Un colloque au Collège de France pour penser l’innovation technologique d’aujourd’hui

L'actualité en bref
Le Collège de France et la Fondation Bettencourt Schueller organisent un colloque le 8 octobre 2026 pour décrypter l’innovation technologique aujourd’hui.
Le 8 octobre 2026, le Collège de France et la Fondation Bettencourt Schueller organiseront à Paris un colloque consacré à une question centrale pour la recherche, l’industrie et la société : Pourquoi et comment innover aujourd’hui ? Cette rencontre marquera les vingt ans de la chaire annuelle Innovation technologique Liliane Bettencourt, créée pour mettre en lumière les avancées scientifiques capables de transformer durablement les pratiques, les secteurs économiques et la vie quotidienne.
Dans un contexte marqué par la transition énergétique, la révolution de l’intelligence artificielle, les défis de santé publique, la souveraineté technologique et la compétition internationale, l’innovation ne peut plus être réduite à la seule invention d’un produit nouveau. Elle suppose un dialogue constant entre science fondamentale, technologies de rupture, entrepreneuriat, financement, réglementation, industrie et acceptabilité sociale. C’est précisément cette chaîne complexe, du laboratoire jusqu’aux usages, que le colloque entend explorer.
Un événement ouvert à tous, au cœur de Paris
Le colloque se tiendra le jeudi 8 octobre 2026, de 14h à 18h, au Collège de France, 11 place Marcelin-Berthelot, 75005 Paris. L’événement sera ouvert à tous, avec une entrée libre sur inscription.
Cette ouverture au public reflète l’esprit du Collège de France : rendre les savoirs accessibles et favoriser la circulation des idées entre chercheurs, étudiants, entrepreneurs, décideurs, industriels et citoyens intéressés par les grandes mutations scientifiques et technologiques.
Vingt ans d’une chaire consacrée à l’innovation technologique
La chaire annuelle Innovation technologique Liliane Bettencourt occupe une place singulière dans le paysage académique français. Elle permet chaque année d’accueillir une personnalité dont les travaux illustrent la capacité de la recherche à produire des avancées majeures dans des domaines tels que la physique, la biologie, la médecine, les matériaux, l’énergie, les nanotechnologies, les sciences de l’ingénieur ou encore les technologies numériques.
Son intérêt tient à son positionnement : elle ne se limite pas à présenter des résultats scientifiques. Elle interroge aussi les conditions dans lesquelles une découverte devient une technologie, puis éventuellement une innovation adoptée à grande échelle. Ce passage est rarement linéaire. Il implique des essais, des échecs, des arbitrages, des investissements lourds, des partenariats industriels et parfois de longues années avant d’atteindre un marché ou un usage clinique, énergétique ou industriel.
Pourquoi l’innovation est devenue un enjeu stratégique
La question posée par le colloque dépasse le seul monde scientifique. Innover aujourd’hui revient à répondre à plusieurs impératifs simultanés.
D’abord, un impératif économique. Les pays capables de transformer leurs recherches en technologies compétitives renforcent leur tissu industriel, créent des emplois qualifiés et conservent une place dans les chaînes de valeur mondiales.
Ensuite, un impératif scientifique et technologique. Les grandes ruptures contemporaines, qu’il s’agisse des thérapies géniques, de l’imagerie médicale avancée, des semi-conducteurs, des batteries, de l’hydrogène, des matériaux bas carbone ou de l’IA, reposent sur des décennies de recherche fondamentale.
Il existe aussi un impératif sociétal. Les innovations doivent répondre à des besoins réels : mieux soigner, mieux produire, réduire l’empreinte environnementale, sécuriser les infrastructures, faciliter l’accès à l’information ou améliorer la qualité de vie.
Enfin, l’innovation soulève un impératif éthique et démocratique. Les technologies transforment les comportements, les métiers, les équilibres sociaux et parfois les libertés individuelles. Les choix scientifiques et industriels doivent donc être discutés, compris et évalués.
Du laboratoire au marché : comprendre l’innovation en acte
L’un des objectifs du colloque sera d’analyser le passage souvent délicat entre la découverte scientifique et son application concrète. Une technologie prometteuse ne devient pas automatiquement une innovation. Pour franchir cette étape, plusieurs conditions doivent être réunies.
Il faut d’abord une preuve scientifique solide, capable d’être reproduite, validée et améliorée. Vient ensuite la phase de maturation technologique : prototypage, changement d’échelle, tests de robustesse, sécurisation des procédés et protection de la propriété intellectuelle.
La rencontre avec l’écosystème économique est tout aussi déterminante. Une innovation a besoin de financements, de compétences en ingénierie, d’équipes capables de structurer un projet, mais aussi de partenaires industriels ou hospitaliers selon les secteurs. Dans les domaines de la santé, de l’énergie ou des transports, les contraintes réglementaires et les délais de certification jouent également un rôle majeur.
Le colloque permettra ainsi d’aborder les facteurs qui accélèrent l’innovation : excellence académique, coopération public-privé, transfert de technologie, accompagnement des startups deeptech, culture du risque, financement patient et accès aux infrastructures de recherche.
Il s’intéressera aussi aux freins : complexité administrative, difficulté à passer du prototype à l’industrialisation, manque de capitaux pour les phases longues, fragmentation des acteurs, insuffisante valorisation des carrières hybrides entre recherche et entreprise, ou encore difficulté à faire émerger en Europe des champions technologiques mondiaux.
Des intervenants issus de la recherche, de l’industrie et de l’entrepreneuriat
Le colloque réunira des personnalités dont les parcours illustrent la diversité des chemins de l’innovation. Parmi les intervenants annoncés figurent Philippe Aghion, Lydéric Bocquet, Yves Bréchet, Pierre Corvol, Florence Lambert, Florent Menegaux, Jean-François Nogrette, José-Alain Sahel, Pascale Senellart et Mickaël Tanter.
Leur présence permettra de croiser plusieurs approches : économie de l’innovation, recherche fondamentale, ingénierie, politiques scientifiques, industrie, santé, optique, imagerie, matériaux, entrepreneuriat technologique et transformation des organisations. Cette pluralité est essentielle, car l’innovation contemporaine naît rarement d’un acteur isolé. Elle résulte plutôt d’un écosystème où dialoguent chercheurs, ingénieurs, investisseurs, industriels, institutions publiques et utilisateurs finaux.
Des exemples concrets pour tirer des enseignements utiles
Le colloque s’appuiera sur des parcours scientifiques et entrepreneuriaux remarquables afin de dégager des enseignements concrets. L’objectif ne sera pas seulement de célébrer des réussites, mais de comprendre ce qui les a rendues possibles.
Quelles conditions ont permis à une idée issue de la recherche fondamentale de devenir une technologie utilisable ? Comment une équipe académique peut-elle coopérer efficacement avec une entreprise ? À quel moment faut-il créer une startup ? Comment protéger une invention sans freiner la diffusion des connaissances ? Comment concilier excellence scientifique, calendrier industriel et impact sociétal ?
Ces questions sont particulièrement importantes pour les innovations dites deeptech, qui reposent sur des avancées scientifiques profondes et nécessitent souvent de longs cycles de développement. Contrairement aux innovations purement numériques à déploiement rapide, les deeptech demandent fréquemment des investissements élevés, des équipements spécialisés et une forte tolérance au risque. Elles peuvent toutefois produire des transformations majeures dans la santé, l’énergie, l’environnement, l’industrie ou la défense.
Recherche et innovation : un enjeu majeur pour la France
La France dispose d’atouts considérables : organismes de recherche de haut niveau, grandes écoles, universités, hôpitaux, laboratoires reconnus, ingénieurs qualifiés, dispositifs de soutien aux startups et politique publique en faveur de la réindustrialisation. Mais elle fait également face à plusieurs défis.
Le premier concerne le financement de la recherche et de la maturation technologique. Entre une découverte prometteuse et un produit commercialisable, il existe une zone critique souvent difficile à financer. Cette étape, parfois appelée vallée de la mort, est l’un des principaux obstacles au développement de technologies issues des laboratoires.
Le deuxième défi porte sur l’industrialisation. Concevoir un prototype en laboratoire ne suffit pas. Il faut ensuite produire de manière fiable, compétitive et conforme aux normes, ce qui suppose des compétences industrielles, des usines, des fournisseurs et une stratégie de changement d’échelle.
Le troisième enjeu est celui des talents. L’innovation exige des profils capables de circuler entre disciplines : chercheurs comprenant les enjeux industriels, entrepreneurs familiers des contraintes scientifiques, ingénieurs capables de transformer une idée en système robuste, dirigeants sachant piloter l’incertitude.
Enfin, la France doit renforcer sa capacité à transformer ses réussites scientifiques en entreprises durables et en filières industrielles solides. C’est l’un des thèmes que ce colloque permettra d’éclairer à partir d’expériences concrètes.
Une réflexion collective sur les conditions de l’innovation responsable
Innover ne consiste pas uniquement à aller plus vite. Les crises climatiques, sanitaires et géopolitiques ont montré que les choix technologiques doivent être pensés sur le long terme. Une innovation pertinente doit être évaluée selon plusieurs critères : performance, sécurité, coût, sobriété, impact environnemental, bénéfice social, souveraineté et capacité de diffusion.
Le colloque offrira ainsi l’occasion de réfléchir à une innovation utile, responsable et durable. Cette approche est devenue incontournable. Une technologie peut être brillante sur le plan scientifique tout en soulevant des questions de ressources, de dépendance stratégique, d’inégalités d’accès ou de risques d’usage. À l’inverse, une innovation bien orientée peut contribuer à résoudre des problèmes majeurs, notamment dans la médecine personnalisée, la transition énergétique, l’agriculture, la mobilité ou l’industrie bas carbone.
Organisation scientifique et animation
Le comité scientifique du colloque est composé de Jean Dalibard, président, Lydéric Bocquet, Marc Fontecave et Hugues de Thé. La modération sera assurée par Mathieu Vidard, dont l’expérience dans la médiation scientifique contribuera à rendre les échanges accessibles à un large public.
En réunissant des acteurs majeurs de la recherche et de l’innovation, cette rencontre proposera un panorama exigeant des défis actuels : comment faire émerger les découvertes, comment les transformer en technologies, comment les diffuser sans perdre de vue l’intérêt général, et comment construire un écosystème capable de produire des innovations à la hauteur des enjeux du XXIe siècle.
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