Les startups de Lyon Saint-Étienne brillent aux concours d’innovation 2026

L'actualité en bref
PULSALYS confirme l’excellence du site Lyon Saint-Étienne aux concours d’innovation de l’État 2026 avec un Grand Prix i-Lab et deux lauréats i-PhD
Trois innovations issues du site académique Lyon Saint-Étienne ont été distinguées le 16 septembre 2026 dans les concours d’innovation de l’État : OncoShift obtient un Grand Prix i-Lab, tandis que Kineo et Alka Thin Tech sont lauréats i-PhD. Ces résultats confirment la capacité du territoire à transformer des travaux de recherche publique en projets entrepreneuriaux deeptech, avec l’appui de PULSALYS et du PUI IMPULSE.
Pour les entrepreneurs et les acteurs de l’innovation, cette annonce dépasse la simple remise de prix : elle montre comment un écosystème académique peut générer des startups positionnées sur des marchés mondiaux, de l’oncologie aux semi-conducteurs en passant par les logiciels de capture de mouvement. Les concours i-Lab et i-PhD jouent un rôle de validation externe, souvent déterminant pour attirer des financements, sécuriser des partenariats industriels et accélérer la maturation technologique. Dans la deeptech, où les cycles de développement sont longs et les besoins en capitaux élevés, ce type de reconnaissance réduit une partie du risque perçu par les investisseurs. Les trois projets illustrent aussi trois chemins de valorisation distincts : développement thérapeutique réglementé, procédé industriel de matériaux avancés et logiciel à fort potentiel d’usage transversal.
Lyon Saint-Étienne confirme son rang dans la deeptech française
La distinction simultanée d’OncoShift, de Kineo et d’Alka Thin Tech dans les concours d’innovation de l’État constitue un signal fort pour le site académique Lyon Saint-Étienne. Elle associe plusieurs dimensions essentielles de la valorisation de la recherche : excellence scientifique, protection de la propriété intellectuelle, accompagnement entrepreneurial, accès aux financements publics et structuration d’un projet capable de convaincre un marché.
OncoShift, portée par Firas Bassissi, se distingue particulièrement en obtenant un Grand Prix i-Lab 2026. Chaque année, seuls dix projets environ reçoivent cette reconnaissance nationale parmi les lauréats i-Lab, ce qui en fait un marqueur de crédibilité important dans l’écosystème deeptech. À ses côtés, Charles Javerliat avec Kineo et Anthony Tacnet avec Alka Thin Tech rejoignent la promotion i-PhD, dispositif conçu pour rapprocher les doctorants et jeunes docteurs de la création d’entreprise.
Ces trois projets s’appuient sur des recherches conduites au sein de laboratoires liés à des établissements majeurs du territoire : Lyon 1 Université, Université Lumière Lyon 2, INSA Lyon, Centrale Lyon, CPE Lyon, CNRS, INSERM et Centre Léon Bérard. Leur diversité est stratégique. Elle montre que la deeptech lyonnaise ne se limite pas aux sciences de la vie, même si la région y possède un ancrage historique, mais couvre également les matériaux avancés, la photonique, l’intelligence artificielle appliquée, la vision par ordinateur et les procédés industriels.
Les concours d’innovation de l’État, un levier de crédibilité pour les startups technologiques
Les concours i-Lab, i-PhD et i-Nov, pilotés par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et opérés par Bpifrance, sont devenus des repères structurants pour les projets deeptech français. Leur intérêt ne se limite pas à l’aide financière. Ils imposent aux porteurs de projets de formaliser une stratégie de propriété intellectuelle, un plan de développement produit, une trajectoire de financement, une analyse concurrentielle et une première lecture de marché.
Le concours i-Lab cible les projets de création d’entreprises technologiques innovantes, en particulier lorsqu’ils reposent sur des résultats issus de la recherche publique. L’aide peut atteindre 600 000 euros par projet, un montant significatif pour financer des études précliniques, du prototypage, des recrutements clés, des prestations réglementaires ou des premières étapes d’industrialisation. Dans un contexte où une startup deeptech met souvent plusieurs années avant de générer un chiffre d’affaires significatif, cette subvention non dilutive est un outil précieux : elle évite de trop céder de capital trop tôt et permet d’atteindre des jalons techniques plus solides avant une levée de fonds.
Le concours i-PhD répond à un autre enjeu : détecter tôt les doctorants et jeunes docteurs susceptibles de transformer leur expertise scientifique en projet entrepreneurial. En France, l’un des défis récurrents reste le passage entre le laboratoire et le marché. Beaucoup de technologies prometteuses restent au stade académique faute d’équipe business, de financement de maturation ou de compréhension des attentes clients. i-PhD agit comme une porte d’entrée vers l’écosystème deeptech, avec du mentorat, de la visibilité, des connexions avec Bpifrance et des relais vers d’autres dispositifs comme la Bourse French Tech.
OncoShift : cibler le métabolisme tumoral pour traiter les cancers résistants
OncoShift développe une nouvelle approche thérapeutique contre certains cancers agressifs, réfractaires ou métastatiques. Son cœur technologique repose sur le ciblage de la phosphorylation oxydative, souvent désignée par l’acronyme OXPHOS. Cette voie métabolique permet aux cellules de produire de l’énergie dans les mitochondries, les centrales énergétiques de la cellule. Si de nombreuses tumeurs utilisent principalement la glycolyse, certaines cellules cancéreuses deviennent fortement dépendantes de la respiration mitochondriale pour survivre, résister aux traitements et coloniser d’autres tissus.
Cette dépendance crée une vulnérabilité. En bloquant l’adaptation métabolique des tumeurs dites OXPHOS-dépendantes, OncoShift cherche à empêcher les cellules cancéreuses de contourner les traitements existants. L’enjeu est considérable : la résistance thérapeutique reste l’une des principales causes d’échec en oncologie, en particulier dans les formes avancées et métastatiques. Selon les grandes agences sanitaires internationales, le cancer représente près de 10 millions de décès par an dans le monde, et les métastases sont impliquées dans la majorité des décès liés à la maladie.
La startup s’appuie sur des molécules brevetées décrites comme First-in-Class, c’est-à-dire relevant d’un mécanisme d’action nouveau ou peu exploité cliniquement. Ce positionnement peut créer un avantage concurrentiel fort, mais il implique aussi un niveau d’exigence élevé. Dans le médicament, un projet doit franchir successivement la preuve d’efficacité en modèles précliniques, les études de toxicologie réglementaire, la production selon les standards GMP, le dépôt d’un dossier auprès des autorités de santé, puis les essais cliniques de phase I, II et III. Le calendrier envisagé par OncoShift, avec un premier essai chez l’adulte au début de la décennie 2030 puis une extension pédiatrique, reflète la durée incompressible du développement thérapeutique.
Les premiers résultats annoncés par l’entreprise portent sur une preuve de concept in vivo, avec une réponse antitumorale durable, une limitation de la dissémination métastatique et un recrutement accru de cellules immunitaires. Ce dernier point est important pour le marché de l’oncologie, car les stratégies les plus prometteuses combinent souvent action directe sur la tumeur et modulation du microenvironnement immunitaire. Si ces résultats se confirment, OncoShift pourrait s’inscrire dans une logique de combinaison avec des chimiothérapies, des thérapies ciblées ou des immunothérapies, afin d’augmenter la profondeur et la durée de réponse.
Le projet est issu de recherches menées depuis 2016 par Martine Cordier-Bussat au Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon, structure associant Lyon 1 Université, INSERM, CNRS et Centre Léon Bérard. Pour un investisseur, cette origine est un atout : elle indique un socle scientifique robuste, un environnement clinique proche et un potentiel d’accès à des expertises en cancérologie translationnelle.
Alka Thin Tech : rendre le niobate de lithium plus accessible à l’industrie
Anthony Tacnet et son projet Alka Thin Tech s’attaquent à un verrou industriel majeur : la fabrication de couches minces de niobate de lithium. Ce matériau possède des propriétés électro-optiques remarquables, ce qui le rend particulièrement intéressant pour la photonique intégrée, les télécommunications, les composants radiofréquences, les capteurs et certaines architectures de microélectronique avancée.
Le niobate de lithium est déjà connu pour sa capacité à convertir un signal électrique en signal optique avec une grande efficacité. Dans les réseaux télécoms, les centres de données, les radars, les systèmes quantiques ou les futures infrastructures 6G, cette propriété devient stratégique. La demande mondiale en bande passante explose sous l’effet du cloud, de l’intelligence artificielle générative, de la vidéo et des usages industriels connectés. Or, plus les infrastructures numériques se densifient, plus l’efficacité énergétique des composants optiques devient critique.
Le frein réside dans la fabrication de couches minces fiables, homogènes et compatibles avec une production industrielle. Les procédés actuels peuvent être complexes, coûteux et difficiles à intégrer dans certaines chaînes de fabrication. Alka Thin Tech développe des molécules innovantes destinées à produire ces couches minces avec un procédé plus robuste et plus industrialisable. Cette approche par la chimie des précurseurs peut améliorer le contrôle du dépôt, la qualité du matériau final et la reproductibilité, trois critères essentiels pour convaincre les industriels des semi-conducteurs et de la photonique.
Le projet s’appuie sur les travaux conduits au laboratoire Catalyse, Polymérisation, Procédés et Matériaux, rattaché à Lyon 1 Université, CPE Lyon et CNRS. Son potentiel de marché dépasse la recherche académique. Il concerne les fabricants de composants photoniques, les équipementiers télécoms, les acteurs de la microélectronique et les entreprises cherchant à intégrer des fonctions optiques directement sur puce. Dans une période où l’Europe cherche à renforcer sa souveraineté sur les technologies critiques, notamment via le Chips Act européen, les matériaux avancés et les procédés de fabrication différenciants deviennent des actifs stratégiques.
Kineo : démocratiser la capture de mouvement 3D
Charles Javerliat développe avec Kineo une solution logicielle de capture de mouvement 3D qui ne nécessite ni caméras infrarouges, ni marqueurs optiques, ni système de calibration lourd. L’ambition est de transformer des équipements grand public, comme des webcams, des smartphones ou des caméras standards, en outils capables d’extraire des données de mouvement précises et exploitables.
La capture de mouvement traditionnelle est performante, mais elle reste coûteuse et peu flexible. Elle nécessite souvent un studio équipé, du matériel spécialisé, une installation contrôlée et des opérateurs formés. Kineo répond à une tendance de fond : la migration de technologies autrefois réservées aux laboratoires ou aux grands studios vers des usages mobiles, accessibles et intégrables dans des logiciels métiers. Les progrès de la vision par ordinateur, de l’apprentissage automatique et de la reconstruction 3D permettent aujourd’hui d’automatiser des tâches auparavant très dépendantes du matériel.
Les débouchés sont nombreux. Dans l’industrie, l’analyse posturale peut aider à prévenir les troubles musculosquelettiques, qui représentent une part importante des maladies professionnelles en Europe. Dans le sport, la quantification du geste permet d’objectiver la performance et de réduire certains risques de blessure. Dans la robotique, les données de mouvement humain servent à entraîner des modèles, améliorer l’interaction homme-machine ou reproduire des gestes complexes. Dans les industries créatives, l’animation 3D, le jeu vidéo, la réalité virtuelle et la production audiovisuelle recherchent des solutions plus rapides et moins coûteuses que les studios traditionnels.
Le projet est issu de travaux menés à Centrale Lyon ENISE au sein du LIRIS, laboratoire associant Lyon 1 Université, Université Lumière Lyon 2, Centrale Lyon, INSA Lyon et CNRS. Pour se développer, Kineo devra probablement clarifier ses marchés prioritaires, car un logiciel horizontal peut être confronté à des besoins très différents selon les secteurs. Une solution destinée à l’ergonomie industrielle n’a pas les mêmes exigences de validation, de précision et de conformité qu’un outil d’animation. Si l’usage devient médical ou quasi médical, la réglementation européenne sur les dispositifs médicaux logiciels pourrait également entrer en jeu.
PULSALYS et le PUI IMPULSE : organiser le passage du laboratoire au marché
La réussite de ces trois projets met en lumière le rôle de PULSALYS, société d’accélération du transfert de technologies du territoire Lyon Saint-Étienne. Son action consiste à repérer des inventions issues de la recherche publique, sécuriser leur propriété intellectuelle, financer des étapes de maturation, structurer une stratégie de transfert et accompagner les équipes vers la création de startup ou le partenariat industriel.
Son programme d’incubation 100 % deeptech vise les projets dont le cœur de valeur repose sur une avancée scientifique ou technologique difficile à reproduire. L’accompagnement combine travail individuel, ateliers collectifs, préparation aux concours, réflexion sur le modèle économique, stratégie de financement, cadrage juridique et communication. Cette approche est particulièrement adaptée aux entrepreneurs scientifiques, qui maîtrisent souvent parfaitement leur technologie mais doivent encore construire une proposition de valeur lisible pour des clients, des investisseurs et des partenaires industriels.
Le Puls’Arium, espace de travail situé au sein de la I-Factory, joue également un rôle d’acculturation. Les porteurs de projets y rencontrent d’autres entrepreneurs, des experts, des financeurs et des profils issus de disciplines différentes. Dans la deeptech, cette densité relationnelle compte autant que les financements : elle permet de tester plus tôt les hypothèses de marché, d’éviter certains choix techniques coûteux et d’identifier des partenaires capables de produire, certifier ou distribuer une innovation.
Le PUI IMPULSE, dont PULSALYS assure le pilotage opérationnel, renforce cette dynamique en intervenant plus en amont auprès des chercheurs, doctorants et jeunes docteurs. Les dispositifs comme Bootcamp Expl’Aura, labellisé Starthèse par le ministère depuis 2024, ou le Programme Chercheurs Chercheuses IMPULSE aident les scientifiques à comprendre les mécanismes de création d’activité économique. Charles Javerliat et Anthony Tacnet ont bénéficié de ces parcours, aux côtés de leurs encadrants, avant leur reconnaissance i-PhD.
Un signal pour les investisseurs et les industriels
Pour l’écosystème, ces distinctions ne garantissent pas le succès commercial, mais elles constituent un filtre de qualité. Une startup issue de la recherche doit franchir plusieurs seuils avant d’atteindre le marché : preuve technique, protection intellectuelle, validation client, conformité réglementaire, financement, industrialisation et recrutement. Les concours d’innovation de l’État facilitent ce parcours en apportant visibilité, crédibilité et ressources.
Le cas d’OncoShift intéressera en priorité les fonds biotech, les laboratoires pharmaceutiques et les acteurs spécialisés dans l’oncologie de précision. Alka Thin Tech parlera davantage aux industriels de la photonique, des télécoms et des matériaux pour semi-conducteurs. Kineo, de son côté, dispose d’un potentiel plus transversal, à condition de transformer sa technologie en offres adaptées à des cas d’usage bien identifiés.
Ces trois trajectoires rappellent une bonne pratique essentielle pour tout entrepreneur deeptech : une invention ne devient une entreprise que lorsqu’elle rencontre un problème de marché clairement qualifié. La science fournit la barrière à l’entrée, mais la création de valeur naît de la capacité à choisir les bons segments, à sécuriser les jalons critiques et à bâtir une équipe capable de dialoguer avec les chercheurs, les clients, les financeurs et les régulateurs. Sur ce point, Lyon Saint-Étienne démontre une nouvelle fois qu’un territoire académique bien structuré peut produire des innovations capables de viser des marchés internationaux.
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