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title: "Tracfin publie son rapport annuel 2025 sur la lutte contre la fraude"
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date: "2026-09-09T09:02:52+02:00"
modified: "2026-09-09T01:09:54+02:00"
author: "J'aime les startups"
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# Tracfin publie son rapport annuel 2025 sur la lutte contre la fraude

Tracfin enregistre en 2025 une progression exceptionnelle des signalements financiers, avec **278 484 déclarations de soupçon**, soit une hausse de 32 % en un an. Le service de renseignement financier concentre ses efforts sur la **criminalité organisée**, la fraude aux finances publiques, le financement du terrorisme, les crypto-actifs et les ingérences étrangères. Les flux financiers signalés en matière de fraude aux finances publiques atteignent **3,2 milliards d’euros**, confirmant l’industrialisation de certains schémas frauduleux.

 

Cette hausse massive des déclarations montre que la conformité financière devient un sujet stratégique, y compris pour les [fintech](https://www.jaimelesstartups.fr/liste-des-startups-par-secteur-activite/fintech-legaltech/), plateformes, marketplaces, acteurs crypto, professions réglementées et entreprises exposées aux flux internationaux. Les autorités attendent désormais des professionnels assujettis à la **lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme** qu’ils ne se contentent plus de déclarer davantage, mais qu’ils déclarent mieux, avec des informations exploitables. Pour les entrepreneurs, cela signifie des exigences accrues sur l’identification des clients, des bénéficiaires effectifs, des transactions atypiques et des montages juridiques complexes. Les entreprises innovantes qui manipulent des paiements, des actifs numériques, des données clients ou des modèles de scoring devront intégrer la conformité dès la conception de leurs produits. À défaut, le risque n’est pas seulement réglementaire : il devient réputationnel, opérationnel et commercial.

 

## Tracfin 2025 : une intensification de la traque financière contre la fraude, le blanchiment et les réseaux criminels

 

### Un volume de signalements sans précédent

 

L’année 2025 marque un tournant pour Tracfin, service de renseignement financier rattaché à Bercy et intégré au premier cercle de la communauté française du renseignement. Sa mission consiste à détecter, analyser et transmettre aux autorités compétentes les informations relatives aux flux financiers suspects. Derrière cette mission technique se joue un enjeu central : utiliser l’argent comme traceur des réseaux criminels, des fraudes organisées et des menaces contre les intérêts fondamentaux de l’État.

 

Avec **278 484 déclarations de soupçon** reçues en 2025, l’activité déclarative atteint un niveau historique. La progression de 32 % sur un an s’explique largement par l’augmentation des déclarations issues du secteur bancaire, qui demeure le principal contributeur. Les banques, établissements de crédit et autres acteurs financiers concentrent à eux seuls **93 % des signalements**, soit 258 470 déclarations.

 

Cette montée en puissance a toutefois une contrepartie : l’enjeu n’est plus seulement quantitatif. Pour être utile, une déclaration de soupçon doit permettre de comprendre rapidement le contexte économique d’une opération, l’identité des bénéficiaires réels, la logique apparente du montage et les raisons précises de l’alerte. Un signalement trop vague ou insuffisamment documenté peut ralentir l’analyse, voire empêcher son exploitation judiciaire ou administrative.

 

### Les secteurs les plus concernés : finance, crypto, immobilier, jeux et professions réglementées

 

Le secteur financier reste au cœur du dispositif français de **LCB-FT**, mais la progression du secteur non financier est notable. Les professionnels non financiers ont transmis **20 014 déclarations**, soit une hausse de 38 %. Cette dynamique concerne notamment les notaires, les opérateurs de jeux, les greffes des tribunaux de commerce et les opérateurs de ventes volontaires.

 

Cette évolution est cohérente avec la transformation des circuits de blanchiment. Les fonds criminels ne transitent pas uniquement par des comptes bancaires : ils peuvent être recyclés dans l’[immobilier](https://www.jaimelesstartups.fr/liste-des-startups-par-secteur-activite/immobilier/), les sociétés écrans, les œuvres d’art, les ventes aux enchères, les jeux en ligne, les actifs numériques ou des structures commerciales à durée de vie très courte. Pour les professions réglementées, la capacité à détecter une incohérence économique devient essentielle : prix anormal, interposition de sociétés, changement rapide d’actionnariat, client peu transparent, financement sans justification claire ou opération incompatible avec le profil déclaré.

 

Un point reste particulièrement sensible : certains métiers pourtant assujettis participent encore très peu au dispositif. L’absence de déclaration de soupçon par les agents sportifs, malgré leur exposition à des flux internationaux, à des commissions élevées et à des montages contractuels complexes, illustre un angle mort persistant. Le marché du [sport](https://www.jaimelesstartups.fr/liste-des-startups-par-secteur-activite/loisirs-sport/) professionnel, comme celui de l’événementiel ou du divertissement, peut présenter des risques de blanchiment lorsqu’il combine valorisations difficiles à objectiver, intermédiaires multiples et paiements transfrontaliers.

 

### Criminalité organisée : saisir les actifs plutôt que seulement poursuivre les individus

 

La priorité donnée à la **criminalité organisée** se traduit par une approche de plus en plus patrimoniale. L’objectif est de remonter des transactions vers les réseaux, puis des réseaux vers leurs actifs : comptes bancaires, parts sociales, véhicules, biens immobiliers, crypto-actifs ou fonds détenus par des sociétés éphémères. En 2025, **40 millions d’euros d’avoirs criminels** ont été saisis dans le cadre du dispositif dit de circuit court, en progression de 40 %.

 

Ce dispositif vise notamment les sociétés créées pour servir de support temporaire à des fraudes, des escroqueries ou des opérations de blanchiment. Ces entités peuvent être utilisées pour ouvrir des comptes, facturer de fausses prestations, recevoir des virements, organiser de la fraude à la TVA ou capter des aides publiques avant disparition rapide. Tracfin a signalé plus de **8 000 sociétés** aux greffes des tribunaux de commerce ; environ 80 % ont ensuite été radiées.

 

Pour les entreprises légitimes, ce phénomène a une conséquence directe : la vigilance sur les partenaires commerciaux devient indispensable. Travailler avec une société récemment créée, sans substance économique, sans salariés apparents, avec des dirigeants multiples ou des changements fréquents de siège social doit conduire à renforcer les contrôles. Dans les chaînes de sous-traitance, notamment dans le BTP, la logistique, la sécurité, le nettoyage, l’intérim ou le numérique, les donneurs d’ordre peuvent être exposés à des risques de fraude sociale, fiscale ou de réputation.

 

### Crypto-actifs : un terrain de surveillance devenu prioritaire

 

Les **crypto-actifs** occupent une place croissante dans les signalements. Les prestataires de services sur crypto-actifs ont transmis 4 850 déclarations de soupçon, en hausse de 58 %. Les transmissions impliquant des actifs numériques ont doublé, tandis que les demandes d’informations adressées aux prestataires ont fortement augmenté.

 

Cette évolution ne signifie pas que les crypto-actifs seraient par nature criminels. Elle reflète plutôt leur intégration dans les circuits financiers réels et leur utilisation ponctuelle par des réseaux cherchant rapidité, pseudo-anonymat ou transfert international. Les risques les plus fréquents concernent le passage entre monnaie traditionnelle et actifs numériques, l’usage de portefeuilles non hébergés, les mélangeurs de transactions, les plateformes étrangères peu contrôlées ou les conversions rapides entre plusieurs jetons.

 

Le cadre réglementaire européen se durcit avec le règlement **MiCA**, applicable progressivement, et le règlement sur les transferts de fonds qui étend la logique de la travel rule aux crypto-actifs. Concrètement, les prestataires doivent mieux identifier leurs clients, surveiller les transactions, conserver des informations sur l’origine et la destination des fonds, et signaler les opérations suspectes. En 2025, Tracfin a aussi utilisé pour la première fois son droit d’opposition afin de permettre la saisie de fonds en crypto-actifs, signe que les outils juridiques s’adaptent à ces nouveaux supports de valeur.

 

### Fraude aux finances publiques : des schémas plus industrialisés

 

La fraude aux finances publiques constitue l’un des axes majeurs du rapport. Tracfin a réalisé **740 transmissions** relatives à des présomptions de fraude visant près de 3 400 personnes physiques ou morales. Les enjeux financiers atteignent environ **3,2 milliards d’euros**.

 

Les fraudes concernent aussi bien les prélèvements obligatoires que les aides publiques. Elles peuvent prendre la forme de travail dissimulé, de fraude à la TVA, de fausses déclarations, de captation indue de subventions, d’abus de dispositifs d’aide ou de montages organisés autour de sociétés relais. La sophistication augmente lorsque ces fraudes sont structurées par des réseaux capables de créer rapidement des entités, de recruter des prête-noms, d’utiliser de faux documents et de blanchir les sommes via plusieurs juridictions.

 

Les résultats opérationnels sont significatifs. En matière de travail dissimulé, près d’un tiers des contrôles engagés par l’URSSAF reposent sur des informations issues de Tracfin, avec **470 millions d’euros de redressements** en 2025. Côté fiscal, les dossiers transmis à la DGFiP ont contribué à une hausse des droits notifiés, évalués à 91,6 millions d’euros. Ces chiffres montrent que le renseignement financier n’est pas seulement un outil de détection : il produit des effets budgétaires mesurables.

 

### Financement du terrorisme, pédocriminalité et ingérences : l’élargissement du renseignement financier

 

Tracfin intervient également dans la protection des intérêts fondamentaux de la Nation. Le financement du terrorisme reste un risque élevé, notamment en lien avec des organisations djihadistes structurées et des zones de conflit comme la Syrie. Les flux détectés peuvent être de faible montant, mais leur répétition, leur destination, leur mode d’envoi ou leur association à certains profils permettent de faire émerger des signaux faibles.

 

Le service contribue aussi à la lutte contre la pédocriminalité financière. En 2025, 53 notes ont été transmises à des parquets concernant l’achat de contenus pédocriminels ou leur consommation en direct. Ces dossiers illustrent l’importance des traces de paiement dans des infractions souvent commises via des plateformes numériques, des intermédiaires internationaux ou des systèmes de paiement discrets.

 

Autre champ en développement : les **ingérences étrangères**. Les flux financiers peuvent révéler des relais d’influence dissimulés, des opérations de déstabilisation, des financements opaques ou des campagnes de manipulation de l’information. La loi de 2024 sur les ingérences renforce ce cadre avec des outils de gel administratif des avoirs et des obligations déclaratives visant certains agents d’influence étrangers.

 

### Ce que les entreprises doivent retenir

 

Pour les acteurs économiques, le message est clair : la conformité financière devient un facteur de résilience. Les entreprises doivent connaître leurs clients, leurs fournisseurs et leurs investisseurs, documenter l’origine des fonds lorsque c’est nécessaire, surveiller les opérations atypiques et former les équipes exposées. Les solutions technologiques, notamment l’analyse transactionnelle, la vérification d’identité, le screening des sanctions, la détection d’anomalies et la cartographie des bénéficiaires effectifs, deviennent des outils de pilotage autant que de conformité.

 

La progression des signalements montre enfin que l’État français accélère dans une logique de détection précoce. Les entreprises innovantes qui anticipent ces exigences peuvent en faire un avantage compétitif : elles rassurent les partenaires bancaires, réduisent les risques de blocage opérationnel et renforcent leur crédibilité auprès des investisseurs. Dans une économie où les flux financiers sont de plus en plus rapides, fragmentés et internationalisés, la capacité à prouver la transparence devient un actif stratégique.