’entrée élevées. La plateforme met en place un fonctionnement proche d’une infrastructure boursière adaptée à la musique. Les titulaires de droits peuvent céder une partie de leurs revenus futurs via des enchères sur le marché primaire, tandis que les acheteurs peuvent ensuite échanger certaines positions sur un marché secondaire animé par un carnet d’ordres.
Ce dispositif vise à apporter trois éléments rarement réunis dans ce secteur : une formation du prix plus transparente, une possibilité de liquidité après l’achat et une automatisation de la distribution des revenus. Pour les vendeurs, l’intérêt consiste à obtenir des liquidités sans nécessairement céder l’intégralité d’un catalogue. Pour les acheteurs, l’attrait réside dans l’accès à des flux de royalties fractionnés, jusque-là réservés aux professionnels capables de négocier directement avec labels, éditeurs ou intermédiaires spécialisés.
La société revendique aujourd’hui plus de 100 000 chansons réparties sur 39 catalogues listés, 52 000 comptes utilisateurs et plus de 28 millions d’euros de valeur cumulée des transactions. Des œuvres interprétées par des artistes mondialement connus figurent parmi les catalogues mentionnés par l’entreprise, ce qui contribue à rendre le produit lisible pour un public plus large. Mais la profondeur réelle du marché dépendra surtout de la qualité des catalogues disponibles, du volume d’ordres et de la confiance dans les données financières communiquées.
Les trois priorités financées par le nouveau tour
Le premier chantier porte sur l’offre. ANote veut convaincre davantage de labels, éditeurs, artistes et auteurs-compositeurs de mettre une partie de leurs revenus sur la plateforme. C’est un enjeu critique : une place de marché ne peut fonctionner durablement que si elle attire des actifs de qualité en quantité suffisante, avec des informations standardisées permettant aux acheteurs de comparer les opportunités.
Le deuxième axe concerne l’expansion internationale, principalement en Europe. Le potentiel ne se limite pas aux investisseurs professionnels : fans, particuliers avertis, family offices et petits fonds peuvent être intéressés par des revenus liés à la musique. Cette démocratisation exige toutefois un effort pédagogique important, car l’achat de royalties ne doit pas être présenté comme un produit d’épargne simple ou garanti.
Le troisième volet est technologique. ANote prévoit de poursuivre ses investissements en recherche et développement afin d’améliorer la plateforme et son application mobile. Dans ce type d’activité, l’expérience utilisateur ne suffit pas : l’infrastructure doit gérer la vérification des droits, l’historique des revenus, les paiements, les frais, la fiscalité applicable selon les profils et les obligations de connaissance client. Plus le marché se développe, plus la robustesse opérationnelle devient déterminante.
Un marché prometteur, mais exigeant sur la conformité
La promesse d’un accès élargi aux royalties musicales s’inscrit dans une tendance plus large : la tokenisation et la fragmentation d’actifs auparavant peu accessibles, comme l’immobilier, l’art, le sport ou les revenus futurs de créateurs. Même sans recourir nécessairement à la blockchain, ces modèles posent des questions proches de celles de la finance de marché : protection des investisseurs, information précontractuelle, valorisation, prévention des conflits d’intérêts et surveillance des transactions.
En Europe, toute plateforme qui organise l’accès à des revenus financiers récurrents doit être attentive au cadre réglementaire applicable, notamment selon la qualification juridique des instruments proposés. Les obligations peuvent varier en fonction de la structure des droits cédés, du pays de commercialisation, du profil des investisseurs et des services fournis. Pour ANote, la crédibilité passera donc autant par la croissance commerciale que par la transparence documentaire et la qualité de son dispositif de conformité.
Pour les entrepreneurs de l’innovation, le cas ANote est intéressant parce qu’il combine marketplace, fintech et industrie créative. La société ne se contente pas de numériser une transaction existante : elle tente de créer une couche d’infrastructure entre détenteurs de droits et investisseurs. Si elle parvient à augmenter le nombre de catalogues attractifs tout en maintenant la confiance des utilisateurs, elle pourrait contribuer à installer les royalties musicales comme une catégorie d’actifs plus visible en Europe.
L’arrivée de Seventure Partners et de ScaleFund apporte un signal de validation, mais le véritable test sera celui de la profondeur du marché. Une place de marché réussit lorsque vendeurs et acheteurs y trouvent un prix jugé juste, une exécution fluide et une liquidité suffisante. La levée de 2 millions d’euros donne à ANote les moyens de franchir une nouvelle étape ; elle ne remplace pas le travail de fond nécessaire pour transformer un marché historiquement opaque en infrastructure financière durable.
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