update au 3 janvier 2026 :
la plateforme de “paris prédictifs” Polymarket indique qu’il y n’a que 17% de chance que la bulle de l’IA explose cette année.
Pour info, on constate une précision de 92% à 1 mois : https://polymarket.com/accuracy
Ces derniers jours, le thème de la bulle de l’IA est revenu sur le devant la scène.
Voici une petite explication, suivie d’une longue liste de faits / arguments.
Pour chacune des citations, prenez soin de prendre en compte la position de l’auteur. En effet, une phrase sortie de la bouche d’un PDG d’une startup, avec des modèles propriétaires, reconnue internationalement aura bien moins de poids et d’intérêts que si elle était sortie de la bouche de Clement Delangue, fondateur de HuggingFace.
Qu’est-ce qu’une bulle économique ?
Depuis la bulle dot com’ et la crise des subprimes (aussi appelée bulle immobilière), la documentation est disponible sur internet. Mais, pour faire vite et bien : on considère qu’il y a une bulle sur un marché dès lors que les investissements dans les entreprises de ce marché sont tellement importants, qu’ils deviennent supérieurs à la valeur dudit marché. Ajouter à cela, un peu de physique newtonienne basique : “tout corps qui vole est appelé à s’écraser”.
Il en va de même pour le marché qui bulle plus haut que sa valeur.
Et pour l’IA, comment peut-on savoir si c’est une bulle ou pas ?
Techniquement, ce n’est pas évident.
Disons que certains (et pas n’importe qui) en sont persuadés.
Bien que les investissements dans les startups IA soient vertigineux (y compris en France), tout ce petit monde a du mal à afficher un business model rentable. Notamment à cause des coûts nécessaires pour créer un model IA.
Par ailleurs, le spectre de l’AGI fait tourner la tête à beaucoup de monde. AGI est l’acronyme d’Artificial General Intelligence, en gros le summum de l’IA. Sam Altman avait annoncé son arrivée en 2025. Il ne lui reste que quelques semaines ou espérer un cadeau du père Noël.
De notre coté, l’élément préoccupant reste l’infographie de Bloomberg mettant en lumière les différents flux financiers entre les principaux acteurs de l’IA aux US.
Et maintenant les arguments pour ou contre :
Arguments POUR l’existence d’une bulle IA
1. Faits économiques massifs et vérifiables
Les géants de la tech ont investi plus de 350 milliards $ en CapEx IA en 2025 ; un chiffre qui devrait dépasser 400 milliards $ en 2026. Ces montants n’ont aucun précédent dans l’histoire de la tech.
Les investissements VC dans l’IA sont 17 fois plus élevés qu’ils ne l’étaient dans les startups internet avant l’explosion de la bulle dot-com.
OpenAI viserait une IPO autour de 1 000 milliards $ alors que ses prévisions internes mentionnent 115 milliards $ de coûts pour seulement 12 milliards $ de revenus à l’horizon 2029.
Selon une étude citée par Wired, 95 % des entreprises ayant adopté l’IA générative n’en retirent aucun profit à ce stade.
Malgré des dépenses colossales, l’adoption réelle en entreprise reste faible : “presque toutes testent l’IA, très peu la déploient à grande échelle” (étude McKinsey).
De gigantesques infrastructures IA risquent la surcapacité : Meta prévoit 600 milliards $ d’investissements en trois ans ; Oracle + SoftBank + OpenAI projettent un campus IA de 500 milliards $.
2. Tensions visibles sur les marchés financiers
Les obligations d’entreprise liées à l’IA connaissent un ralentissement brutal, plusieurs émissions ayant été annulées, signe d’un début de défiance.
Des investisseurs emblématiques (Peter Thiel, SoftBank Vision Fund…) allègent leurs positions dans les valeurs IA, craignant que le marché soit au sommet. Michael Burry a fait parler de lui lorsqu’il a annoncé parier à la baisse contre Palantir et Nvidia.
Un gestionnaire obligataire avertit : « Le marché commence à se demander qui seront les gagnants ou les perdants et quel sera le retour sur ces investissements ».
Le marché sanctionne déjà les géants : plusieurs actions IA ont chuté dès l’annonce d’objectifs non atteints, preuve d’une hypersensibilité typique des périodes de bulle.
3. Modèles économiques incertains et dépenses supérieures aux revenus
OpenAI perdrait de l’argent même sur son abonnement ChatGPT à 200 $/mois en raison des coûts d’inférence élevés.
De nombreuses startups IA brûlent des centaines de millions sans revenus clairs, ce qui rappelle le schéma dot-com : “Certaines entreprises dépensent des centaines de millions, voire des milliards, sans modèle de profit tangible”. Les investisseurs aiment beaucoup investir dans l’IA.
Le secteur dépend trop fortement d’anticipations optimistes : “Quand aurons-nous un retour sur ces dépenses ?” demandent des analystes interrogés par Bloomberg.
4. Surabondance de capital et comportement spéculatif
L’essor de CoreWeave, passée de mineur de cryptomonnaies à fournisseur IA valorisé 50 milliards $, est cité comme exemple d’« exubérance spéculative ».
L’histoire de CoreWeave illustre la logique typique des bulles : reconversion opportuniste, capital abondant, récit séduisant, profits hypothétiques.
L’afflux massif d’investisseurs particuliers : Nvidia étant l’action la plus achetée en 2024/2025, rappelle la dynamique spéculative du dot-com.
5. Argument narratif et psychologique
L’IA bénéficie d’un « narratif irrésistible », transformation totale de l’économie, AGI imminente, “révolution inévitable”.
“Il n’y a pas de narrative plus puissante aujourd’hui que celle de l’IA” (Wired).
Sam Altman lui-même déclare : “Dans une bulle, même des gens intelligents s’emballent pour un germe de vérité”.
Certains économistes notent que les 4 conditions classiques d’une bulle sont réunies : incertitude, pure-players, investisseurs novices, super-narratif. Ils évaluent l’IA à “8/8” sur l’échelle de la bulle.
6. Analogies historiques
Des parallèles sont dressés avec la radio dans les années 1920 : RCA y était la “Nvidia” de l’époque, avant de perdre 97 % de sa valeur en 1929.
Des comparaisons sont faites avec l’aviation, l’électricité, voire le chemin de fer : toutes ont connu des cycles de promesses exagérées et d’effondrements.
Arguments CONTRE l’existence d’une bulle IA
1. Résultats financiers spectaculaires et demande très réelle
Nvidia a annoncé un trimestre à 57 milliards $ de chiffre d’affaires (+62 %) et 32 milliards $ de profit — ce qui est incompatible avec une bulle purement spéculative.
Les ventes de puces IA atteignent 51,2 milliards $ (+66 %).
Jensen Huang : « On entend beaucoup parler de bulle de l’IA. Pour nous, la réalité est tout autre : nous ne voyons que de la croissance. »
Carnet de commandes Nvidia estimé à 500 milliards $ : les clients paient des années à l’avance juste pour s’assurer de la capacité.
2. Adoption réelle et croissance structurelle
L’IA est utilisée à un niveau grand public : centaines de millions d’utilisateurs actifs, adoption massive dans les entreprises.
Pour de grands investisseurs : « Il est trop tôt pour quitter la fête », car les dépenses IA et l’usage ne cessent de croître.
L’IA est perçue comme une révolution “une fois par vie”, ce qui justifie des valorisations élevées.
3. Contraintes d’offre
Satya Nadella : « Nous avons assez de puces, mais pas assez de data centers ».
OpenAI indique que certaines fonctionnalités ne sortent pas par manque physique de serveurs.
Les géants cloud évoquent des centres saturés — ce qui suggère une demande structurelle, pas artificielle.
4. Différences majeurs avec la bulle dot-com
Les principales entreprises IA (Google, Microsoft, Amazon) sont massivement profitables, contrairement aux start-up dot-com.
Même en cas d’éclatement partiel, les revenus ne tomberaient pas à zéro grâce à des applications utiles (search, publicité, productivité, robots…).
Selon Bloomberg, même dans un scénario pessimiste, on s’attend plutôt à des “ajustements” qu’à un effondrement total.
5. Une “bulle des LLM”, pas une bulle globale
Clement Delangue a déclaré :
– « Nous vivons peut-être une bulle des LLM, mais pas une bulle de l’IA. »
– « Toute l’attention va aux grands modèles, alors que l’IA, c’est aussi la biologie, la chimie, la robotique… »
L’avenir de l’IA ne dépend pas que des chatbots; ce qui réduit les risques systémiques.
6. Sentiment de confiance des investisseurs bullish
Fidelity et Allianz affirment que :
– « Le rally IA n’en est qu’à ses débuts ».
– « Les dépenses et l’utilisation continuent d’accélérer ».
De nouveaux acteurs puissants (Bezos, startups industrielles…) se lancent dans l’IA, signe que la vision long terme reste forte.
7. Argument psychologique inverse : la peur d’une bulle est elle-même une exagération
Certains dirigeants estiment que parler de bulle « fait partie du cycle médiatique normal » dès qu’une technologie progresse trop vite.
Les comparaisons historiques seraient jugées « trop simplistes ».
