Greenly et Normative s’unissent pour créer le leader mondial de la comptabilité carbone

Greenly et Normative s’unissent pour créer le leader mondial de la comptabilité carbone

L'actualité en bref

Greenly et Normative fusionnent pour bâtir une plateforme mondiale de comptabilité carbone, avec 4 000 clients et un cap de 1 milliard de tonnes en vue.

Dernière mise à jour : 15/09/2026 à 13:46
Publié le : 15/09/2026
https://greenly.earth

Greenly et Normative fusionnent pour créer un acteur majeur des logiciels climatiques, combinant comptabilité carbone, reporting ESG, analyse de cycle de vie, engagement fournisseurs et gestion énergétique. Le nouvel ensemble revendique plus de 4 000 clients dans plus de 30 pays, 500 millions de tonnes de CO₂ suivies et l’ambition d’atteindre un milliard de tonnes d’ici 2030.

Cette opération est importante car elle illustre la consolidation rapide du marché de la carbon accounting, longtemps composé d’acteurs spécialisés par pays, secteur ou taille d’entreprise. Pour les dirigeants, l’enjeu dépasse le reporting réglementaire : la donnée carbone devient un outil de pilotage des achats, de la production, de l’énergie, du risque et de la compétitivité. La pression s’accélère avec la CSRD en Europe, les standards ISSB/IFRS, les attentes des investisseurs, les exigences clients et les règles américaines lorsqu’elles s’appliquent. Les entreprises qui structurent tôt leurs données environnementales peuvent réduire leurs coûts, sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement et répondre plus vite aux appels d’offres. À l’inverse, celles qui restent dépendantes de tableurs dispersés risquent des données peu auditables, des décisions lentes et une exposition accrue aux risques climatiques et réglementaires.

Une fusion qui change l’échelle du logiciel climatique

Le rapprochement entre Greenly et Normative donne naissance à une plateforme transatlantique positionnée sur l’un des segments les plus stratégiques de la climate tech : la mesure, la vérification et le pilotage des émissions des entreprises. Le nouvel ensemble réunit l’approche produit et la croissance internationale de Greenly avec l’expertise méthodologique de Normative, historiquement reconnue auprès de grandes organisations et de chaînes de valeur complexes.

Cette fusion intervient à un moment charnière. Les entreprises ne cherchent plus seulement à produire un bilan carbone annuel pour satisfaire une obligation de communication. Elles doivent désormais intégrer la donnée climat dans leurs décisions courantes : choix fournisseurs, conception produit, localisation industrielle, achats d’énergie, financement, assurance, conformité et stratégie commerciale.

Le groupe couvre à la fois les PME, les ETI et les grands comptes, avec une présence à Paris, Londres, New York et Stockholm. Il vise une progression de son revenu annuel récurrent logiciel de 30 à 50 millions d’euros sur trois ans, ce qui reflète une ambition claire : passer du statut d’éditeur spécialisé à celui de plateforme d’infrastructure pour la transition carbone.

Pourquoi le Scope 3 est devenu le nerf de la guerre

La valeur de l’opération repose largement sur la capacité à améliorer la mesure du Scope 3, c’est-à-dire les émissions indirectes situées en amont et en aval de l’activité d’une entreprise. Pour beaucoup de secteurs, ces émissions représentent la majeure partie de l’empreinte totale. Dans la distribution, l’industrie, l’automobile, l’agroalimentaire, le bâtiment ou l’électronique, elles peuvent dépasser 80 % du bilan carbone.

Le problème est connu : le Scope 3 dépend de milliers de données externes, souvent incomplètes, hétérogènes ou déclaratives. Une entreprise doit comprendre l’impact de ses achats, de ses matières premières, de sa logistique, de l’usage de ses produits par les clients et parfois de leur fin de vie. Plus la chaîne d’approvisionnement est mondiale, plus l’exercice devient difficile.

En combinant leurs bases, Greenly et Normative annoncent l’intégration de plus de 5 millions de facteurs d’émission et de données issues de centaines de milliers de clients et fournisseurs. Un facteur d’émission permet d’estimer la quantité de CO₂ équivalent associée à une activité, par exemple un kilowattheure consommé, une tonne d’acier produite, un kilomètre transporté ou un composant acheté. La qualité de ces facteurs détermine directement la crédibilité du reporting.

L’intérêt d’une plateforme partagée est l’effet réseau : plus les fournisseurs et les donneurs d’ordre utilisent un même environnement de données, plus les calculs peuvent être standardisés, comparés et audités. Cela réduit la dépendance aux questionnaires fournisseurs envoyés manuellement, limite les doublons et facilite la transmission d’informations carbone entre entreprises.

Du reporting ESG à la décision opérationnelle

Le marché visé ne se limite plus à la comptabilité carbone. Il englobe désormais plusieurs univers économiques : le SaaS climatique, le conseil ESG, l’audit extra-financier, la gestion de l’énergie, la supply chain, la conformité réglementaire, l’analyse des risques climatiques et l’empreinte environnementale des produits. C’est précisément cette convergence qui explique la consolidation du secteur.

La plateforme fusionnée prévoit de couvrir les émissions de Scopes 1, 2 et 3, l’empreinte carbone des produits, l’analyse de cycle de vie, l’engagement fournisseurs et le reporting multi-référentiels. Le Scope 1 concerne les émissions directes de l’entreprise, comme les chaudières ou les véhicules détenus. Le Scope 2 porte sur l’énergie achetée, notamment l’électricité. Le Scope 3 élargit l’analyse à toute la chaîne de valeur.

L’analyse de cycle de vie, ou ACV, va plus loin qu’un simple bilan d’entreprise. Elle mesure l’impact d’un produit depuis l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie. Pour un fabricant, cela permet de comparer deux matériaux, deux procédés ou deux fournisseurs. Pour une marque, cela peut devenir un avantage commercial si les clients exigent des données environnementales vérifiables.

Cette évolution est essentielle pour les entrepreneurs et directions innovation. La donnée carbone n’est plus seulement un sujet RSE. Elle influence la conception des offres, le pricing, la sélection des partenaires, la levée de fonds, l’accès aux marchés publics et la capacité à convaincre des grands comptes soumis à leurs propres obligations de reporting.

La réglementation accélère la professionnalisation du marché

En Europe, la CSRD impose progressivement à environ 50 000 entreprises de publier des informations de durabilité plus détaillées et plus auditables, selon les normes ESRS. Même les PME non directement concernées peuvent être sollicitées par leurs clients grands comptes, qui doivent consolider les émissions de leur chaîne de valeur. C’est l’un des moteurs les plus puissants de diffusion des outils carbone dans l’économie réelle.

À l’international, les normes IFRS S1 et IFRS S2 de l’ISSB construisent un socle commun pour la publication d’informations financières liées au climat, selon les décisions d’adoption des juridictions. Aux États-Unis, les obligations varient selon les régulateurs et les États, avec une attention particulière portée aux grandes entreprises opérant en Californie et aux sociétés cotées selon leur périmètre. Les cadres volontaires, comme le SBTi pour la fixation d’objectifs climatiques, ajoutent une couche supplémentaire d’exigence, même s’ils ne sont pas des réglementations.

Dans ce contexte, les entreprises ont besoin de systèmes capables de documenter les hypothèses, tracer les sources, produire des données vérifiables et faciliter le contrôle par des tiers. Les simples fichiers Excel montrent vite leurs limites dès que plusieurs sites, devises, unités, filiales, fournisseurs et référentiels entrent en jeu.

L’IA comme levier, mais pas comme substitut à la méthode

Greenly met en avant ses capacités d’intelligence artificielle, tandis que Normative apporte une profondeur méthodologique. Cette combinaison peut créer de la valeur si l’IA est utilisée pour automatiser les tâches répétitives : classification des dépenses, rapprochement de factures, détection d’anomalies, préremplissage de questionnaires, extraction de données fournisseurs ou suggestion de facteurs d’émission.

Mais la comptabilité carbone ne peut pas reposer sur une boîte noire. Les entreprises doivent comprendre comment les calculs sont réalisés, quelles hypothèses sont utilisées et avec quel niveau d’incertitude. Une bonne plateforme doit donc combiner automatisation, traçabilité, validation humaine et alignement avec les référentiels reconnus comme le GHG Protocol.

Le défi technique consiste à passer d’estimations basées sur les dépenses à des données plus physiques et plus spécifiques. Calculer une émission à partir d’un montant d’achat est utile pour démarrer, mais moins précis que de disposer de quantités réelles, de procédés industriels documentés ou de données primaires fournies par le producteur. La maturité carbone d’une entreprise se mesure souvent à sa capacité à évoluer vers ces données plus robustes.

Un enjeu direct pour les coûts, les risques et les marges

Le nouveau groupe souhaite étendre son périmètre vers la gestion de l’énergie et les risques climatiques. Cette orientation est logique. Les plans de décarbonation les plus crédibles sont souvent ceux qui réduisent aussi la facture énergétique, la dépendance aux combustibles fossiles ou l’exposition à des fournisseurs vulnérables.

Une plateforme reliant consommations, coûts, contrats d’énergie et trajectoires carbone peut aider à arbitrer entre efficacité énergétique, électrification, autoconsommation, certificats, achats d’électricité renouvelable ou rénovation d’actifs. Pour une entreprise industrielle, le sujet devient financier avant d’être seulement environnemental.

La modélisation des risques physiques prend également de l’importance. Inondations, vagues de chaleur, sécheresses, incendies ou tempêtes peuvent affecter les sites, les stocks, la logistique et les assurances. Intégrer ces risques dans les décisions d’investissement permet de mieux protéger les actifs et de renforcer la résilience des opérations.

Une plateforme portée par les clients et les partenaires

Le nouvel ensemble indique accompagner déjà des organisations telles qu’Amazon, Veolia, AXA, BNP Paribas, Sony, Porsche, Toyota, Eurostar, la Banque d’Angleterre, Hitachi, Vodafone, Forvia, Nexans ou Bureau Veritas. Cette diversité illustre l’élargissement du marché : la donnée climat concerne désormais la finance, l’industrie, la mobilité, les infrastructures, la tech, les services et le secteur public.

Le réseau de partenaires d’implémentation joue un rôle central. Cabinets de conseil, auditeurs, intégrateurs et spécialistes climat aident les entreprises à structurer leurs données, former les équipes, interpréter les résultats et transformer les analyses en plans d’action. Pour un éditeur, cette logique de partenariat permet de passer à l’échelle plus rapidement qu’un modèle reposant uniquement sur des équipes internes.

Avec cette fusion, Greenly et Normative ne cherchent pas seulement à additionner deux portefeuilles clients. Ils veulent bâtir un référentiel commun capable de rendre les progrès climatiques plus comparables, plus fiables et plus utiles pour les décisions économiques. Si cette promesse se concrétise, la comptabilité carbone pourrait suivre une trajectoire proche de celle des ERP ou des logiciels financiers : passer d’un outil de conformité à une infrastructure centrale de pilotage de l’entreprise.

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